«Le gouvernement de l’État moderne n’est qu’un comité qui gère les affaires de la classe bourgeoise» (Marx-Engels, Manifeste du parti communiste, 1848)

L’art antique de la manipulation électorale.
« Chaque jour, dis-toi en descendant au forum : je suis un homme nouveau, je brigue le consulat, je suis ici à Rome. C’est surtout par ta gloire d’orateur que tu compenseras ta qualité d’homme nouveau [...]. Travaille aussi à t’attacher des jeunes gens nobles, ou à maintenir l’ardeur de ceux qui te sont déjà acquis [...]. Lorsqu’on est candidat à une magistrature, il faut faire porter son attention sur deux points : le dévouement de ses amis et l’assentiment du peuple. Le dévouement des amis doit être le fruit des bienfaits, de l’obligeance, de l’ancienneté, de l’affabilité et d’un certain charme naturel [...]. Il faut ensuite que tu t’appliques fortement à ce que chacun de tes proches t’aime et te souhaite la plus grande réussite. Il en sera de même avec les citoyens de ta tribu, tes voisins, tes clients, tes affranchis et même tes esclaves ; car les propos qui établissent la renommée d’un homme émanent presque toujours des gens de sa maison. Tu dois encore te faire toute sorte d’amis différents : pour la montre, des personnalités en vue, dont les honneurs et le nom sont connus ; et pour avoir la loi de ton côté, des magistrats, des consuls surtout, puis des tribuns de la plèbe [...]. Trois choses surtout incitent les hommes à la bienveillance et les poussent à soutenir une candidature : les bienfaits, l’espoir et l’inclination naturelle. Les citoyens trouvent dans des bienfaits minimes une raison suffisante pour accorder leur suffrage [...]. Quant à ceux que l’espoir nous attache, fais en sorte de leur apparaître comme toujours prêt à les aider et plein de gratitude à leur égard [...]. Comme j’en ai assez dit sur la manière de gagner les amitiés, il me faut à présent te parler des rapports avec le peuple, qui forment l’autre partie d’une campagne. Elle exige de connaître le nom des électeurs, de savoir les flatter, d’être constamment auprès d’eux, de se montrer généreux, de veiller à sa réputation, d’avoir grand air, de faire miroiter des espérances politiques [...]. Applique-toi enfin à ce que ta campagne tout entière soit pleine de faste, qu’elle soit brillante, éclatante, populaire, qu’elle se déploie dans une grandeur majestueuse et une dignité sans pareille. Et même, veille à ce qu’on jette l’opprobre sur tes compétiteurs, en évoquant quelque scandale conforme à leurs mœurs (crime, débauche ou corruption) » (Cicéron, Petit manuel de campagne électorale, 64 av. J.-C.).

Caractère oligarchique de la représentation moderne.
« La représentation est, de plein droit, une forme oligarchique, une représentation des minorités qui ont titre à s’occuper des affaires communes. Dans l’histoire de la représentation, ce sont toujours d’abord des états, des ordres, des possessions qui sont représentés, soit qu’ils soient considérés comme donnant titre à exercer le pouvoir, soit qu’un pouvoir souverain leur donne à l’occasion une voix consultative. Et l’élection n’est pas davantage en soi une forme démocratique par laquelle le peuple fait entendre sa voix. Elle est à l’origine l’expression d’un consentement qu’un pouvoir supérieur demande et qui n’est vraiment tel qu’à être unanime. L’évidence qui assimile la démocratie à la forme du gouvernement représentatif est toute récente dans l’histoire. La représentation est dans son origine l’exact opposé de la démocratie. Nul ne l’ignore au temps des révolutions américaine et française. Les Pères fondateurs et nombre de leurs émules français y voient justement le moyen pour l’élite d’exercer en fait, au nom du peuple, le pouvoir qu’elle est obligée de lui reconnaître, mais qu’il ne saurait exercer sans ruiner le principe même du gouvernement. Les disciples de Rousseau, de leur côté, ne l’admettent qu’au prix de récuser ce que le mot signifie, soit la représentation des intérêts particuliers [...]. La démocratie représentative peut sembler aujourd’hui un pléonasme. Mais cela a d’abord été un oxymore » (Rancière, La haine de la démocratie, 2005).

Des Saturnales modernes.
« Tout ce que l’on a imaginé jusqu’à nous de plus puissant pour changer cet ordre [le despotisme] a consisté dans ce qu’on appelle le principe républicain de l’élection. C’est-à-dire qu’on a imaginé de nommer les chefs, au lieu de se les laisser imposer. La multitude s’assemble donc et nomme ceux qui devront la gouverner ; la hiérarchie alors sort de l’élection. Voilà, dis-je, ce que l’esprit humain jusqu’ici a trouvé de plus grand, de plus magnifique, pour remédier au despotisme. Il est bien certain que le despotisme est puissamment combattu par ce moyen ; car l’autorité ne reposant plus sur ce qu’on a nommé le droit divin, mais sur le choix des inférieurs et sur leur consentement, le despotisme est sapé dans sa base [...]. Néanmoins, quand on considère attentivement la modification que l’élection fait subir à la hiérarchie, on voit que la hiérarchie ne change pas de nature et d’essence, quoique la source du pouvoir ait changé. La nature et l’essence de la hiérarchie, telle que les hommes l’ont connue jusqu’à présent avec ou sans l’élection, dans le mode dit de droit divin comme dans le mode républicain, c’est toujours l’obéissance, et par conséquent toujours le despotisme. Ainsi le despotisme, vaincu comme droit, n’est pourtant nullement atteint en fait, puisqu’à peine sorti par une porte, si je puis m’exprimer ainsi, il rentre par une autre, par la nouvelle origine donnée au pouvoir. En effet, pour avoir été nommé par vous, cet homme que vous avez nommé n’en est pas moins un supérieur ; ses commandements n’en sont pas moins des ordres ; pour être le chef de votre choix au moment où vous l’avez nommé, il n’en veut pas moins être obéi à tous les autres moments. L’élection ne vous sauve donc pas de l’obéissance. C’est un compromis entre la liberté et l’esclavage. Vous êtes libres au moment où vous nommez des chefs ; mais vous ne faites usage de votre liberté que pour nommer des chefs, c’est-à-dire pour vous rendre esclaves. Vous n’êtes donc libres, en réalité, qu’à la manière des esclaves antiques, lorsqu’ils déposaient, à un certain jour de l’année, le fardeau de l’esclavage, pour jouer le rôle de leur maître. Les élections sont des espèces de Saturnales. Et en effet c’est le caractère qu’elles ont chez tous les peuples dits libres, à Athènes comme à Rome ; c’est le caractère qu’elles ont aujourd’hui à Paris comme à Londres. Le peuple, roi un jour, vend ce jour-là sa royauté à celui qui veut l’acheter, certain, malgré son privilège électoral, de redevenir le lendemain sujet de ceux qu’il aura nommés, quels qu’ils soient » (Leroux, « De la hiérarchie », Revue sociale, 1847).

Les début du suffrage universel en France.
Le suffrage universel, tant qu’il sera exercé dans une société où le peuple, la masse des travailleurs, sera économiquement dominée par une minorité détentrice de la propriété du capital, quelque indépendant ou libre d’ailleurs qu’il soit ou plutôt qu’il paraisse sous le rapport politique, ne pourra jamais produire que des élections illusoires, anti-démocratiques et absolument opposées aux besoins, aux instincts et à la volonté réelle des populations. Toutes les élections qui, depuis le Coup-d’État de Décembre, ont été faites directement par le peuple de France, n’ont-elles pas été diamétralement contraires aux intérêts de ce peuple, et la dernière votation sur le plébiscite impérial n’a-t-elle pas donné sept millions de « oui » à l’empereur ? On dira sans doute que le suffrage universel ne fut jamais librement exercé dans l’empire [...]. Soit, mais les élections de 1848 pour la constituante et pour la présidence, et celles de Mai 1849 pour l’Assemblée législative, furent absolument libres, je pense. Elles se firent en dehors de toute pression ou même intervention officielle, dans toutes les conditions de la plus absolue liberté. Et pourtant qu’ont-elles produit ? Rien que de la réaction. « Un des premiers actes du gouvernement provisoire, dit Proudhon, celui dont il s’est applaudi le plus, est l’application du suffrage universel. Le jour même où le décret a été promulgué, nous écrivions ces propres paroles, qui pouvaient alors passer pour un paradoxe : « Le suffrage universel est la contre-révolution ». — On peut juger d’après l’événement, si nous nous sommes trompés. Les élections de 1848 ont été faites, à une immense majorité, par les prêtres, les légitimistes, par les dynastiques, par tout ce que la France renferme de plus réactionnaire, de plus rétrograde. Cela ne pouvait être autrement ». Non, cela ne pouvait être, et aujourd’hui encore, cela ne pourra pas être autrement, tant que l’inégalité des conditions économiques et sociales de la vie continuera de prévaloir dans l’organisation de la société ; tant que la société continuera d’être divisée en deux classes, dont l’une, la classe exploitante et privilégiée, jouira de tous les avantages de la fortune, de l’instruction et du loisir, et l’autre, comprenant toute la masse du prolétariat, n’aura pour partage que le travail manuel, assommant et forcé, l’ignorance, la misère et leur accompagnement obligé, l’esclavage, non de droit mais de fait. Oui, l’esclavage, car quelques larges que soient les droits politiques que vous accorderez à ces millions de prolétaires salariés, vrais forçats de la faim, vous ne parviendrez jamais à les soustraire à l’influence pernicieuse, à la domination naturelle des divers représentants de la classe privilégiée, à commencer par le prêtre jusqu’au républicain bourgeois le plus jacobin, le plus rouge ; représentants qui, quelques divisés qu’ils paraissent ou qu’ils soient réellement entre eux dans les questions politiques, n’en sont pas moins unis dans un intérêt commun et suprême : celui de l’exploitation de la misère, de l’ignorance, de l’inexpérience politique et de la bonne foi du prolétariat, au profit de la domination économique de la classe possédante (Bakounine, L’empire knouto-germanique et la révolution sociale, 1871).

Voter, c’est abdiquer.
« Voter, c’est abdiquer ; nommer un ou plusieurs maîtres pour une période courte ou longue, c’est renoncer à sa propre souveraineté. Qu’il devienne monarque absolu, prince constitutionnel ou simplement mandataire muni d’une petite part de royauté, le candidat que vous portez au trône ou au fauteuil sera votre supérieur. Vous nommez des hommes qui sont au-dessus des lois, puisqu’ils se chargent de les rédiger et que leur mission est de vous faire obéir. Voter, c’est être dupe ; c’est croire que des hommes comme vous acquerront soudain, au tintement d’une sonnette, la vertu de tout savoir et de tout comprendre. Vos mandataires ayant à légiférer sur toutes choses, des allumettes aux vaisseaux de guerre, de l’échenillage des arbres à l’extermination des peuplades rouges ou noires, il vous semble que leur intelligence grandisse en raison même de l’immensité de la tâche. L’histoire vous enseigne que le contraire a lieu. Le pouvoir a toujours affolé, le parlotage a toujours abêti. Dans les assemblées souveraines, la médiocrité prévaut fatalement. Voter c’est évoquer la trahison. Sans doute, les votants croient à l’honnêteté de ceux auxquels ils accordent leurs suffrages et peut-être ont-il raison le premier jour, quand les candidats sont encore dans la ferveur du premier amour. Mais chaque jour a son lendemain. Dès que le milieu change, l’homme change avec lui. Aujourd’hui, le candidat s’incline devant vous, et peut-être trop bas ; demain, il se redressera et peut-être trop haut. Il mendiait les votes, il vous donnera des ordres. L’ouvrier, devenu contremaître, peut-il rester ce qu’il était avant d’avoir obtenu la faveur du patron ? Le fougueux démocrate n’apprend-il pas à courber l’échine quand le banquier daigne l’inviter à son bureau, quand les valets des rois lui font l’honneur de l’entretenir dans les antichambres ? L’atmosphère de ces corps législatifs est malsain à respirer, vous envoyez vos mandataires dans un milieu de corruption ; ne vous étonnez pas s’ils en sortent corrompus. N’abdiquez donc pas, ne remettez donc pas vos destinées à des hommes forcément incapables et à des traîtres futurs. Ne votez pas ! Au lieu de confier vos intérêts à d’autres, défendez-les vous-mêmes » (Reclus, « Lettre sur l’abstention », Le Révolté, 1885).

L’arme de la contre-révolution (1968).
« Afin de briser le mouvement de 10 millions de grévistes qui menaçaient de renverser le pouvoir gaulliste, celui-ci a ordonné la réélection du Parlement comme seule réponse aux exigences des travailleurs. Ces élections sont donc une manœuvre contre-révolutionnaire visant à faire entrer les travailleurs dans la légalité de leur oppression. Cependant, malgré les directions syndicales et politiques qui font délibérément le jeu du pouvoir en se soumettant à la légalité bourgeoise, la majorité des travailleurs et des étudiants ont compris que les élections ne résoudront aucun problème. C’est parce que le mouvement s’est développé en dehors du Parlement qu’il a réussi à faire reculer le pouvoir des patrons. Ce Parlement n’est que l’arme de la bourgeoisie qui s’en sert quand elle le veut bien. Ce n’est pas l’arme des travailleurs. L’arme des travailleurs, c’est la lutte de masse et la grève générale. Les élections sont efficaces pour la bourgeoisie ! Elles brisent le mouvement de masse. Elles sont truquées par le découpage électoral, par le monopole de l’information, par la répression. Elles sont un miroir aux alouettes, par lequel la classe dirigeante entend bercer d’illusions les travailleurs et les étudiants. Elles sont le prétexte à imposer la légalité de nos oppresseurs. Bref, pour travailleurs et étudiants, les élections sont une farce dont ils feront les frais comme toujours. La bourgeoisie ne lâche pas son pouvoir dans les urnes, on le lui arrache dans les usines et dans la rue. Le pouvoir n’est pas dans les urnes, il se prend dans les usines » (Coordination des comités d’action, Élections, cadeau empoisonné, 31 mai 1968).

L’expression de la volonté négative (depuis 1981).
« L’élection de Mitterrand a enclenché le mécanisme, pointe extrême du dévoiement de pouvoir : on ne vote plus pour mais contre. Contre Giscard ! Contre Chirac ! Contre Le Pen ! Pour barrer la route à Sarkozy ! Tout un programme ! La voie républicaine est de nouveau ouverte et ceux qui étaient tentés de prendre un chemin de traverse ne resteront pas sourds à l’appel des urnes. L’opération avait commencé avec le 10 mai 1981, quand on vit nombre d’ultra-gauchistes de la veille glisser le bulletin salvateur dans l’urne tout en jurant qu’on ne les y reprendrait plus, quitte à y revenir, car dans un tel domaine on peut se servir mille fois du même argument sans que jamais il ne s’use »
(Janover, La Démocratie comme science-fiction de la politique, 2007).

Le partage du pouvoir.
« Il n’est donc pas déraisonnable de supposer que le modèle le plus simple [pour expliquer « que 100 millions de votes se répartissent à parts égales entre 2 candidats »] est une très bonne approximation de la vérité sur les élections, et que le pays est conduit davantage encore que précédemment vers la condition que décrivait l’ancien président de la Colombie Alfonso Lopez Michalsen, s’en référant à son propre pays : un système de partage du pouvoir entre des partis qui sont comme deux chevaux appartenant au même propriétaire » (Chomsky, Élections 2000, 2001).

Le pilotage des élections.
« Au mois de novembre 2000, s’est produit l’événement peut-être le plus important du siècle qui commence. Alors même qu’il avait perdu les élections, George Bush Jr. a été porté à la présidence des Etats-Unis. À cette fin, et du fait d’un verdict politiquement prédéterminé par la Cour suprême des États-Unis, le comptage des voix en Floride a été empêché, alors que, mené à terme et correctement vérifié, il aurait marqué la défaite du candidat Bush [...]. Pour la première fois a prévalu l’interdiction de compter les voix : une opération qui aurait déterminé la défaite du candidat qui devait gagner. Ce coup d’État (c’est ainsi qu’en a parlé Al Gore lui-même à l’un des moments les plus chauds de ce long bras de fer) est inédit dans l’histoire des Etats-Unis [...] : des forces puissantes exigeaient ce président-là et, d’une façon ou d’une autre, devaient l’obtenir. La comédie électorale s’était déroulée tant bien que mal. Le jeu s’était bloqué, mais cela ne devait en aucune façon modifier le résultat attendu. Un résultat attendu non pas pour des raisons de détail, mais afin d’imposer des choix capitaux tels que le refus du protocole de Kyoto et la relance de la guerre des étoiles [...]. Dans les pays décisifs de la planète, les États-Unis pilotent les élections et fabriquent le vainqueur. Le cas le plus sensationnel et notoire, de résonance mondiale, fut la réélection d’Eltsine en Russie, face à Ziouganov, chef de file néo-communiste, dont les sondages faisaient un vainqueur possible : en quelques mois, Eltisne fut arraché aux 2 % environ des intentions de vote dont il était crédité [...]. Quant aux autres affrontements, aux dilemmes qui intéressent les docteurs scolastiques (Major ou Blair, Kohl ou Schrœder, etc.), les États-Unis les abandonnent aux intéressés. Ils savant qu’il s’agit au fond de gigantesques tournois de cricket [...]. Les élections qui ont lieu dans les pays décisifs et aux moments décisifs sont suivies, pilotées et menées à bonne fin : le sabordage d’Al Gore, qui renonce à lutter, est bien davantage que le suicide d’un candidat » (Canfora, L’imposture démocratique, 2003)

Le totalitarisme parlementaire contemporain.
« Qu’au dernier moment les farouches démocrates puissent en appeler, contre les élections libres, à la dictature militaire est tout à fait dans l’ordre des choses. Il y a eu un précédent terrible : le soutien de l’opinion occidentale à l’annulation des élections en Algérie par les militaires, annulation qui a donné des années de guerre civile atroce, avec des dizaines de milliers de morts. L’Algérie ne s’est pas encore relevée de ce traumatisme. C’est que les puissances occidentales et nos intellectuels laïques ont massivement approuvé le coup d’État militaire interdisant aux islamistes d’arriver au pouvoir, alors qu’ils étaient majoritaires dans un scrutin qui, de l’avis de tout le monde, avait été régulier. Lesdits islamistes en ont raisonnablement conclu qu’il ne leur restait plus que la lutte armée. De fait, on ne leur avait pas laissé le choix.

On peut finalement résumer en trois points la position d’opinion publique dominante dans les médias et les gouvernements comme dans l’âme des démocrates laïques :
  1. Il faut absolument des élections.
  2. Il faut que les gens votent comme il faut.
  3. Si les gens ne votent pas comme il faut, il vaudrait mieux qu’il n’y ait pas d’élections. Le dernier point dément le premier par la médiation du second.
Quand on a fait le référendum sur le traité européen, la totalité du monde médiatique et de la classe politique, l’un et l’autre soutenus par les grands groupes économiques et financiers, étaient pour le « Oui ». Or les gens ont voté « Non ». On a donc fait comme si cela n’avait pas eu lieu. Nous étions déjà comme en Égypte, nous avions mal voté. Et quand on vote mal, on passe au point 3.

Tout cela relève de ce qu’on pourrait appeler ironiquement le totalitarisme parlementaire, oxymore qui a l’avantage de subvertir l’opposition reçue entre totalitarisme et démocratie. On voit bien que les élections, quand elles sont en crise — mais c’est là qu’on voit la vérité des choses — ne sont aucunement un blanc-seing inconditionnel donné à la masse des gens. Elles ne sont pas, elles ne sont jamais l’exercice illimité d’une prétendue souveraineté populaire [...]. Par exemple, vous ne pouvez pas voter aujourd’hui si le vote inclut le risque d’une expression populaire portant gravement atteinte à la logique des marchés. Le refus unanime et méprisant, par toutes les puissances européennes, du référendum envisagé en Grèce sur les mesures impopulaires de privatisation, baisse considérable des salaires et autres annulations de toutes les procédures sociales de protection des gens, l’a amplement démontré » (Badiou, Sarkozy : pire que prévu. Les autres : prévoir le pire, 2012).

Le pouvoir est ailleurs.
« La démocratie doit être comprise comme le droit de choisir parmi des marchandises. Les dirigeants d’affaires expliquent la nécessité d’imposer à la population une philosophie de la futilité et une absence de but dans la vie pour concentrer l’attention humaine sur les choses les plus superficielles qui font l’essentiel de la consommation à la mode. Les gens alors accepteront peut-être, et peut-être même de bon cœur, leurs vies subordonnées et dépourvues de sens, et oublieront les velléités ridicules de diriger leurs propres affaires. Ils abandonneront leur sort aux gens responsables, les autoproclamées minorités intelligentes qui servent et administrent le pouvoir, lequel bien sûr est ailleurs — prémisse cachée, mais cruciale. De ce point de vue, communément partagé dans l’opinion de l’élite, les dernières élections [où « 100 millions de votes se répartissent à parts égales entre 2 candidats »] ne révèlent pas un défaut de la démocratie américaine, mais plutôt son triomphe »
(Chomsky, Les schémas du vote et de l’abstention, 2001).





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