Quatre décisions ont été prises concernant la communauté marocaine à l’étranger par Sa Majesté le Roi Mohammed VI au cours de son discours du 6 novembre dernier, à l’occasion du 30e anniversaire de la Marche verte, à savoir :
  • L’accord aux MRE de se faire dûment représenter au Parlement marocain;
  • La création de circonscriptions législatives électorales à l’étranger;
  • L’attribution aux différentes générations de MRE du droit de vote et de se porter candidat aux élections;
  • La création d’un Conseil supérieur de la communauté marocaine à l’étranger avec à sa tête le Souverain.
Ces décisions royales confirment la volonté de notre pays visant à élargir le champ des droits politiques des citoyens marocains, à multiplier les compétences législatives et réglementaires nécessaires afin d’accorder aux MRE le droit de participer à la vie politique nationale à travers une représentativité parlementaire effective. Cela confirme la démarche politique actuelle de notre pays qui vise à garantir la pleine citoyenneté à l’ensemble des Marocains. 

Cette avancée démocratique a donc pour objectif non seulement de servir les intérêts de la communauté marocaine de l’étranger (CME), mais aussi ceux de l’Etat et de l’ensemble de la société marocaine. La création du Conseil supérieur de la CME constitue une garantie essentielle pour un bon encadrement de l’action de représentation des MRE au sein du Parlement marocain. Et ce de manière démocratique, organisée et fondée sur l’efficacité et la transparence nécessaires à ce genre d’action politique.

Le Conseil de l’Union des Professions Libérales des Marocains en France (CUAPLMF) est ravi de voir émerger ces décisions visant à créer des circonscriptions législatives marocaines à l’étranger, en vue de permettre aux citoyens marocains des “ailleurs” de voter et de se porter candidats aux élections. Nous sommes aussi heureux parce que ces décisions royales ajoutent une pierre à l’édifice démocratique marocain et doivent être considérées comme un pas de plus vers une plus grande prise en charge de la chose publique. En particulier celle se rapportant aux affaires de l’immigration et aux problèmes rencontrés par la communauté marocaine à l’étranger. 

Si trois années après la parution du plan de travail proposé par le ministère chargé des Affaires de la CME, il n’y a pas eu de changements au niveau des méthodes et des moyens mis en œuvre par le gouvernement pour la gestion des dossiers se rapportant aux MRE, c’est que des problèmes se sont posés. Concernant l’immigration et la CME, elles ne peuvent être traitées qu’à travers une institution suprême, capable d’organiser et d’encadrer la représentativité parlementaire des MRE de façon démocratique, crédible, efficace et transparente.. 

Ne pas retomber dans les erreurs du passé 
C’est cette façon de gérer les affaires de l’immigration et de cette communauté qui a fait l’objet du discours royal du 6 novembre dernier. Le ministère chargé des Affaires de la CME n’est qu’une institution appartenant à l’appareil exécutif, lequel ne peut gérer qu’une partie des responsabilités incombant à l’Etat, l’autre partie restant à la charge de l’appareil législatif. Ce dernier est épaulé par les institutions démocratiques et politiques intermédiaires, en l’occurrence les partis politiques, le tissu associatif, la société civile entre autres.Le ministère chargé des Affaires de la CME ne peut donc à lui seul trouver des solutions miracle à l’ensemble des problèmes rencontrés dans la gestion du dossier de l’immigration et celui des affaires relatives aux MRE. Cette situation d’incapacité a duré si longtemps qu’on était poussé au sein du CUAPLMF à assigner le gouvernement devant la Cour suprême afin qu’il trouve une solution au problème de l’absence de représentativité des MRE au Parlement marocain.Mais les sages de cette haute instance n’ayant pu répondre à nos exigences, nous étions acculés à soumettre cette affaire à l’arbitrage de Sa Majesté le Roi, dont la réponse à nos interventions s’est exprimée finalement à travers les quatre décisions.

Nous devons veiller à ne pas répéter les erreurs du passé, car l’expérience fut malheureuse avec l’élection de 5 députés qui couvraient toutes nos chancelleries à l’étranger. Ne pas tomber de Charybde en Scylla.Cette opération de représentation parlementaire que notre pays entamera en 2007 doit, au contraire, refléter l’image réelle du Maroc moderne. Elle doit effectivement tenir compte du rôle que la femme ne cesse de jouer au sein de la société marocaine. Notre communauté présente aujourd’hui une diversité d’opinions qui nécessite l’élargissement du champ de notre représentation parlementaire durant les prochaines échéances électorales.

Je pense, en particulier, aux différentes composantes socioprofessionnelles, culturelles et cultuelles, notamment les composantes berbères et juives marocaines qui, entre autres couches sociales marocaines de l’étranger, enrichissent cette diversité. Le combat des MRE pour l’exercice de leurs droits politiques n’est donc pas fini. Certes, le droit au vote est acquis, mais le temps est venu pour nos Marocains de l’étranger de s’impliquer davantage, grâce au droit de vote et de candidature au Parlement, dans la gestion de la chose publique, et de contribuer au processus de développement socioéconomique et démocratique du pays.

Un certain sens du discernement
La garantie du succès de la représentativité des MRE au Parlement s’annonce déjà à travers la création de ce conseil supérieur, sous la présidence de Sa Majesté le Roi. Une fois constitué de façon démocratique et transparente, ce conseil bénéficiera de toutes les garanties de crédibilité, d’efficience et de représentativité authentique. 

Il comprendra des membres nommés par le Souverain, parmi les personnalités connues pour leur implication dans la défense des droits des MRE et des intérêts supérieurs de la nation, ainsi que des représentants des autorités et des institutions concernées par les questions de l’émigration et par les affaires se rapportant à la communauté marocaine à l’étranger.

Quant à la représentation au Parlement, elle devrait être assurée, à mon avis, par des personnes ayant un certain sens du discernement entre ce qui est du ressort de l’exécutif et ce qui est le propre de l’institution parlementaire. Aussi, l’encadrement de l’opération de la représentativité parlementaire ne peut-elle se réaliser que sous l’égide du Conseil supérieur. Car la création de ce conseil et des circonscriptions électorales marocaines à l’étranger constitue un atout majeur pour la conception de nouvelles idées démocratiques susceptibles d’insuffler un nouveau dynamisme à l’ère de liberté, de quête de développement socioéconomique et de démocratie que connaît notre pays. 

Il s’agit là d’un gage de l’efficacité de cette représentativité, appelée à apporter des solutions concrètes aux problèmes des MRE. D’autant plus qu’il ne sera aucunement question lors des échéances législatives prochaines de quelques sièges MRE seulement au sein du Parlement comme cela avait été le cas entre 1984 et 1992, avec le total contesté de cinq sièges représentant l’ensemble des MRE qui se comptent par millions: 3 millions, représentant 10% de la population nationale.

Abdelmajid BAGHDADI
Professeur ès-sciences économiques
Directeur général et pédagogique du Groupe Fayol-Ile de France (Enseignement technique supérieur privé).

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