C’était un dimanche, ou un samedi, je même souviens plus, mais qu’importe ! C’était à la gare routière de Marrakech, Je venais de déposer une proche. Et j’étais descendu avec elle pour l’aider à porter ses bagages jusqu’au taxi. 

En retournant vers ma voiture, je les ai aperçus, tous les deux, côte-à-côte, mais si loin l’un de l’autre. 

En vérité, je l’ai vue, elle la première. Elle tenait dans ses mains si frêles et si sales, une belle cigarette qu’elle tentait en vain d’allumer. 

Je ne sais pas pourquoi, mais j’ai pensé aussitôt à la folle de “La guérisseuse”, le dernier film de mon ami Mohamed Zineddine Même silhouette, même beauté mystique, même regard à la fois curieux et désintéressé . 

C’est sans doute pour cela que j’ai voulu la prendre en photo pour la lui montrer. C’est en avançant vers ma voiture que j’ai vu son compagnon, ou plus exactement son collègue de misère et de perte de boussole. Il semblait encore plus paumé qu’elle, mais plus insouciant aussi. 

J’ai pris les photos en vitesse de peur de les déranger, ou peut-être, de le faire mal réagir ou de faire réagir des passants. Mais apparemment, j’étais le seul à m’y intéresser, ou peut-être même, le seul à les voir. Tous les autres, tous ceux et toutes celles qui gravitaient autour, étaient ailleurs, ou juste ne faisaient plus attention à ces êtres du néant qui existent sans être et sans rien avoir. 

Au fond, qui sont vraiment les fous et qui sont vraiment les folles dans ce monde ? Je me - et je vous - le demande.


Mohamed Laroussi
Journaliste




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