Y a-t-il oui ou non, une stratégie nationale globale, cohérente et intégrée concernant le dossier des citoyens marocains établis à l’étranger? Précisons l’enjeu. Il ne s’agit pas d’une simple question de mots (stratégie ou plan d’action) ou de formalisme (stratégie validée ou non par une quelconque instance), mais l’essentiel est d’avoir une véritable stratégie qui donne du sens et une signification aux politiques marocaines en direction des MRE. Concernant le document en arabe publié sur le site officiel du ministère chargé des MRE et des affaires de la migration (www.mre.gov.ma, rubrique «stratégie») avec pour titre «Stratégie Nationale MRE», nous avions commencé dans «Al Bayane» du 13 avril 2018, à montrer que les «fondements» de cette «stratégie» sont très discutables. Les développements qui suivent apportent d’autres objections.

Sur les discours royaux
Dans le document que nous discutons, les discours royaux sont présentés comme étant le second soubassement ou fondement de cette «stratégie nationale MRE». La version en arabe cite deux : celui du 30 juillet 2010 et celui du 20 août 2012.

Or le discours du Trône du 30 juillet 2010, ne dit aucun mot sur les MRE. Par contre, plusieurs discours pouvant constituer une référence, n’ont pas été cités, en particulier : ceux du 30 juillet 1999 ; 20 août 2001 ; 30 juillet 2002 ; 20 août 2002 ; 30 juillet 2004 ; 6 novembre 2005 ; 6 novembre 2006.

Il y’a aussi le discours du 6 novembre 2007 qui comprenait notamment l’appel au gouvernement El Fassi d’entreprendre une réforme consistant en «une réflexion renouvelée et rationnelle et une révision de la politique migratoire, à travers l’adoption d’une politique globale, mettant fin aux chevauchements des rôles et à la multiplicité des intervenants. Il s’agit d’une stratégie cohérente en vertu de laquelle, chaque autorité politique, institution ou instance, agit dans un esprit de complémentarité et d’harmonie pour s’acquitter des missions qui lui incombent pour assurer la bonne gestion de toutes les questions de la migration…».

Dans cette perspective, le gouvernement par le biais du ministère chargé des MRE avait élaboré le plan d’action 2008-2012 pour les MRE, caractérisé comme «préliminaire» à une réflexion approfondie, qui supposait de compléter ce document et de le revoir, en l’insérant dans une stratégie nationale, mais cette dernière est restée totalement absente. Pourtant, dans ce domaine, le document s’est présenté comme «prélude à une stratégie nationale»; «en attendant l’élaboration d’une stratégie nationale de promotion des MRE; stratégie devant déterminer l’avenir de la politique de notre pays sur le moyen et le long terme de ce secteur vital».

Le plan national préliminaire 2008-2012 faisait en effet le constat lucide et pertinent, à savoir: «l’absence d’une vision globale et d’une approche stratégique dans la politique publique de gestion des Affaires de la communauté marocaine à l’étranger», mais cette lacune n’a pas été supprimée. Sur ce point , si le ministre Mohamed Ameur, chargé à l’époque du dossier MRE, a accompli une myriade de réalisations, lors de la présentation à la presse du bilan de son mandat (9 août 2011), il a eu l’humilité intellectuelle de regretter un manque d’harmonie des institutions dédiées aux MRE et le courage politique de reconnaître l’absence de stratégie nationale à long terme en la matière, mettant l’accent sur la nécessité de son élaboration pour l’avenir.

Alors qu’au sein de son propre département, certains ne s’étaient pas empêchés de parler de (et même d’écrire sur la) «vision 2012», en la caractérisant même de «nouvelle stratégie», alors qu’elle n’était en fait qu’un plan d’action 2008-2012.

Même au niveau du ministère chargé des MRE, les rédacteurs des termes de références de l’étude (signalée plus haut à notre point 4 ) «Stratégie Nationale en faveur des Marocains Résidant à l’Etranger à l’horizon 2030» (août 2012), n’ont pas rompu avec ce penchant en écrivant à propos des motivations de l’étude projetée, vouloir guider l’action du gouvernement «en relayant sa stratégie 2008-2012»(!!!), alors qu’il s’agissait bien d’un plan d’action préliminaire …

Ce pas a donc été franchi maintenant, et cette démarche a été «banalisée» pour aboutir à une stratégie au rabais. Faute d’élaborer réellement comme il se doit, cette stratégie nationale, avec une sorte de paresse intellectuelle, on se contente de dire et de répéter à satiété qu’on a cette stratégie, en la vendant par la «COM» de mille et une manières, en s’ingéniant à trouver les formules ambiguës et le canal adéquat pour accréditer l’idée …En bref , une simple stratégie de communication, en lieu et place d’une réelle stratégie nationale globale , cohérente et intégrée en matière de MRE!

Au niveau des orientations royales «oubliées», il y a aussi le discours du 30 juillet 2015 auquel nous avons déjà fait référence, qui a procédé au rappel de ce qui n’a pas été fait depuis 2007, en dépit par ailleurs des fermes instructions données le 21 décembre 2007 au président et au secrétaire général du CCME à l’occasion de leur nomination, consistant à ce que le Conseil : «contribue , en collaboration avec l’ensemble des autorités, à la mise en place d’une stratégie nationale d’immigration globale , multidimensionnelle et prenant en considération les développements et les mutations accélérées que connaît ce phénomène. Cette stratégie devrait être fondée, dans ses dimensions nationale, régionale et internationale, sur la cohérence et la complémentarité de l’action des autorités et des instances qui en ont la charge».

Or à ce jour , ce cahier de charge n’a pas été assumé, ce qui n’empêche pas les responsables du CCME de saisir toutes les occasions pour accréditer l’idée , pour leur part également, de l’existence d’une stratégie nationale en faveur des MRE, comme pour faire prévaloir leur apport en ce domaine , même si ceci est accompagné parfois de «critiques»… C’est ainsi que dans la note de cadrage du colloque international organisé par le CCME et l’Université Mohammed Premier à Oujda le 6 mars 2018 , sur le thème: «Droits sociaux des Marocains du Monde et régionalisation avancée, les développements suivants attirent l’attention :

«La stratégie nationale relative aux Marocains du Monde est basée, notamment, sur la consolidation de l’identité culturelle et la protection des droits des Marocains résidant à l’étranger par le biais de plusieurs programmes. À ce propos, le pôle social est un axe essentiel pour des politiques publiques participatives et intégrées en vue de la protection de leurs droits et intérêts dans le pays d’origine, le Maroc. Mais cette stratégie est principalement nationale, au moment où la régionalisation avancée, qui est un projet sociétal inscrit dans la Constitution 2011, constitue la pierre angulaire dans l’édification du Maroc de demain pour la réalisation d’un développement économique intégrée, et à l’accès des citoyens «…aux soins de santé, à la protection sociale… à la solidarité mutualiste…à une éducation moderne, accessible et de qualité (article 13)».

Encore une fois, le devoir des responsables du Conseil de contribuer à la mise en place d’une stratégie nationale globale, cohérente et intégrée concernant les MRE, n’a nullement été accompli, tout comme d’ailleurs la mission consultative et la mission prospective du CCME. Ces missions doivent être accomplies avec une démarche rigoureuse, y compris pour la conception du futur Conseil en vertu de l’article 163 de la Constitution. Même l’encouragement du Roi lors du discours du Trône 2015 à l’adresse du CCME pour l’élaboration d’une stratégie nationale avec en particulier «la nécessité de se prévaloir de l’expérience et du savoir-faire accumulés par le Conseil de la communauté marocaine à l’étranger», n’a pas suffi.

Cette expérience faut-il le rappeler , comporte de notre point de vue , certains éléments positifs comme la participation du CCME au Salon international de l’édition et du livre (SIEL à Casablanca , la publication de livres et l’organisation de débats et de séminaires , même si le Conseil de par le dahir, n’est pas un acteur culturel) mais également de nombreuses lacunes et insuffisances, sans compter de multiples dysfonctionnements dont il faut tirer objectivement les enseignements pour l’avenir, dans la mesure où ils font partie de cette expérience en positif et en négatif accumulée. C’est là où le «savoir-faire» des membres du Conseil doit s’exprimer concrètement, en concevant le futur Conseil, mais on est toujours dans l’attente.

Mais les responsables du CCME n’ont pas le triomphe modeste. Ils estiment que, par ce discours du 30 juillet 2015, ils ont la bénédiction du Palais et que les critiques qui sont adressées à propos de leur gestion et de son absence d’efficience, ne sont nullement fondées, voir ne constituent que «des attaques personnelles» et «de l’acharnement»!!!

Par ailleurs, la nécessité s’impose, à notre sens, d’un travail de mise en cohérence entre les orientations royales d’une part, le discours et les pratiques d’autre part d’un certain nombre de responsables d’institutions nationales dédiées aux citoyens marocains établis à l’étranger.

Prenons un exemple significatif. Alors que la Constitution parle des MRE en tant que citoyens et de la nécessité de protéger leur identité nationale , que le discours royal du 20 août 2012 considère les jeunes marocains à l’étranger comme une «composante» de la jeunesse marocaine et constituent nos «compatriotes» auxquels notre pays doit assurer «une participation aussi étendue que possible à la construction du Maroc de demain»,le premier responsable en pratique du Conseil de la communauté marocaine à l’étranger, qui a le mérite de la cohérence et de la constance dans les idées défendues depuis bien des années, a un point de vue bien à lui, mais qu’il développe en tant que numéro 2 de ce Conseil.

Il considère que les liens qui unissent la communauté marocaine en Europe avec son pays d’origine, «sont avant tout d’ordre culturel et cultuel», alors que ces liens d’appartenance ne sont pas uniquement identitaires, mais également de citoyenneté. Il ajoute que c’est «là-bas» en Europe que les jeunes MRE doivent s’investir, y compris politiquement, et que c’est entraver et parasiter leur intégration là-bas et favoriser le populisme et l’élargissement de l’extrême droite que de faire en sorte qu’ils aient également la possibilité de s’investir ici au Maroc en tant que citoyens marocains à part entière, ou membre d’un parti politique marocain !!! : «il est inconcevable, dit-il, qu’un citoyen français d’origine marocaine, adhère à un parti marocain sans que cela pose des problèmes» .

Cette position est par ailleurs en contradiction totale avec le discours royal fondateur du 30ème anniversaire de la Marche Verte (6 novembre 2005) , qui a réintégré les Marocains résidant à l’étranger, y compris les jeunes issus de l’immigration dans le processus intégral de citoyenneté par rapport au Maroc. Comme elle l’est avec la loi 23-06 donnant la possibilité aux jeunes marocains nés à l’étranger de s’inscrire sur les listes électorales à l’intérieur du Maroc en tant que votant et/ou candidats aux divers scrutins électoraux à l’intérieur du Maroc.

Inversion des rôles
Selon le document ministériel que nous discutons, le troisième fondement de cette «stratégie nationale» est constitué par les différents programmes gouvernementaux. Dans la version en arabe de la Stratégie, publiée rappelons-le sur le site du département, on spécifie précisément le programme gouvernemental 2012-2016.

Or de notre point de vue, au niveau méthodologique, un programme gouvernemental, aussi riche soit-il sur le dossier MRE (ce qui n’était même pas le cas sous le gouvernement Benkirane), ne peut fonder une stratégie. Au contraire, un plan d’action tire sa force de la stratégie. C’est la stratégie, conçue de manière globale, cohérente et intégrée sur le long terme, qui constitue la pierre angulaire de toute action, permet de saisir et de comprendre le contexte des décisions. Elle détermine les plans d’action (qui sont plus courts), les programmes dénommés gouvernementaux et leur donne du sens, une signification, des raisons d’être, des finalités, une situation «idéale» à atteindre, fixe le cap. Nulle politique migratoire n’a de sens en dehors d’un référentiel stratégique. La démarche stratégique transcende par conséquent la logique du court terme. Lorsqu’on dit qu’elle doit être bâtie sur le temps long, elle devrait même délibérément s’inscrire dans l’agenda des générations futures et, par voie de conséquence, du développement durable.

De la, il s’agit de dire «pourquoi et pour quoi plutôt qu’expliquer «comment». On ne peut se contenter de prendre des mesures qui répondent à des conjonctures passagères, car sans stratégie comme toile de fond et qui l’encadre, l’action est vidée de tout sens. Elle équivaut en effet à un acte mécanique sans signification, à de l’activisme, voir de la simple gesticulation. C’est la stratégie qui permet d’avoir un cadre de réflexion et d’action prospectif, de doter le pays d’un référentiel pouvant guider et orienter les politiques publiques en matière de Marocains résidant à l’étranger, bref une boussole pour ne pas naviguer à vue, agir sans savoir où on se dirige. En somme, la stratégie est incontournable. C’est la raison pour laquelle son absence dans le domaine MRE, est plus que problématique.

Il n’est peut être pas superflu de rappeler que, à la question de savoir quelles politiques nous voulons suivre dans le domaine des citoyens marocains à l’étranger, se pose fatalement la question cruciale de savoir quelle stratégie en la matière nous devons adopter. Voilà pourquoi, dans nos contributions au débat public pour l’action, la nécessité de l’élaboration d’une stratégie nationale en la matière, est un élément central et non pas un simple exercice intellectuel ou une question sémantique. Dans le dossier de la communauté marocaine établie à se cl’étranger, il faut par conséquent se déterminer sans détour pour l’adoption d’une stratégie en la matière, la réaliser et la mettre en pratique, les enjeux étant capitaux.

Avec le document élaboré sous le titre «Stratégie Nationale pour les MRE», on est ainsi en présence d’une expertise douteuse, avec une confusion méthodologique inacceptable, entre stratégie et plan d’action, programme gouvernemental et vision, qui ne peut que jeter le trouble politique. Ce qui trouble le débat, c’est la tricherie, le mensonge délibéré. Cessons donc de jouer sur les mots, de procéder aux dissimulations, de pratiquer là tromperie, de multiplier les sophismes. Les axes d’intervention et les programmes du ministère en faveur des MRE, s’inscrivent dans le cadre d’un plan d’action du département, mais ne constituent nullement en eux-mêmes une stratégie nationale, pas plus qu’ils ne sont issus d’une stratégie nationale, celle-ci n’existant pas.

Impasse incompréhensible et réelle démission
Une stratégie nationale dédiée aux Marocains établis à l’extérieur, ne peut faire l’impasse sur une réflexion approfondie concernant les diverses institutions, moyens d’intervention et leviers d’action qui composent le champ institutionnel MRE, dédiés en totalité, voir partiellement seulement au secteur .Un état des lieux critique de son fonctionnement et des résultats de son action est incontournable. Or le document de «stratégie» fait l’impasse sur cette dimension fondamentale.

Pourtant, ce champ institutionnel connaît un décalage énorme avec les innombrables mutations qualitatives et structurelles qui touchent la communauté marocaine établie à l’étranger, engendrant de nouvelles attentes et aspirations des MRE. Ces institutions restent par ailleurs pratiquement sans lien les unes avec les autres, voir même concurrentes avec la reprise et duplication d’un certain nombre d’activités. De plus, chacune d’elles navigue sans boussole pouvant donner une visibilité dans un domaine transversal fort complexe.

Face à cette situation, toutes les institutions dédiées aux MRE ont besoin d’être refondées, de voir recadrées et fédérées leurs actions, et surtout de rendre cohérentes leurs diverses interventions, avec le souci également de la réalisation des politiques publiques dans un esprit de complémentarité.

Certes, le document de Stratégie comprend un programme numéro 8 intitulé «gouvernance et communication», qui a pour but de «structurer la gouvernance pour organiser l’action de tous les intervenants institutionnels du champ MRE, de renforcer leurs capacités d’intervention et améliorer la communication autour de la stratégie dédiée aux Marocains du Monde».

Pour autant, ce document «stratégique» ne parle nullement des problèmes et dysfonctionnements que connaissent Bank Al Amal, la Fondation Hassan II pour les MRE, le CCME, le Conseil Européen des Oulémas Marocains, la CNSS etc..Ces institutions ne sont même pas cités dans ce programme numéro 8 comme on peut le constater dans le document en arabe (page 17) sur le site officiel du ministère MRE, alors qu’il s’agit d’arrêter un agenda politique pour mettre en œuvre de multiples réformes et de les intégrer dans les programmes nationaux ! Au vu de la pratique, la gestion de ces institutions a besoin de manière pressante et urgente d’être revisitée et réajustée dans le sens de l’efficacité, de la transparence et de la démocratie.

À la décharge du bureau d’études, son «livrable définitif» comprend bien à son programme 8 un projet intitulé : «Renforcement de la coordination avec les acteurs institutionnels», avec la mesure suivante : «clarification des rôles des différents acteurs institutionnels impliqués dans les problématiques des Marocains du Monde». L’inscription de ce projet est tout à fait fondée, car en matière de politiques dédiées aux MRE, rien de valable ne peut se faire sans la convergence et sans la synergie pour parvenir à une mutualisation des efforts, à un meilleur usage des divers outils d’intervention relatifs aux MRE, et à plus d’efficience. Les maîtres mots sont les 3C : coordination, concertation, cohérence.

La coordination qui est un processus dynamique d’ajustement et de mise à niveau , nécessite un processus d’information, interaction et coopération entre des visions et points de vue multiples dépassant les approches partielles ou sectorielles et débouchant de façon dynamique et évolutive sur des visions complémentaires et intégrées, des convergences, voir des visions et des références partagées.

Mais dans une fuite devant les responsabilités, cette dimension centrale et incontournable de la coordination fut carrément et tout simplement supprimée par les responsables du ministère, dans le cadre d’une vision bien particulière de la «coordination sectorielle». Visiblement, ils ont estimé que c’était là un sujet trop sensible et un domaine «trop glissant» pour être retenu, impliquant des réformes qui ne seraient pas du goût des hauts responsables d’institutions concernées, en particulier celles dédiées en totalité aux Marocains résidant à l’étranger, considérées par eux comme faisant partie du domaine réservé : Fondation Hassan II pour les Marocains résidant à l’étranger, Conseil de la communauté marocaine à l’étranger ( CCME), Conseil Européen des Oulémas Marocains (CEOM).

Ce dernier conseil est en effet également concerné du fait en particulier que l’encadrement religieux connaît toujours une défaillance manifeste en terme de déploiement et au niveau qualitatif. L’échec patent est visible lorsqu’on constate surtout le nombre de jeunes issus de l’immigration marocaine impliqués dans les actions de violence meurtrière en Europe.

Voilà pourquoi, on comprend mal la suppression «en interne» par le ministère du projet suivant proposé par le bureau d’études avec les mesures pratiques qui lui sont liées :

« Renforcement de l’encadrement religieux des Marocains du Monde :
  • formation des Imams issus de la communauté des MDM ;
  • création de manifestations religieuses ;
  • création d’une plateforme d’échange et d’information autour des questions religieuses».
Bien entendu, pour la dimension cultuelle, il y’a le ministère des Habous et des affaires islamiques. Mais pour l’encadrement religieux de la communauté marocaine résidant à l’étranger, même ce département semble dessaisi par les tenants de la démarche sécuritaire qui ont la haute main sur ce secteur , alors qu’au même moment, les responsables d’une institution nationale consultative comme le Conseil de la communauté marocaine à l’étranger (CCME), qui n’est pas, selon les textes, un acteur cultuel ( pas plus d’ailleurs qu’il n’est un acteur culturel), jouent un grand rôle dans cet encadrement religieux , bien que cette action soit défaillante, en particulier auprès des jeunes.

On se trouve dés lors devant un grand paradoxe. Alors que c’est le Souverain qui appelle depuis plusieurs années – et rappelle avec insistance – le gouvernement à la nécessaire restructuration du champ institutionnel couvrant le secteur multidimensionnel de la communauté marocaine établie à l’étranger, certains mettent en avant le caractère de «domaine réservé» de ce champ pour esquiver de prendre leurs responsabilités, au point de gommer de la liste des réformes qui s’imposent, celles qui ont fait l’objet d’interpellations royales solennelles… C’est, selon une célèbre expression utilisée : «être plus royaliste que le roi» !

Outre les politiques publiques adéquates en direction des citoyens marocains établis à l’étranger, une offre institutionnelle appropriée en la matière, avec une configuration sur la base d’une vision stratégique du secteur, est par conséquent nécessaire, impliquant notamment les réformes requises.

Sur ce point, faisons observer en particulier que le CCME qui connaît de multiples dysfonctionnements, fait partie de ces institutions qui n’ont pas été refondées, alors que la Constitution les dénomme dans son titre II (article 160) : «les institutions et instances de protection des droits et libertés, de la bonne gouvernance, du développement humain et durable et de la démocratie participative» ( !).

En rapport avec les dirigeants de toutes les institutions précitées, rappelons que l’obligation de rendre des comptes pour tout responsable est bien insérée dans la Constitution et considérée comme l’un des piliers fondamentaux d’une gouvernance démocratique. Déslors, on ne peut que s’étonner qu’elle ne soit pas appliquée en ce domaine, d’autant plus que certains responsables de ces institutions (CCME, Fondation Hassan II pour les MRE), cumulent d’autres très hautes fonctions…

Mêmes objections
Un autre document, de 72 pages en français cette fois-ci, a été publié en septembre 2016 par le ministère chargé des Marocains résidant à l’étranger et des Affaires de la migration. Il porte le titre suivant : «Stratégie Nationale pour les Marocains Résidant à l’Etranger. Bilan 2013-2016».

Les remarques critiques et objections que nous avons formulées sur le texte en arabe édité sur le site du même ministère, sont valables ici également, en ajoutant sept autres observations :
  1. A l’analyse de ce document, on constate que tout s’embrouille. Dès l’introduction, on y lit ce qui suit: «(…) le gouvernement s’est attelé à élaborer une vision tendant à répondre aux attentes et aux besoins de la communauté marocaine, aussi bien au Maroc qu’au niveau des pays d’accueil. De son côté, le ministère chargé des MRE et des Affaires de la migration, a pris soin de concrétiser cette vision sur le terrain en mettant en place une stratégie ambitieuse visant à atteindre trois objectifs principaux dont la préservation de l’identité marocaine des Marocains du Monde (MDM), la protection de leurs droits et intérêts et le renforcement de leur contribution au développement du pays. Ce rapport expose de façon succincte le bilan des réalisations durant la période 2013-2016 et fixe les perspectives d’avenir au terme desquelles le ministère projette dans un esprit de continuité , de poursuivre la consécration des politiques publiques adoptées en faveur des MRE».
  2. A partir des développements précédents, on observe ainsi que plan d’action, bilan d’exécution, politique publique nationale, vision, stratégie, s’entremêlent et se chevauchent , sans que l’on sache exactement, dans une démarche brouillonne et confuse, quel est le statut accordé à chacune de ces notions, et ce qu’on y met exactement derrière leur utilisation .
  3. A supposer qu’il y ait eu véritablement l’adoption officielle et formelle en novembre 2014 (c’est-à-dire pratiquement à la fin de cette année là) d’une Stratégie Nationale pour les MRE, qualifiée d’«AMBITIEUSE ET INTÉGRÉE» à la page 11 du rapport alors qu’elle ne l’est pas du tout comme nous l’avons montré plus haut (voir l’édition d’«Al Bayane» du vendredi 6 avril 2018), comment se fait-il que le bilan de la Stratégie intègre également les années 2013 et 2014!?
  4. Alors que le discours du Trône du 30 juillet 2015 rappelle solennellement la nécessité d’avoir une stratégie nationale globale et intégrée en matière de MRE, comment se fait-il que le ministère concerné édite en novembre 2016 un document présenté comme étant le bilan 2013-2016 de la Stratégie nationale pour les MRE et fait fi de ce discours royal?( !!!)
  5. Aucune approche prospective sous-jacente ne traverse ce rapport, alors que l’une des fonctions essentielles d’une stratégie en matière de MRE est celle d’anticiper .Ne dit-on pas que gouverner, c’est prévoir !?
  6. Rapport de septembre 2016, parle en termes «d’amélioration des services consulaires destinés aux MRE» durant la période considérée (2013-2016), alors que le discours du Trône du 30 juillet 2015, a critiqué sévèrement les dysfonctionnements de l’action des missions consulaires marocaines à l’étranger!
  7. Comment considérer comme un grand progrès le fait que le programme «Sharaka» (aujourd’hui terminé), financé par l’Union européenne, «décentralise» la recherche pour l’action au Maroc et mène dans l’Oriental un projet régional destiné à déployer et à mettre en œuvre la stratégie (nationale) au profit des MRE, alors que précisément , cette stratégie nationale, dédiée aux MRE, n’est en rien une réalité concrète !?
Retour à la (non) participation politique des MRE
Une des notes de cadrage de la réunion du 17 janvier 2018, pose la question suivante : «comment renforcer la participation politique des MRE confortée par la Constitution?».

Or jusqu’ici et comme on l’a déjà mentionné, les gouvernements qui se sont succédés n’ont rien fait pour cette participation. On ne peut donc parler de renforcer la participation.

Le rapport du bureau d’études a, lui-même, cédé aux chants des sirènes, préférant caresser dans le sens du poil les adversaires acharnés de la participation et représentation politiques des citoyens marocains établis à l’étranger par rapport au Maroc. A la page 15 du «livrable», on trouve en effet inscrit parmi les principales faiblesses de l’émigration marocaine l’élément suivant : «difficultés de l’exercice du droit de vote»!!! La question est «mise en attente» pour des raisons soit disant techniques, matérielles, en prônant la démarche progressive ou évolutive, mais c’est un provisoire qui dure et s’éternise, la vision sécuritaire prenant toujours le dessus sur ce dossier.

Seule une politique du vrai pourrait redresser la situation. Faudrait-il dès lors une éternité pour l’élaboration des pistes d’application ? Quelques enseignements pratiques avec la formulation de propositions concrètes seront fournis dans la prochaine et dernière édition (du vendredi 27 avril).

Abdelkrim Belguendouz
Universitaire et chercheur en migration



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