Quand nous tournons nos pensées vers la migration dans la musique, le légendaire morceau d’Abdelaziz Stati “Aâtini l’visa” est probablement le premier qui nous vient à l’esprit. Or, les jeunes chanteurs sont, eux-aussi, captivés par cette thématique, à l’exemple d’Ihab Amir qui a sorti dernièrement son morceau “Bghit Ntir Yamma“.

D’habitude, la musique de la migration parle des parcours migratoires, des pays d’origine ou d’accueil, ainsi que de portraits d’individus.

Dans la région du Maghreb, la musique de la migration connait une forte présence en Algérie. Au Maroc, les chanteurs ayant produit un morceau sur la migration restent assez rares en comparaison au pays voisin.

Cependant, le dernier morceau d’Ihab Amir a attisé notre curiosité pour vous chercher 3 musiques qui portent sur la migration.

Bghit Ntir Yamma – Ihab Amir Ft. Rounee
“Bghit ntir yamma” dresse un portrait d’un jeune diplômé qui n’a pas pu trouver un emploi qui correspond à son profil universitaire. Après un long périple de recherches, il accepte son sort et se met comme serveur. Sa bien-aimée le quitte, ainsi, pour être au bras d’un homme cossu. Par conséquent, il décide de risquer sa vie pour s’exiler.

Cependant, ce qui paraît dans le clip explique un peu plus que la chanson. Ce n’est pas une histoire d’un autre migrant qui va risquer sa vie sur les embarcations. C’est l’histoire d’un jeune qui au moment de la décision s’est projeté dans le corps retrouvé mort sur la plage. Par conséquent, il décide de revenir à sa maison auprès de ses parents le soir-même.

La particularité de ce morceau est qu’au lieu d’encourager les jeunes à migrer, il essaye de les dissuader.


Lifat Mat – Lartiste
Cette musique traite la migration dans son volet “parcours”. Lifat Mat peut être traduite littéralement le passé est mort, au sens du passé est passé. Lartiste dépicte son histoire, son parcours du Maroc jusqu’en France. Il retrace 3 périodes dans sa vidéo, son enfance au Maroc, sa jeunesse en France, et son âge adulte comme chanteur réussi.

Or, les trois périodes qu’il a repris sont aussi celles des 3 générations d’émigrés marocains. Une première génération de travailleurs avec beaucoup de nostalgie du pays et d’attachement aux origines. Une deuxième d’une double identité et une intégration pénible. Puis, une troisième génération plus assurée, moins préoccupée par la question de la double identité et qui se sent intégrée sur toute la ligne.


Douni Labladi – Douzi
Ce morceau rentre dans la catégorie “pays d’origine”. Ainsi, Douzi chante son manque à sa mère, à sa famille, et à son pays. Le chanteur parle du sentiment du “Ghorba” (ndlr: mal du pays), mot en arabe dialectal qui exprime le sentiment d’être seul et solitaire à l’étranger.

Si le point focal est le manque, le chanteur donne aussi de l’importance aux sentiments éprouvés à l’étranger par le migrant. La chanson évoque la solitude, l’incertitude du destin du migrant, et le sentiment d’extranéité (ndlr: fait d’être de l’extérieur) toujours présent.

Douzi chante son désir de revenir à son pays. D’ailleurs, le titre “Douni Labladi” signifie “emmenez moi à mon pays”. Le vous ici étant non identifié. Ce même “vous” est utilisé pour demander de transmettre les saluts du chanteur à sa famille.

En fin, la vidéo ajoute une information non dite dans la chanson. Le jeune en sortant la photo de sa mère subit un contrôle en assaut par la police. Ensuite, il est menotté et emmené par la police pour doute d’avoir quelque chose sur lui, faisant ainsi illusion aux détentions aléatoires des minorités.


In fine, la migration est une expérience qui génère des sentiments complexes et compliqués à appréhender. L’expression autour de la migration reste assez mitigée, entre la peur, l’incertitude, la fierté de la réalisation des rêves, et bien d’autres sentiments que nous n’avons pas remémorés aujourd’hui.

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