La rencontre de Sa Sainteté le Pape François avec Le Commandeur des Croyants Sa Majesté le Roi Mohammed VI a marqué le temps et les esprits. Sur la terre croyante du Maroc et sous la pluie de la miséricorde divine, l’événement a été suivi par la planète autant son écho a été puissant et largement répandu.

Au retour, Sa Sainteté s’est exprimé pour dire ce qui était dans son cœur. «… Ceux qui construisent les murs finiront prisonniers des murs qu’ils construisent. Ceux qui construisent les ponts vont de l’avant».

Le mur constitue une prison ; qu’il soit matérialisé en béton ou en acier ou qu’il soit dans l’esprit enfermant l’épanouissement et l’émancipation. Antinomique de la liberté, il restreint la vue et oblige à s’enclaver; à se retrouver dans son repli identitaire destructeur. Il ne reconnait pas l’altérité et empêche d’aller vers l’autre ou que ce dernier vienne vers soi, pour vivre et édifier ensemble. Il en est ainsi de toute personne qui laisse la rancœur et la colère l’emporter sur la raison et l’amour de ses semblables. Il se crée une identité fantasmée et stigmatise la modernité pour maintenir la société éternellement figée dans ses contradictions et son sous-développement.

Qu’il soit celui entre deux frontières, entre deux états ou celui qui voudrait empêcher l’enseignement par une langue, le mur est réactionnaire. Il conduit à la surdité et ne permet ni l’écoute des hymnes de l’amour et de la beauté qui élèvent l’âme bien au-dessus des matérialités et des contingences. Il devient inquisiteur, dans son fauteuil de rentier et à contresens du progrès de l’humanité. Il voudrait bien excommunier. Au fait; il ne croit qu’en lui et sa croyance est totalitaire, intolérante et renie le pardon, la compassion et la mansuétude. Il se fait entendre non pour la rédemption de l’humanité mais beaucoup plus pour se remplir les poches et garder sa prééminence dans l’obscurantisme qu’il répand. Prisonniers eux-mêmes d’eux-mêmes, ils veulent transformer la civilisation en bagne ; en camps de concentration purgatoires.

Le pont est ouverture. Il permet d’enjamber l’obstacle pour aller vers l’autre, pour l’écouter, le comprendre pour faire commerce avec lui, échanger, donner et prendre. Le pont est œuvre civilisatrice où la découverte réciproque est enrichissante. C’est ce que l’Islam a fait avec l’Europe médiévale en permettant la transmission du savoir pour sa renaissance et son bonheur. Les populistes murés dans leur haine ne veulent pas reconnaître ce rôle comme ils renient au colonialisme ses ponctions économiques et démographiques aux dépens des peuples soumis par le canon.

Le pont est une édification pour élargir la vision. Il permet la découverte, le progrès et préserve la nature autant qu’il est possible de le faire. Il permet de prendre attache avec l’autre, avec les forces vives, pour l’universalité et dans la reconnaissance de l’appartenance à l’ensemble de l’humanité. Il met à bas les préjugés; et donne aux faibles autant qu’aux plus forts, la possibilité de traverser le fleuve tumultueux de la vie avec quiétude et espoir.

Le pont est paix, stabilité et développement. Il permet le partage, autorise la libre circulation des biens et des personnes, bannit la violence et instaure la paix. Le pont est justice sociale, démocratie et état de droit. L’appropriation des valeurs universelles ne peut se faire par le ressassement narcissique de son identité mais par l’ouverture de la société sur son environnement. Cela se fait en connaissance de causes, dans une compréhension profonde de la complexe réalité locale et une grande connaissance de ce qui se passe ailleurs pour le bien-être de l’humanité.

C’est ce que l’on peut comprendre de la parabole de Sa Sainteté le Pape François; celle du pont et du mur.

Mustapha Labraimi



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