Cet article n’évoque pas uniquement le Mouvement des travailleurs arabes (MTA), mais aborde plus généralement la ville de Marseille, placée au cœur des problématiques liées à l’immigration durant les années 1970. 

Cette réalité toujours actuelle, était particulièrement nette au cours de cette période. Le peuplement cosmopolite de la ville, son image et sa réputation ainsi que son rôle particulier dans l’espace français en ont fait le théâtre des luttes sociales issues de l’immigration de la première génération, notamment au cours de l’année 1973. Cette année est un moment fort, au cours duquel s’expriment les deux faces d’une même réalité : d’une part, un racisme violent laissant craindre un affrontement entre deux communautés, française et arabe. 

D’autre part, les luttes sociales des travailleurs migrants. Moment fondateur aussi dans la mesure où il suscite un certain nombre de prises de conscience : d’abord chez les travailleurs migrants, qui prennent conscience de leur capacité d’action et d’interpellation de la société. Chez les pouvoirs publics ensuite, et notamment au niveau régional, dans la nécessité de mettre en place une politique cohérente concernant la question immigrée. Au sein de l’opinion française enfin, autour de la question du racisme. 

À partir de 1973, à la suite de différents incidents racistes, Marseille est appréhendée sous l’angle de l’inquiétude et de l’incompréhension entre les communautés et comme la ville du conflit ethnique au sein de l’espace national. Nous sommes alors bien loin des représentations actuelles : aujourd’hui, l’image de la ville évoque davantage la tolérance et le métissage assumé1. Bien évidemment, dans les deux sens, il s’agit de jeux d’images déformées, exagérées, mais qui ont une certaine prise sur la réalité locale. 

Pour ne donner qu’un exemple de l’image négative du Marseille d’alors, rappelons la programmation les 7, 14 et 21 janvier 1975 par la troisième chaîne de télévision, FR3, tout juste créée, de trois sujets sur le thème “ Le problème du racisme dans le Midi de la France ”2 . Au terme de ces reportages d’une heure, la ville apparaît aux yeux des téléspectateurs comme le lieu privilégié de l’expression du racisme. 

Ce coup de projecteur sur Marseille, pouvait sembler ambigu, dans la mesure où il 3 reflétait l’image d’une ville dynamique, active, qui accueillait des migrants malgré de lourds conflits ; une ville qui était un lieu de transit, mais aussi surpeuplée de travailleurs immigrés, saturée démographiquement. En consultant le fonds d’archives Bouziri à Génériques, le fonds d’archives du Centre d’information et de documentation sur l’immigration et le Magreb (CIDIM), ainsi que la presse de l’époque, on ne peut que noter l’omniprésence du concept de “ seuil de tolérance ”, dont on connaît le caractère fallacieux, trompeur et dangereux, offrant une justification au racisme. Entre 1973 et 1975, Marseille est ainsi perçue comme une ville où il y a “ trop d’immigrés ” ; dans ces conditions, le développement du racisme trouve des explications logiques. 

Cette contribution est composée de deux parties
  1. La première se propose de revenir sur la flambée raciste de 1973, en montrant qu’il ne s’agit pas d’un phénomène isolé. 
  2. La seconde traite des luttes sociales concernant l’immigration sur Marseille, objet aujourd’hui de commémorations. Ces deux réalités auront des conséquences sur le traitement de la question immigrée et la manière dont l’opinion marseillaise va réagir par rapport à cette flambée raciste. 
Une flambée de racisme : la crainte de graves tensions inter-ethniques
Le fait divers tragique, déclencheur de la flambée raciste de 1973, intervint le samedi 25 août, en pleine après-midi. Un traminot, Émile Guerlache, fut assassiné à son poste de travail sur la ligne 72 à la hauteur du boulevard François-Duparc par Salah Bougrine, travailleur immigré algérien qui blessa également cinq autres passagers, avant d’être arrêté par la police, alors qu’il était sur le point d’être lynché par la foule. Atteint de démence, cet Algérien n’avait pas de mobile. Ce fait-divers peut être comparé sous la forme d’un clin d’œil à un roman de Raymond Jean, publié quelques mois auparavant en janvier 1973, La ligne 12 qui narrait une histoire inversée par rapport à la réalité : il s’agissait d’un travailleur algérien abattu dans un bus par un Français. 

Ce drame fut à l’origine d’une tension xénophobe qui provoqua en un mois environ, la mort d’une dizaine d’Algériens victimes d’un racisme à la fois ordinaire et post-colonial. Les noms des victimes sont connus, mais on ne peut pas ne pas évoquer celui de Ladj Lounes, adolescent de seize ans abattu froidement au quartier de la Calade par les occupants d’une voiture arrêtée à sa hauteur le 28 août 1973. Nous pourrions évoquer également le cas d’Abdelwahab Hemamam, 21 ans, assassiné dans la nuit du 25 au 26 août sur le Quai Rive-Neuve ou de Saïd Aounallah, tué le 27 août au boulevard Plombières par des tirs d’arme à feu.







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