Très certainement inspirée du fin fond de l'enfer, cette rumeur a étrangement rencontré un écho favorable chez certaines franges de la population. Les autorités sont sur le qui-vive. Sommes-nous à l'aube d'une vague de violence aveugle ?

C’est l’étrange trajet d’un message en forme de blague, publié sur Snapchat, devenu viral après avoir été modifié par d’autres personnes, et qui finit par déclencher une plainte du ministre de l’intérieur et envoyer l’auteur du snap au commissariat. Ce 29 octobre, un homme de 19 ans s’est présenté au commissariat de Grenoble (Isère), où il a été placé en garde à vue.

Le message original, publié le week-end du 27 octobre selon Numerama, appelle les lecteurs à monter des groupes pour la nuit du 31 octobre, et à se préparer à se battre. Il y est écrit (sic) : « A tout les mecs de Grenoble (smh, echirolles, fontaine etc.) venez le 31 c’est la purge, tous les coups sont permis : toutes le zones & les quartiers montent une équipe, quand 2 équipe se croisent obbliger de s’affronter !!! A tt les autres, restez chez vous. Bonne chance à tt les secteurs, bonnes purges. »

Plainte et auteur contacté sur Twitter
Alerté, le ministre de l’intérieur, Christophe Castaner, a annoncé lundi avoir porté plainte. L’auteur du premier message, posté depuis Grenoble, panique alors : sur son compte Twitter, il publie plusieurs messages expliquant que son appel à une « purge » était « une énorme blague et une invention » qui a « pris une trop grande ampleur, alors j’ai décidé d’annoncer […] que c’était une blague ! Il n’y aura ni purge à Grenoble, Paris, Genève, Lyon, etc. », écrit-il.

Contacté sur Twitter par la police de l’Isère, le jeune homme s’est ensuite rendu au commissariat de Grenoble, et a été placé en garde à vue.

« L’auteur a été identifié. Il prétend que c’est “une mauvaise blague”, il sera poursuivi. Appeler à la “purge” contre nos policiers, c’est appeler au meurtre », a répondu Christophe Castaner sur Twitter.

Les poursuites devraient cependant s’avérer plus complexes que ce qu’affirme le ministre de l’intérieur : le message du jeune Isérois n’appelait pas directement à s’en prendre aux forces de l’ordre, contrairement aux messages qui ont suivi. Le texte pouvait cependant être interprété comme un appel à la violence, et son caractère humoristique peut être sujet à débat. « Nous n’acceptons pas cette “blague”. Chacun doit être responsable de ses paroles et de ses actes », estime-t-on à Unité SGP Police Essonne.

Pourquoi un message publié par un jeune homme inconnu sur un réseau social où les messages sont éphémères est-il devenu aussi public ? L’histoire a aussi connu, au cours du week-end, un certain succès sur les forums de Jeuxvideo.com, pendant qu’elle était aussi diffusée sur Facebook par des comptes et des groupes de soutien aux forces de l’ordre.

Passablement exotique pour les non-initiés, le concept même de la « purge » est bien connu des amateurs de films d’horreur. Il est au cœur de trois films et d’une série du même nom, The Purge, dans lesquels les habitants d’une Amérique totalitaire sont autorisés, une nuit par an, à commettre tous les crimes de leur choix. La diffusion de la dernière saison de la série a débuté en septembre sur la plate-forme de streaming d’Amazon.

Violences à Corbeil-Essonnes
Au cours du week-end, le message semble avoir circulé d’utilisateur en utilisateur au sein de l’application Snapchat, très prisée des adolescents français. Le dimanche, la page Facebook d’Acropol Info, qui se définit comme une « plate-forme d’information qui a pour but d’apporter un soutien civil aux forces de sécurité françaises sur le territoire national et n’importe où sur le globe », publie une capture d’écran d’un autre message, semblant cette fois avoir été posté par un habitant de Corbeil-Essonnes (91). Beaucoup plus explicite, le message appelle à s’habiller en noir, à commettre des vols et à attaquer les forces de l’ordre.

Or, à Corbeil-Essonnes, le week-end a été tendu. Des policiers ont été pris à partie à plusieurs reprises, notamment le dimanche, après le refus de la mairie d’accorder une autorisation de tournage pour des clips de rap. Un contexte qui explique que les policiers prennent les menaces de « purge » au sérieux. « A ce stade, il n’y a pas de preuve que ces messages viraux ont été repris à leur compte par des individus de Corbeil-Essonnes, l’enquête en cours doit le déterminer », explique au Monde le syndicat Unité SGP Police Essonne. « On ne peut pas tolérer ces menaces ; hier encore, une quinzaine d’individus habillés en noir a brûlé des véhicules à Corbeil-Essonnes. Personne n’a oublié ce qui s’est passé tout près d’ici à Viry-Châtillon », où deux policiers avaient été gravement brûlés en 2016 lors d’une embuscade.





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