Rupert Joy, ambassadeur de l’Union européenne au Maroc, a réalisé hier, mercredi 4 février, sa conférence de presse annuelle traditionnelle à Casablanca. Yabiladi a pu l’interroger sur la politique de l’Union européenne au Maroc concernant les migrants qu’ils soient Marocains en Europe ou Subsahariens au Maroc. En tête des préoccupations : l’accord de réadmission. 

Yabiladi : Comprenez-vous que le partenariat pour la mobilité soit vu d’un si mauvais œil par beaucoup de Marocains et perçu comme un échange donnant donnant? 

Rupert Joy : Cet accord n’est pas populaire au Maroc, je le sais. A la question est-ce que l’accord de facilitation de la délivrance des visas est une contrepartie offerte au Maroc pour la signature de l’accord de réadmission, je réponds oui … mais je préfère parler d’un accord global équilibré pour les deux parties. 

Beaucoup de choses sont mal comprises. D’abord, dans les faits, cet accord reste difficile à utiliser parce qu’il y a toute une procédure à suivre pour respecter les droits de l’Homme. Je pense aussi que cet accord est dans l’intérêt du Maroc car il aura un effet dissuasif. Je sais que le nord du Maroc vit une situation difficile, avec des milliers de migrants subsahariens qui cherchent à passer en Espagne. Je pense que cet accord découragerait les migrants, que le Maroc serait moins vu comme un pays de transit idéal sur le route de l’Union européenne. 

L’Union européenne est très consciente de la complexité du phénomène migratoire, en particulier la nouvelle équipe de la commission [Jean-Claude Junker a été élu président de la Commission européenne en juillet 2014, ndlr]. Je ne pense pas que l’on puisse y apporter une seule réponse. Il faut à la fois décourager l’immigration irrégulière et encourager les migrations légales. Il faut surtout travailler sur le développement des pays de départ pour que les gens ne souhaitent plus les quitter. [ndlr : Une proposition contredite par bien des études contemporaines. Elles montrent que les pays en développement sont les premiers pourvoyeurs de migrants, et non les pays pauvres.] 

Qui l’accord de réadmission concerne-t-il ? 

En principe, ce sont les deux – Marocains en situation irrégulière et non-marocains en situation irrégulière et passés par le Maroc pour arriver en Europe - qui sont concernés par cet accord. En 2013, 29 000 Marocains en situation irrégulière dans l’Union européenne ont reçu une décision de retour, or seulement 37% d’entre eux sont effectivement retournés au Maroc. [Selon le droit coutumier international, les Etats ont l’obligation de réadmettre leurs nationaux expulsés par d’autres, à condition qu’elle s’opère dans un cadre négocié par l’Etat qui expulse et celui qui réadmet, ndlr] 

En 2014, 373,90 M€ de programmes de coopérations européens ont été signés au Maroc, et 218M€ viendront s’ajouter en 2015. Dans ce contexte, quelle sera l'aide offerte par l'UE au Maroc pour sa nouvelle politique migratoire ? 

Le projet Sharaka de 5,2 M€ est engagé [depuis avril 2014, ndlr] pour assurer la mobilité des compétences et nous allons signer encore, dans les semaines à venir, un programme de 10M€ de soutien à la société civile, d’assistance technique au ministères de la Santé et de l’Education et à la Formation professionnelle pour soutenir l’intégration professionnelle des migrants réguliers au Maroc. Un programme d’assistance aux retours volontaires a été signé avec l’OIM et doit démarrer actuellement. Le Maroc offre les billets d’avion et l’Union européenne apporte le pécule qui l’accompagne pour permettre aux Marocains de lancer une petite affaire en se réinstallant au Maroc, pour près d’un million d’euros. Nous apportons également une assistance technique sur les questions de la Traite et de l’Asile. Nous continuons de soutenir financièrement les actions d’organisations comme Tamkine et Caritas. 

Pensez-vous que l’Union européenne élargira cette aide dans les années à venir ? 

Nous essayons de répondre à des besoins très spécifiques, mais la nouvelle politique migratoire marocaine n’a été lancée que depuis 14 ou 15 mois. Je trouve que nous avons déjà été très réactifs à ce nouvel effort du Maroc. Nous devons à présent voir comment fonctionnent nos premières tentatives pour aider à l’intégration économique et sociale des migrants, nous devons également voir ce qui va se passer avec les migrants régularisés, et ce qui ne l’ont pas été. Je n’exclus pas la possibilité d’ouvrir de nouveaux programmes d’aide, je dirais même que c’est quasi-inéluctable car c’est une problématique très importante. Le Maroc est condamné à gérer sa situation géographique. 

Julie Chaudier 
Source : yabiladi.com


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