Driss Ajbali, membre et dirigeant du Conseil de la Communauté Marocaine résident à l’Etranger (CCME), s’exprime sur la place de la communauté marocaine résident à l’étranger, soit 10 % de la population, dans le cadre des réformes institutionnelles. 

Les MRE ont-ils été consultés ? Sont-ils partie prenante des débats qui portent sur une révision du cadre constitutionnel ? Sur une refonte de la carte régionale ?

La Nouvelle Tribune : Qu’en est-il du rôle et des actions menés par le CCME pour favoriser l’implication des Marocains du monde aux réformes institutionnelles comme la révision constitutionnelle ou encore la régionalisation ?

Driss Ajbali : Le chantier de la réforme au Maroc ne date pas d’aujourd’hui. Avec des hauts et des bas, notre pays est engagé depuis dix ans dans des transformations profondes. Je rappelle par exemple qu’avec le lancement des travaux, en janvier 2010, de la commission de régionalisation, le Maroc n’a pas attendu le printemps arabe. Et si à cause des grands bouleversements que connaît la région le mouvement s’est accéléré, cela a non simplement hâté la mise en place de nouveaux instruments comme le CES, et a provoqué, dans un temps éclair et grâce au discours du 9 mars 2011, une dynamique institutionnelle inédite : la CRCC, le CNDH en lieu et place du CCDH, le Délégué au Droit de l’Homme, le renforcement des deux Conseils, celui de la consommation et celui de la corruption. Pour le CCME, ou plus précisément pour sa commission qui travaille sur la citoyenneté et la participation politique, cette épisode est une aubaine. Cela nous a permis nous aussi de hâter la voilure et d’en profiter pour procéder à des consultations auprès des Marocains du monde. Ainsi, nous avons soutenus ou organisés des rencontres dans plusieurs régions du monde : Londres, Montréal, Paris, Dakar, Tarragone, Abou Dhabi, Dubaï, Barcelone, Amsterdam ou encore Haarlem.

A chaque fois, les Marocains du monde étaient au rendez-vous. Ce fut pour eux des occasions d’échanger, de donner leurs points de vue, et surtout de participer au formidable débat qui se passe dans le pays. On a souvent reproché au CCME d’éviter d’aborder les questions politiques. Il vient de prouver le contraire.

Qu’en est-il du volet organisationnel des consultations qui se sont déroulées à l’étranger ?

Il y a trois cas de figure qui se sont présentés comme soutenir des demandes qui proviennent des Marocains du monde qui ont voulu organiser un débat et qui nous ont exprimé leurs besoins, particulièrement, en ce qui concerne l’envoi d’experts ou des leaders politiques. Ces derniers ont eu à procéder à une pédagogie de la réforme et d’expliquer les enjeux de nouveau pacte constitutionnel dont la Maroc va se doter. La seconde option était de répondre à des demandes de nos membres qui dans leur villes ou pays d’accueil ont mobilisé et échangé avec la communauté de leurs lieux de résidence. Enfin, nous avons organisé nous-mêmes des rencontres dans le sillage des actions qui étaient prévues dans notre agenda comme ce fut le cas pour le débat de Montréal. Pour ce dernier, je constate que les Marocains du Canada qui avaient fait un bon travail sous forme de mémorandum sont, eux-mêmes, revenus sur certaines dispositions, un peu irréalistes il faut le dire, sans que personne ne les oblige. Comme quoi le débat a des vertus.

Comment expliquez-vous que la commission en charge de la révision de la Constitution n’a-t-elle pas convié des ONG de MRE à apporter une contribution ?

Sans compter que la réponse à cette question revient à la commission présidée par Abdelatif Mennouni elle-même, je crois pouvoir dire que ce n’est pas tout à fait exact. D’abord la commission a été destinatrice, à ma connaissance, d’un certain nombre de mémorandums envoyés par quelques associations qui ont pris la peine d’avoir cette initiative. Ensuite, on ne peut nier que dans la commission, il y a des personnalités dont la connaissance du dossier de l’immigration est incontestable comme le président du CCME, Driss El Yazami ou Omar Azziman, président de la Fondation Hassan II. Ceci sans compter, par exemple, sur un Albert Sasson. J’ajouterai, à titre d’exemple et d’information, qu’une femme membre de la commission Mennouni a participé à la rencontre des femmes au Canada. Cela lui a permis de toucher du doigt la réalité des préoccupations des Marocains établis à l’étranger. Ceci étant dit, cet épisode du débat, sur la réforme constitutionnelle dans notre pays, a été aussi l’occasion de vérifier que la société civile de l’immigration marocaine, notamment celle de la troisième et de la quatrième génération, reste à organiser.

Selon vous, y a-t-il des « mesures / droits » qui pourraient être « constitutionalisés » ?

Il ne faut pas qu’on tombe non plus dans la discrimination positive. Qu’ils soient immigrés ou pas, tous les Marocains doivent être égaux en droits et en devoirs, particulièrement face au texte fondamental qu’est la Constitution. Le reste, c’est de l’agitation de slogans.

Les Marocains du monde sont concernés par le vote référendaire, comment sera organisé le scrutin pour les MRE ?

Les listes électorales ont été révisées du 7 au 20 mai 2011. A ma connaissance, il n’y a pas eu une grande mobilisation et ce pour plusieurs raisons que j’ai pu glaner dans les échanges avec les Marocains du monde : le délai imparti, le manque de communication dans les pays de résidence, l’éloignement des consulats dans certains pays comme le Canada, l’Allemagne, les pays arabes ou les USA, mais aussi et probablement le manque d’intérêt. On ne peut nier qu’une grande partie de l’immigration marocaine, tout en ayant un attachement indéfectible au Maroc, ce qui d’ailleurs la caractérise singulièrement, n’en reste pas moins préoccupée, au quotidien, par son projet de vie dans les pays de résidence. Ceci étant dit, une fois la Constitution connue et la campagne référendaire lancée, il suffit d’un peu de mobilisation pour que les Marocains du monde soient au rendez-vous. Et cela, reviendra en grande partie au travail des partis politiques.

Un mot sur la plateforme qui s’est tenue au Canada afin de mettre à l’honneur la gente féminine ?

C’est la quatrième rencontre des femmes d’ici et d’ailleurs. Elle est la seconde réunion décentralisée après celle de Bruxelles où on a réuni les femmes d’Europe. J’étais personnellement très impressionné par le degré de compétences des femmes des Amériques réunies à Montréal mais aussi et surtout ému par cette passion qu’elles portent pour le Maroc. Nous ne désespérons pas d’organiser une troisième dans le monde arabe pour, notamment, abattre un certain nombre de clichés et de préjugés sur les femmes marocaines du Moyen-Orient.

Propos recueillis par Rachid Hallaouy

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