Avec le retour en février 1967 à une application stricte de l’arrêté royal du 31 mars 1936, les autorités belges ne régularisent plus que dans des cas exceptionnels la situation des travailleurs extracommunautaires entrés en Belgique sans être munis au préalable d’un permis de travail. 

Poursuivie durant la période de haute conjoncture 1968-1971 par Louis Major, un ministre de l’Emploi et du Travail particulièrement rétif à l’immigration de main-d’œuvre, cette politique débouche inévitablement sur le développement d’une main-d’œuvre clandestine, entrée sur le territoire au bénéfice d’une exemption du visa d’entrée touristique et embauchée sur place par des employeurs peu ou pas regardants. Elle laisse à son successeur, Ernest Glinne, peu suspect de sentiment antiimmigré, la lourde tâche de résoudre un problème devenu pratiquement inextricable. 

Du 22 mars au 1er avril 1974, des travailleurs clandestins de nationalités marocaine et tunisienne mènent une grève de la faim dans l’église Saints-Jean-et-Nicolas à Schaerbeek. Ils revendiquent au nom de tous les travailleurs clandestins en Belgique, l’octroi d’un permis de travail A donnant accès à tous les secteurs (non protégés) et d’un permis de séjour 1. 

Ces grévistes de la faim, qui se présentent sous le nom de « Groupement de travailleurs marocains », sont en fait liés au Mouvement des Travailleurs Arabes (MTA), une organisation maoïste spontanéiste fondée en juin 1972 en France par des militants issus de la Gauche prolétarienne et des Comités Palestine. Outre la défense de la cause palestinienne, le MTA s’inscrit dans la lutte contre le racisme, la défense des travailleurs immigrés et l’amélioration de leurs conditions de travail, de vie et d’existence. Suite à deux mots d’ordre de grève générale contre le racisme lancés le 3 septembre 1973 à Marseille, puis le 14 septembre 1973 à Paris, un certain nombre de ces militants sont expulsés vers la Belgique 2.


1 Cette analyse est basée sur le chapitre de la thèse de doctorat d’Andrea Rea sur la régularisation des clandestins de 1974 : REA Andrea, Immigration, Etat et citoyenneté : la formation de la politique d’intégration des immigrés de la Belgique, Thèse de doctorat inédite en Sociologie, Bruxelles, ULB, 1999, p. 293-323. 
2 AÏSSAOUI Rabah, « Le Mouvement des travailleurs arabes : un bref profil », Migrance, n° 25, 2005, p. 12-19.




0 commentaires:

Enregistrer un commentaire

 
Top