Non, je n’ai pas fait mes études là-bas. Je ne porte pas l’identité de ce là-bas qui fait rêver et je n’ai jamais été sous tous cieux tant convoités plus que quelques jours de vacances.

Pourtant, mon cœur tangue entre ici et ailleurs. Et à chaque fois que je le dis, je vois autour de moi des yeux interrogateurs qui s’écarquillent me faisant parvenir un : « Toi, partir ? Pourquoi ? Toi qui semble tout avoir ? ». J’avoue me poser aussi la question en découvrant que ce rêve d’adolescence m’accompagne encore, avec persistance par moment.

Je suis de cette génération qui s’ex­primait peu mais nourrissait des idéaux en s’abreuvant de livres et de cultures qui respiraient la Démocratie, les Droits, la reddition des comptes, la Liberté, l’Egalité.

De cette génération qui a chanté, senti dans ses tripes des paroles de JJ Goldman qui demandait qu’on l’envole pour remplir sa tête d’autres horizons et d’autres mots, refusant de vivre sa vie par procuration devant son poste de télévision. Cette génération qui a vibré en imaginant, tout près, ce vent de changement (wind of change) scandé par les mythiques « Scorpions ».

J’ai ainsi avancé dans la vie et j’avance entre rêve d’ailleurs, résignation, résilience et acceptation. Aux jours d’espoir succèdent des moments de doute et de désespoir qui me font réfléchir sur mon choix de ne pas avoir été jusqu’au bout de cette aspiration … vivre là-bas.

Ce «là-bas» où je ne serais pas qu’un numéro sur une carte ; où je serais écoutée en tant que citoyenne, où je sentirais que ma voix fait la différence. Un là-bas où règnent confiance et empathie dans les relations entre institutions et citoyens. Un là-bas où j’aurais le choix de payer ou pas des services élémentaires : le médecin, l’école, les activités sportives, les cours de soutien scolaire, l’accompagne­ment des enfants. Un là-bas qui valorise toutes les compétences même les plus excentriques. Un là-bas aligné et au clair avec lui-même. Ce «là-bas» où j’avancerais en toute confiance, sachant que chacun fait consciencieusement son travail du top vers le down. Ce «là-bas» qui nourrirait par son environnement, mes valeurs, mes compétences, mes capacités, sans oublier mon potentiel.

Ce «là-bas» où je ne trouverais pas pour marcher les trottoirs envahis par les terrasses de café et les achalandages des marchands de tous genres, où je trouverais à proximité des parcs pour m’aé­rer, où je ne croiserais pas autant de misère dans la rue et où se pratique, dans la plus grande spontanéité, le Respect.

Je sais que des vies humaines se perdent dans leur chemin vers ici. Je sais que là-bas, il y a des vies qui s’impatientent de partir à la poursuite de leurs rêves ici. Et si ça se trouve, en restant ici je suis quelque part là-bas et en étant là-bas mon cœur se pencherait vers ici.

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