Relançons un débat de la plus haute importance relatif aux politiques publiques marocaines en direction des Marocains résidant à l’étranger, ou plutôt des citoyens marocains à l’étranger (CME). Y a-t-il oui ou non, une stratégie nationale globale, cohérente et intégrée concernant le dossier des CME, en tenant compte de l’hétérogénéité du fait migratoire et de la transversalité de cette question globale complexe? Une stratégie indispensable pour pouvoir parler de politiques judicieuses et pertinentes concernant ce secteur d’intérêt national ! Un sujet fondamental d’intérêt public qu’il faut continuer à soulever en permanence, tant qu’il n’a pas été réglé.

Précisons l’enjeu. Il ne s’agit pas d’une simple question de mots, d’appellation, de dénomination ou d’une querelle anodine de vocabulaire (stratégie ou plan d’action …) ou de formalisme (stratégie validée ou non par une quelconque instance), mais l’essentiel en fin de compte est d’avoir une véritable stratégie qui donne du sens et une signification aux politiques publiques marocaines en direction des citoyens marocains établis hors des frontières nationales. Voilà l’utilité et l’intérêt public de ce débat, en souhaitant vivement que celles et ceux qui ont un point de vue différent, voir totalement opposé au nôtre, y participent.

Il y a quelque temps, trois articles publiés par le site Oujda City, avaient attiré mon attention :
  • La Politique multidimensionnelle de l’émigration du Royaume, saluée par la communauté internationale.
  • Rappel de la Stratégie des Marocains du Monde.
  • Le Maroc, un pays de destination et de résidence pour un nombre croissant de migrants et de réfugiés.
Ces articles, dont deux signés par Mohamed Drihem, soulèvent une série de questions et d’interrogations qui méritent discussion sereine, réfléchie et posée, clarification rigoureuse et dialogue responsable. Voilà pourquoi, dans le cadre de ce débat public et sans le personnaliser aucunement, je souhaiterais, en les accompagnants de suggestions pratiques pour l’action concrète, formuler les vingt-deux remarques et observations critiques suivantes par rapport à l’ensemble de ces interventions, ainsi qu’à d’autres écrits liés directement au sujet qui nous préoccupe ici, mais en m’attachant surtout à celle intitulée «Rappel de la Stratégie des Marocains du Monde».

Tout comme nous ferons référence à certains éléments du contenu même de l’Agenda Africain sur la Migration, présenté fin janvier 2018 à Addis-Abeba dans le cadre du Sommet de l’Union Africaine par le chef du gouvernement marocain, Saâd Eddine El Othmani, au nom de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, Leader de l’UA dans le domaine migratoire.

La présente contribution diffusée avec l’hospitalité d’«Al Bayane», est une étude un peu longue, la nature de la thématique l’exigeant. On ne peut traiter ce sujet pointu et «stratégique» en quelques lignes ou en style télégraphique. Il exige le temps et l’espace nécessaires. Que le lecteur pressé nous excuse , nous sollicitons son attention pour l’ensemble de la démonstration dans le cadre de ce débat qui impose de fournir une série d’informations et de faits , de développer un certain nombre d’arguments , de réfuter certaines justifications et de proposer des éléments d’alternatives . L’exposé se déroulera par conséquent sur plusieurs éditions du vendredi de ce mois d’avril 2018.

Qui est responsable de quoi?
Deux des articles mentionnés ci-dessus, sont signés Mohamed Drihem (qui ne relève ni du département ministériel concerné, ni d’aucun des médias cités ici), mais les trois articles publiés ont la même provenance. Ce sont en effet des documents entièrement élaborés par le ministère délégué auprès du ministre des affaires étrangères et de la coopération internationale , chargé des Marocains résidant à l’étranger (MRE) et des Affaires de la migration , et on ne voit pas pourquoi une signature étrangère à ce département leur est accolée indûment , en supprimant au même moment , l’entête du ministère concerné .

Comme on le verra dans nos développements , ceci est voulu par d’aucuns au niveau du département pour que ces derniers évitent d’assumer leur responsabilités , en instrumentalisant des personnes extérieures , pouvant plus facilement faire passer leurs messages par «procuration » , en faisant au même moment pointer du doigt les journalistes ou en invoquant la liberté de la presse en cas de problème …

Ces documents ont été envoyés comme notes de cadrage aux universitaires concernés pour préparer la deuxième réunion de concertation avec les chercheurs et experts en migration qui a eu lieu à Rabat le 17 janvier 2018, à laquelle j’ai participé. Cette rencontre, non ouverte à la presse, fut présidée au nom du ministre, par le secrétaire général du département, Lahbib Nadir, avec la participation des directeurs et de cadres du ministère.

Deux lectures en présence
A deux moments différents, il est affirmé dans ces textes, que : «le ministère délégué, chargé des Marocains Résidant à l’étranger et des Affaires de la Migration a mis en place en 2014, une stratégie visant à mieux répondre aux attentes et aux aspirations de la communauté, aussi bien au Maroc qu’au niveau des pays d’accueil, en coordination avec les différents partenaires». Puis dans le texte « Rappel de la Stratégie des Marocains du Monde», il est affirmé que : «une stratégie visant à renforcer et à dynamiser les liens entre les Marocains du Monde et le Maroc, a été développée en 2014», sans autre précision.

Or l’obligation d’inventaire ou devoir d’explication est nécessaire à ce niveau. Peut-on nous dire quand, par qui, par quelle instance et dans quelles circonstances, cette stratégie nationale en faveur des Marocains résidant à l’étranger, aurait été adoptée en 2014 ? Éliminons d’abord la date du 18 décembre 2014 avancée par certains. Serait-ce au niveau d’un autre Conseil de gouvernement, comme ceci se passe généralement pour les «stratégies nationales» concernant les divers secteurs (et à quelle date précise ?), ou bien dans le cadre de la commission interministérielle, présidée par le chef du gouvernement, chargée du dossier migratoire dans son ensemble, surtout que le domaine est transversal et interministériel par excellence ?

Quand a eu lieu le séminaire de restitution de la Stratégie 2014 ? Puisqu’il est affirmé par ailleurs que cette stratégie a été mise en place «en coordination avec les différents partenaires», quels sont nommément et de manière très précise ces différents partenaires et sous quelle forme cette coordination se serait-elle concrétisée?

Le questionnement est incontournable et on ne peut l’éluder en avançant qu’il n’y a aucune obligation à ce que l’adoption de ladite stratégie se fasse dans le cadre des instances citées plus haut. Pour les tenants de cette thèse, la stratégie MRE en l’occurrence a été adoptée par le ministère concerné «en interne» et cela suffit largement à leurs yeux ! Sans aucunement discuter la démarche suivie, le contenu, les propositions émises…!

Nos interrogations sont motivées par la nécessaire certification des faits et la recherche des informations véridiques et authentiques. Elles sont formulées à la recherche d’éléments vérifiables, contrôlables et susceptibles de recoupements pour crédibiliser ou au contraire invalider une des deux interprétations en présence. Voilà pourquoi, les questions que nous venons de soulever, ne doivent pas rester suspendues. Il importe que la clarification ait lieu, compte tenu des enjeux en présence.

Des précisions préalables nécessaires
Pour nous , et comme nous l’avons montré notamment lors de cette rencontre de concertation du 17 janvier 2018 , le Royaume dispose d’abord d’une stratégie nationale d’immigration et d’asile (SNIA) , adoptée par le Conseil de gouvernement du 18 décembre 2014 (qui n’a approuvé nulle autre stratégie ce jour-là) dans le cadre de la Nouvelle Politique Migratoire du Maroc, initiée en septembre 2013 par le Roi Mohammed VI. Une politique souveraine et nullement dictée par l’Union européenne comme le prétendent certains analystes qui avancent que cette politique est dictée par la recherche par le Maroc d’apports financiers de l’UE!

Fondamentalement, cette nouvelle politique se caractérise par une approche humaniste, globale, respectueuse des droits humains, dans le cadre d’une coopération multilatérale revisitée et d’une responsabilité partagée. Cette stratégie se décline en cinq objectifs stratégiques :
  • opérations de régularisation exceptionnelle de la situation administrative des «sans-papiers» au Maroc (2014 et 2017)
  • mise à niveau du cadre juridique et réglementaire ;
  • mise en place d’un cadre institutionnel adapté ;
  • gestion des flux migratoires dans le respect des droits humains ;
  • facilitation de l’insertion multidimensionnelle harmonieuse des immigrés réguliers.
Mais en dépit de certains progrès réalisés dans l’opérationnalisation de la SNIA, le réalisme et la lucidité nous font voir que beaucoup reste encore à faire, en particulier au niveau juridique et réglementaire par l’élaboration et l’adoption notamment des lois sur l’asile et l’immigration , et au niveau de la thématique générale de l’insertion , qui s’inscrit en fait dans un projet sociétal à long terme du Maroc , qui nécessite une forte implication de tous les acteurs concernés, bien au-delà des seules autorités gouvernementales.

Il s’agirait aussi de mener une réflexion politique et stratégique sur la coopération étrangère pour le Maroc en matière de migration , car des signes avant-coureurs montrent que certains projets et financements au niveau local (en particulier de la GIZ allemande pour la mise en place de «centres d’accueil des migrants»), s’inscrivent en droite ligne dans l’optique de l’externalisation par l’UE de ses méthodes et de ses frontières pour un strict contrôle des flux migratoires vers l’Europe et sont antinomiques avec la logique de la Nouvelle Politique Migratoire du Maroc.

Nous avons en second lieu une stratégie dans le domaine culturel en direction des MRE, présentée publiquement début juillet 2015 à Rabat en présence de l’ancien ministre Anis Birou, chargé des MRE et des affaires de la migration.

Mais face à ces acquis qu’il faut reconnaître et mettre en valeur, malgré certaines insuffisances à dépasser, une très grande faiblesse demeure en matière de gouvernance migratoire. À notre sens, le Maroc pâtit encore de l’absence d’une stratégie nationale dédiée aux citoyens marocains à l’étranger, alors que dans les documents officiels du ministère et les déclarations de sa hiérarchie, cette stratégie nationale existe bien depuis 2014 (sans précision de date) et elle est même opérationnalisée, connaissant des acquis et bien des «AVANCEES»!

Précisons que lors de cette présentation à Rabat de la stratégie culturelle début juillet 2015 durant laquelle un débat a été ouvert, nous avions applaudi cette initiative concernant la dimension culturelle, mais au même moment, nous avions fait observer qu’on ne pouvait s’arrêter là, qu’il était indispensable d’avoir une stratégie nationale en matière de citoyens marocains à l’étranger qui englobe toutes les dimensions du dossier. Dans sa réponse, l’ancien ministre était d’accord sur cette nécessité, mais en ajoutant avec franchise que ceci ne pouvait se faire dans le cadre du mandat gouvernemental qui approchait de la fin avec les élections législatives attendues en 2016…

Une autre clarification s’impose. Le 31 janvier 2018, eut lieu à Skhirat, une intéressante initiative concernant le dossier Marocains résidant à l’étranger. Celle du lancement officiel par Abdelkrim Benatiq, ministre délégué chargé des MRE et des affaires de la migration (depuis le 5 avril 2017), et par Mohamed El Aârej, ministre de la culture et de la communication, du riche programme des tournées théâtrales en faveur des MRE pour l’année 2018.

L’initiative conjointe est à relever, d’autant plus qu’au plan institutionnel, le ministère de la Culture ne consacre pratiquement pas dans sa planification stratégique, ses programmes et actions, un espace visible pour une offre culturelle variée au profit des Marocains du Monde. Ces dernières années, le ministère chargé des MRE et des Affaires de la migration a organisé plusieurs tournées théâtrales dans les pays d’accueil en faveur des MRE, mais en partenariat uniquement avec les missions diplomatiques marocaines à l’étranger et les troupes théâtrales marocaines.

Cette initiative 2018, rentre dans un cadre particulier qu’il s’agit de préciser .Elle ne s’inscrit pas dans le cadre de «la stratégie nationale en faveur des Marocains résidant à l’étranger et des Affaires de la migration», contrairement à ce qu’a annoncé un communiqué de ce ministère utilisé par Mohamed Drihem dans «L’Opinion» en page 4 du vendredi 2 février 2018). Cette initiative relève plutôt de la stratégie CULTURELLE en faveur des MRE, élaborée par le même département, même si celle-ci comporte des insuffisances. En particulier, l’annonce depuis fort longtemps du projet de création d’une agence culturelle nationale pour les MRE, est restée au niveau de la simple formulation de l’idée. Mais surtout, c’est le fait que le ministère de la Culture, le plus directement concerné, est pratiquement hors circuit au niveau du champ institutionnel MRE.

La différence entre les deux niveaux de stratégie est de taille, au plan du contenu et du fond. En effet , une stratégie nationale globale, cohérente et intégrée dédiée aux MRE, englobe les multiples facettes, pans, dimensions, implications et retombées de l’émigration vers l’extérieur et de la communauté marocaine à l’étranger: humaine avant tout puisqu’il s’agit d’êtres humains, puis économique, sociale, cultuelle, éducative, identitaire, politique, juridique, administrative, légale et conventionnelle, communicationnelle, genre, démographique, sociologique, sociétale, environnementale, développementale, géostratégique, nationale, régionale, maghrébine, continentale africaine (en prenant en considération notamment l’apport de l’Agenda Africain sur la Migration,) internationale, sécuritaire, droits de l’Homme, etc… et pas uniquement le volet culturel.

Tout comme la stratégie nationale intègre également notamment tout ce qui a trait aux diverses institutions en charge des problématiques relatives aux Marocains résidant à l’étranger, en adoptant une démarche transversale.

Un démenti par le discours du trône 2015
Référons-nous sur ce point au discours du Trône du 30 juillet 2015, dans lequel le Souverain procédait solennellement au rappel suivant au gouvernement : «Nous réitérons notre appel pour élaborer une stratégie intégrée fondée sur la synergie entre les institutions nationales ayant compétence en matière de migration pour rendre ces institutions plus efficientes au service des Marocains du Monde».

Le discours du Trône 2015, dit par conséquent clairement qu’il n’y avait pas, un an après 2014, de stratégie nationale en matière de Marocains établis à l’extérieur des frontières nationales. Depuis,il n’y’a pas d’entendeur. Rien n’a été fait concrètement pour supprimer cette grave lacune, mais d’aucuns s’entêtent dans cette voie de la désinformation pour esquiver leurs responsabilités. Ce n’est pas un malentendu, c’est une ligne maintenue et perpétuée à dessein par d’aucuns, dans la hiérarchie du département chargé des MRE et des Affaires de la migration, qui persistent et signent …Pour eux, la stratégie nationale pour les MRE existe bel et bien.

Il conviendrait par conséquent d’opérer une rupture nécessaire et totale avec cette pratique improductive, que certains par contre affinent, qui ont l’air de penser que l’expression «stratégie nationale» est à elle seule un label de qualité et de crédibilité, indépendamment du contenu et de la démarche suivie, si méthodologie il y’a. Mais il faut signifier clairement les méfaits de cette persistance chez d’aucuns dans le déni, dans la volonté délibérée de tromper et d’induire en erreur.

Comme nous le verrons plus en détail plus bas, c’est le cas de ceux qui vont jusqu’à faire dire à des médias, que lors de la rencontre de concertation du 17 janvier 2018, les chercheurs en migration ont dressé un état des lieux de la mise en œuvre de la stratégie nationale en matière de MRE et de ses avancées, alors que cette stratégie n’existe même pas ! Comme le dit un proverbe : «on peut tromper une fois mille personnes, on ne peut tromper mille fois une personne»!

On ne révise pas ce qui n’existe pas
Cependant, pour l’avenir, le ministère délégué se dit dans sa note de cadrage de la rencontre de concertation du 17 janvier 2018, «soucieux de procéder à une révision et d’apporter un nouveau regard stratégique sur les problématiques» concernant les Marocains résidant à l’étranger. Tout comme il manifeste sa détermination «à lancer un processus pour la révision et l’élaboration d’une nouvelle stratégie» en faveur des MRE dans le cadre d’une démarche participative.

Cet engagement d’aller de l’avant est le bienvenu, car il est nécessaire de faire bouger les lignes. Mais on ne peut parler de révision de la stratégie nationale en faveur des MRE (SNMRE) ou de nouveau regard stratégique en la matière, alors que cette stratégie n’a jamais existé. Il n’y’a rien à amender et aucun toilettage à entreprendre par une «contribution à la révision de la SNMRE» puisqu’à la base, aucune véritable stratégie nationale en matière de citoyens marocains à l’étranger n’est disponible dans la réalité concrète. De même, lorsqu’on parle d’une nouvelle stratégie, cela suppose qu’il y’a déjà véritablement une, alors que ceci est totalement inexact.

Ce constat est fondamental et par honnêteté intellectuelle et souci d’objectivité, ne se négocie pas intellectuellement, car au niveau méthodologique et pratique, il ne s’agit pas de «bricoler» pour réviser, revoir, revisiter, réajuster, affiner, actualiser, reconfigurer, reprendre ou mettre à jour la SNMRE en apportant un simple complément ici ou là , en procédant à un maquillage , à un vernis sémantique ou à un ravalement de façade . Le débat ne peut être kidnappé par l’utilisation d’éléments de langage très rodés, en répétant à l’envie l’existence d’une stratégie qui n’est qu’un trompe-l’œil. Pour certains, et comme le dit un dicton marocain : «c’est une chèvre, même si elle vole !».

En fait, il n’y’a pas de stratégie nationale pour les citoyens marocains à l’étranger. Prétendre le contraire, c’est mentir les yeux dans les yeux. Vouloir à tout prix faire bloc et faire front pour «sauver la face» parce qu’on s’est trop engagé à travers des déclarations antérieures, renouvelées encore tout dernièrement à travers un début d’«offensive» médiatique, n’est nullement la bonne solution. On doit la vérité aux diverses instances du pays, à l’opinion publique nationale, à la communauté marocaine résidant à l’étranger et aux parties prenantes à la coopération internationale avec le Maroc dans le domaine migratoire, en particulier celles qui assurent un financement en la matière.

En fait, ayons la lucidité et le courage politique de le reconnaître : tout reste à entreprendre du début à la fin. Il importe par conséquent de mener sérieusement une réflexion globale et multidimensionnelle pour l’élaboration d’une stratégie nationale globale, cohérente et intégrée en direction des citoyens marocains à l’étranger qui n’a jamais vu le jour jusqu’à présent. L’impératif est de suivre une démarche appropriée comprenant plusieurs dimensions, qui n’ont nullement été prises en compte pour l’élaboration du texte qualifié de «Stratégie Nationale pour les MRE», publié en arabe sur le site du ministère chargé des MRE et des Affaires de la migration.

Dans une démarche constructive, voici quelques éléments de cette approche nécessaire qui doit fournir une réponse nationale aux multiples problématiques liées à l’émigration des Marocains vers l’étranger et aux citoyens marocains établis à l’étranger, avec ce que la notion de citoyenneté charrie comme sens profond en termes de devoirs et d’obligations , mais également de droits multidimensionnels , tels qu’ils sont énoncés dans la Constitution marocaine rénovée de 2011.

Propositions méthodologiques
Nos suggestions relatives à l’établissement d’un projet de stratégie MRE sont les suivantes : diverses études thématiques (connaissance des mutations structurelles au sein de la communauté , ses attentes et préoccupations; évolution des politiques migratoires des pays d’immigration , étude du contexte international actuel mais surtout le contexte de l’avenir , car ce qui prime c’est la préparation du futur, en anticipant les mutations qui traversent ce contexte à moyen et long terme ; envisager les divers scénarios possibles concernant l’émigration ); consultations de proximité de manière ouverte, transparente et démocratique des milieux concernés ; organisation de débats pluriels ; diagnostic de toutes les institutions dédiées en totalité ou en partie aux MRE, en préconisant les réformes nécessaires , à partir de leur propre expérience et des nouveaux défis.

Il s’agit aussi de procéder à l’examen des bonnes pratiques des expériences internationales en matière de politiques dédiées aux communautés nationales respectives installées à l’étranger pour en tirer les enseignements adéquats pour le Maroc .

Il y’a lieu également d’envisager l’analyse de l’articulation/combinaison des politiques dédiées aux citoyens marocains à l’étranger (CME) avec d’autres politiques nationales pertinentes pour mieux agir et parvenir à la transversalité qui est une plus-value en terme de pertinence , d’efficacité d’efficience des réponses apportées. Il s’agit de jouer sur les croisements et autres politiques publiques comme celle de l’emploi ; politiques de développement; politiques de protection des droits humains ; politique genre etc.

Il convient par ailleurs d’élaborer une sorte de doctrine nationale en matière de MRE et une charte nationale à proposer aux citoyens marocains établis à l’étranger , au travers d’un débat national relatif à la communauté marocaine à l’étranger, en partant notamment des dispositions de la Constitution 2011.

Enfin, un cadre de suivi, d’examen de l’application des engagements pris, d’anticipation des mesures à prendre sur une base bien informée et documentée est à mettre en place. C’est le rôle essentiel de l’outil de pilotage prospectif global, que constitue un observatoire national relatif à la communauté marocaine à l’étranger, et plus généralement à la migration internationale au Maroc, en prenant en considération également, dans une vision globale, le nécessaire suivi de l’immigration étrangère au Maroc.

AbdelkrimBelguendouz
Universitaire et chercheur en migration


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