Le texte, ci-dessous, (Sezamemag) date du 6 février 2007. Il s’agit d’un entretien donné par Abdellah Boussouf en tant que directeur du Centre européen des études islamiques de Bruxelles, dix mois plus tôt avant qu’il ne soit nommé le 21 décembre 2007 par SM le Roi Mohammed VI en tant que secrétaire général du Conseil de la communauté marocaine à l’étranger (CCME). 

Ce texte est important à plusieurs titres:
  • Dans une première lecture, Abdellah Boussouf livre l’opinion personnelle en tant que simple citoyen, indépendamment de ses futures responsabilités dans le cadre de l’institution nationale consultative et prospective CCME. 
  • L’auteur développe clairement et sans détour sa position personnelle contre la participation citoyenne et la représentation parlementaire par rapport au Maroc des citoyens marocains établis à l’étranger ; Jusque là rien à dire !
Or, lorsqu’il a été nommé par le Souverain comme numéro 2 du CCME au côté de Driss Ej Yazami en tant que président, on était en droit de s’attendre à un élément très important, à savoir garder pour lui son opinion personnelle et faire tout son possible au plan organisationnel pour que le CCME prépare et formule de manière objective l’avis consultatif sur la participation et la représentation politique qui avait été demandé aux deux dirigeants du Conseil lors de leur nomination. 

Tout autre fut l’évolution des choses. Non seulement les deux responsables, ainsi qu’un ex-numéro 3 débarqué en été 2015, ont tout fait pour que le groupe de travail interne «citoyenneté et participation politique» n’accomplissent pas convenablement leur mission en menant notamment des consultations ouvertes et démocratiques avec tous les milieux concernés, en premier lieu, le milieu associatif MRE, mais ils n’ont cessé de faire des déclarations publiques et d’intervenir auprès des milieux parlementaires, de la presse etc... pour que cette participation n’ait pas lieu. 

Curieusement, ce sont les mêmes arguments fallacieux et antidémocratiques avancés par le «citoyen» Abdellah Boussouf début 2007, que l’on retrouvera exprimés publiquement à plusieurs reprises par le Secrétaire général du Conseil et particulièrement lors d’une interview incendiaire à Akhbar Alyoum parue le 15 août 2014 et ce, malgré également les avancées de la Constitution rénovée de 2011. Dans cette interview de l’été 2014, étaient développées notamment les idées suivantes : 
  • le seul lien des MRE avec le Maroc est uniquement culturel et cultuel, 
  • les partis politiques marocains n’ont pas à s’occuper des MRE, 
  • II est dans l’intérêt des MRE et même de l’Etat marocain que les MRE ne fassent pas de politique par rapport au Maroc ... 
Est-ce une simple coïncidence ? ou bien on peut estimer que l’orientation donnée à l’entretien du 6 février 2007, allait dans le même sens que la position de ceux qui ont tout fait pour remettre en cause les décisions progressistes du discours royal fondateur du 6 novembre 2005, en les inscrivant le 16 juin 2006 dans une démarche progressive ou graduelle qui n’a encore jamais été exécutée fin décembre 2018. Ils seraient par conséquent tombés par hasard sur le profil rare correspondant à leurs attentes . 

Á moins de considérer que, s’inscrivant dans le cadre d’une «campagne (non) électorale» prématurée  la position défendue alors par Abdellah Boussouf était une position calculée, une sorte de « éclaration d’intention» donnant un gage à ceux qui ont un mot à dire dans la préparation des dossiers de nomination . .. 

Toujours est-il que dans les deux cas, onze années ont été perdues également dans le dossier politique des citoyens MRE ! 

Rabat , le 16 décembre 2018 

Abdelkrim Belguendouz 
Universitaire à Rabat , chercheur en migration



Quelle est la nature des liens qui unissent la communauté marocaine installée en Europe avec son pays d’origine ?Ces liens sont avant tout d’ordre culturel et cultuel. J’ai, personnellement, des réserves sur les liens partisans qui peuvent exister. Les relations doivent être avant tout avec le Maroc et ses institutions stables.
Dans l’optique de la représentativité des Marocains résidant à l’étranger, au parlement marocain, nous avons vu les partis politiques faire le tour de cette communauté pour attirer ses voix, qu’en pensez-vous ?Les partis politiques marocains sont entrés dans une compagne électorale prématurée sur le sol européen, alors qu’elle n’a pas encore vraiment commencé au Maroc. Nous remarquons l’absence d’une vision claire de la part de ces partis en ce qui concerne la nature de la représentativité de cette communauté aux élections législatives marocaines de 2007. En tout cas, il ne faudrait pas qu’une filiation politique soit à la base d’une division au sein de cette communauté.
Quel représentativité voyez-vous pour cette communauté ? C‘est difficile aujourd’hui de parler de l’organisation d’élections des députés au sein du parlement marocain. S’il faut militer dans un parti, il est plus judicieux de le faire dans un parti européen, pour participer à la construction européenne et être un élément constructif qui contribue à faire aboutir les questions concernant les gens vivant en Europe. C’est dans ce sens qu’il est inconcevable qu’un citoyen français d’origine marocaine adhère à un parti marocain sans que cela pose des questions. Cela donnera du grain à moudre à l’extrême droite pour justifier la difficulté d’intégration ou le refus de celle-ci par cette communauté. D’un autre coté, le Marocain qui veut participer aux élections a la possibilité de le faire depuis la région d’origine du Maroc, par le biais d’un procuration ou par internet.
Les partis politiques doivent avoir une vision de la place que doit tenir la communauté marocaine résidant à l’étranger sur l’échiquier politique marocain. Verra-t-on un jour des ambassadeurs, des consuls ou des leaders politiques issus de cette communauté ?
Comment donner un sens à la proposition royale de donner une représentativité aux Marocains résidant à l’étranger ?Je crois que la création du Conseil supérieur des Marocains résidant à l’étranger peut répondre aux besoins de cette communauté. Ce conseil sera un espace de débat et de dialogue entre les représentants de cette communauté et les pouvoirs publics. Les aspirations de cette communauté pourront ainsi aboutir et avoir un écho au Maroc même. Participer aux élections législatives marocaines n’est pas une priorité pour eux. La communauté marocaine résidant à l’étranger est par contre très attachée à la participation, à tous les niveaux, à la construction de son pays d’origine. C’est pour cela qu’il y a de plus en plus d’investisseurs d’origine marocaine qui viennent investir au Maroc et participer à son développement économique.
Ces derniers temps, l’image du Maroc ou des Marocains résidant en Occident a été écorchée. Pourquoi d’après vous ?Plusieurs facteurs peuvent expliquer cela. D’un côté, une partie de ceux qui traitent des Marocains ou du Maroc n’ont qu’une connaissance limitée de ce pays, de sa culture, de son économie et de sa société. Certains n’hésitent pas à participer à des campagnes de dénigrement volontaires. Aussi, une partie des Marocains résidant en Europe ne représente pas, ou mal, la vraie image de son pays d’origine. D’un autre côté, le gouvernement marocain ne s’investit pas assez pour dynamiser la communauté marocaine résidant à l’étranger, en créant, par exemple, des centres culturels et en produisant des produits culturels de qualité et les mettre à la disposition du tissu associatif marocain pour faire connaître la vraie image du Maroc, pays d’ouverture, de tolérance. Les Marocains résidant à l’étranger sont demandeurs de ce genre d’initiatives G Géducatives et culturelles pour améliorer l’image du Maroc. Cette communauté regorge de compétences, aussi il faudrait la motiver par des actions concrètes pour l’inciter à s’investir au Maroc et à le promouvoir à l’étranger. Elle se sent fortement concernée par ce qui se passe au Maroc, donc il est très légitime qu’elle veuille participer au débat national marocain.
Les relations maroco-algériennes connaissent des tensions. L’entente entre les communautés marocaines et algériennes en Europe peut-elle contribuer à rapprocher ces deux pays ? Cette tension n’est que passagère et se dissipera avec le temps. Nous retrouvons ses répercussions sur certains plans, surtout au niveau de la représentativité de l’islam. C’est une situation qui n’est bénéfique pour aucune des deux communautés. L’entente au sein de la communauté maghrébine ne peut qu’aider à rapprocher les peuples et les pays maghrébins entre eux et avec les pays européens ; c’est en tout cas notre souhait. La réalité maghrébine et européenne nous impose de promouvoir des projets en commun et d’unir nos efforts pour affronter les défis qui se présentent à nous.
Vous dites que la laïcité a beaucoup servi les musulmans en Europe et surtout en France. Est-ce que les musulmans doivent être les premiers à défendre cette laïcité ?Moi, en tant que musulman européen, je reste très attaché à la laïcité et je la défends. C’est cette laïcité qui me permet de pratiquer ma religion en toute liberté et d’être sur le même pied d’égalité avec les autres citoyens devant la loi. Pendant la période de l’Inquisition en Andalousie, les musulmans et les juifs ne pouvaient pas pratiquer normalement leur religion. Avec l’Etat laïque, est apparue la liberté de vivre et de pratiquer son culte.
Votre vision de ce que doit être « l’islam européen » ?Il faut inventer un modèle européen. On ne peut pas appliquer en Europe un islam géographique lié à telle ou telle région ou un islam historique lié à telle ou telle tendance. Il faut un islam qui s’adapte à l’Europe avec ses besoins et ses défis. Pour y répondre, l’effort d’interprétation doit aller dans ce sens. Nous devons donner des réponses claires aux questions qui nous interpellent comme la relation de la religion et de l’Etat.
Quel rôle peuvent jouer les musulmans en Europe?Les musulmans en Europe doivent jouer un rôle positif et être un facteur de stabilité, de sécurité et de prospérité. Il est de leur devoir de défendre la pluralité culturelle et religieuse, de promouvoir le dialogue interreligieux et d’être un lien de rencontre avec le monde musulman. N’oublions pas que certaines parties ont intérêt à ce qu’un climat de peur et de confrontation s’installe entre l’islam et l’Occident, surtout sur le sol européen. L’un des défis des musulmans d’Europe est d’améliorer l’image de l’islam, de faire en sorte qu’elle devienne une religion comme les autres, d’une certaine manière, de la banaliser. (Source)



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