“Il Manifesto” publie les noms des 34.361 migrants morts en Méditerranée. The Guardian au Royaume-Uni, Der Tagesspiegel en Allemagne et Il Manifesto en Italie : trois quotidiens européens se sont accordés pour publier la liste compilée par l’ONG néerlandaise United for intercultural action. 

Ce 22 juin, dans les 56 pages de supplément du Manifesto, on peut donc lire “Le nom, le pays d’origine, la fin du voyage” de chaque migrant mort en tentant la traversée de la Méditerranée ces 15 dernières années.
La liste des migrants et réfugiés morts depuis 1993 sur la route de l'Europe
Sur 52 pages, organisées en six colonnes, se suivent des dates, des pays d’origine, quelquefois des noms – seuls 1000 morts ont pu être formellement identifiés – mais aussi les causes des décès.

Cette édition paraît à deux jours d’un “mini-sommet européen d’urgence” destiné à sauver le sommet européen des 28 et 29 juin consacré à la politique migratoire de l’Europe, en pleine crise. Le numéro d’Il Manifesto se veut donc “un memento pour les chefs d’État et de gouvernement qui, à Bruxelles, s’apprêtent à décider de la vie et de la mort des migrants”.

Le document montre que, si les noyades ont toujours été la principale cause de la mort des migrants en route vers l’Europe, le nombre de personnes mortes en mer a fortement augmenté à partir de 2014, lorsque le conflit en Syrie s’est intensifié, poussant plus de familles sur les routes de l’exil.

Des décès "provoqués par les politiques restrictives de la ‘forteresse Europe’"
Cette liste a été réalisée par l’ONG néerlandaise United for intercultural action. Depuis 25 ans, cette organisation répertorie tous les décès de migrants ou de réfugiés "provoqués par les politiques restrictives de la ‘forteresse Europe’".

Elle n’a donc pas seulement compté les personnes mortes en mer cherchant à rejoindre les côtes européennes mais aussi celles qui ont perdu la vie sous les coups de policiers, celles fauchées par une voiture ou un train ou bien celles qui se sont suicidées en centre détention.

"Aussi divers qu’ils puissent paraître, tous ces décès sont le résultat de la militarisation des frontières de l’Union européenne (UE), des lois sur l’asile, et des politiques de détention et de déportation", affirme UNITED for Intercultural Action.

L’ONG souligne par ailleurs que le nombre réel de morts sur la route de l’exil est sans doute bien supérieur à 34 361 puisque un grand nombre de migrants perdent la vie sans jamais être identifiés.

Collecter les informations
Pour réaliser cette liste, des bénévoles et employés de l’ONG ont commencé à collecter des données en 1992 à partir de coupures de presse. D’abord aidés par des associations et réseaux européens, ils reçoivent aujourd’hui des contributions par mail et utilisent les alertes Google pour effectuer leurs recherches. Dans un grand nombre de cas, l’ONG a pu vérifier l’information de la mort à l’aide plusieurs sources.

Parmi les sources citées par UNITED for Intercultural Action : l’Organisation international des Migrations (OIM), l’agence des Nations unies pour les réfugiés (UNHCR), des instituts de recherches, des associations et ONG, ainsi qu’un grand nombre de médias internationaux.

"Nous pensions que si une personne lisait un article sur la mort d’un migrant dans un journal, cela ne lui semblerait pas grand-chose. Mais que si nous rassemblions [tous les décès], nous pourrions peut-être attirer l’attention du public", a expliqué au Guardian Geert Ates, co-fondateur de UNITED for Intercultural Action.

Depuis 2007, l’artiste turque Banu Cennetoğlu a exposé cette liste dans différents espaces publics dont un abribus à Basel, en Suisse, sur un panneau publicitaire à Amsterdam, un mur de Los Angeles, une colonne publicitaire à Berlin et un écran sur le toit de l’hôtel Marmara Pera à Istanbul, rappelle le Guardian.



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