Nous sommes comme ce jeune «hittiste» du coin de la rue, ou ce fidèle client des terrasses de café: il ne lit pas, ne consomme rien et ne rêve même pas, il est là pour «tuer le temps».

Ecoutez bien: le Maroc a décidé de rajouter, une fois pour toutes, 60 minutes à son heure légale. C’est venu comme ça, sans explication ni rien. Un beau matin, en nous réveillant, on découvre que ça sera GMT+1. C’est ce qu’on a décidé pour nous, à notre place. Il ne sert à rien de discuter. C’est officiel, plus besoin de régler sa montre, nous vivrons un été éternel, sans fin…

Vous y croyez, vraiment? Il faut se méfier de ces informations qui se terminent par «à jamais» ou «pour toujours». Surtout au Maroc où les décisions «définitives» ne survivent que le temps d’une saison ou deux.

Je vous le dis, un jour, quelqu’un nous réveillera en nous disant: réglez vos montres, c’est le retour à GMT! On nous expliquera alors que si GMT+1 réduit les dépenses en énergie, le retour à GMT fait du bien à la banque et aux places boursières. 

Au fond, ce débat prête à sourire. La vraie question n’est pas économique mais humaine, et même philosophique: va-t-on gagner ou perdre une heure, soixante minutes, 3600 secondes de notre vie ? Posez cette question autour de vous et vous verrez. On vous dira, en haussant les épaules: «je m’en fous !».

J’ai fait le test. J’ai choisi le meilleur échantillon possible, un chauffeur de taxi. Son métier, c’est de jouer avec le temps, de compter les minutes. Qu’on lui fasse gagner ou perdre 60 minutes n’est pas anodin. Enfin, en principe…

Alors monsieur le taxi, content ou pas content du GMT+1? «Ni l’un ni l’autre. Si on me vole une heure, je travaillerai plus vite. Si on me la rajoute, je rentrerai plus tôt. Vous voyez, le résultat sera toujours le même».

Quel fatalisme! Quel manque d’enthousiasme!
Le problème, c’est que beaucoup réagissent avec la même indifférence. Une heure de plus ou de moins, qu’est-ce que cela change? Rien de chez rien, c’est ce qu’on dit. Et pourtant.

Dans ce pays, nous cultivons un rapport étrange avec le temps. D’un côté, les Marocains sont des gens pressés, qui n’aiment pas attendre, ni faire la queue. Ils veulent être servis les premiers, avant les autres. Quand ils sont au volant, rien ne leur est plus insupportable que de se faire doubler. Ils vivent cela comme une humiliation, un manque de respect…

Dans le même temps, et c’est paradoxal, les Marocains passent leur vie à attendre. Ils «tuent» le temps en attendant la rupture du jeûne, l’heure de la prière, ils attendent qu’il fasse plus beau, plus frais, que le jour se lève ou que la nuit tombe, ils attendent que la pluie s’arrête, ils attendent le week-end, les jours fériés, la prochaine fête religieuse, ils attendent la fin du ramadan, la fin de la saison des grandes chaleurs, du froid, etc. 

Nous sommes comme ce jeune «hittiste» du coin de la rue, ou ce fidèle client des terrasses de café: il ne lit pas, ne consomme rien et ne rêve même pas, il est là pour «tuer le temps».

Le problème de l’humanité aujourd’hui est de gagner du temps, d’en créer, parce que tout va plus vite et il y a tellement de choses à faire... Nous n’avons pas ce problème. Si on nous offre une heure de plus on la tuera, si on nous la retire, on ne s'en rendra même pas compte. Dieu merci!




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