La 2ème édition du Forum des Femmes journalistes d’Afrique s’est ouverte vendredi 26 octobre à Casablanca, réunissant plus de 200 participantes venues de 54 Etats qui composent l’Afrique. Journalistes, éditrices, actives dans les domaines de la presse écrite, la télévision, la radio, les sites numériques, elles débattent d’un thème d’actualité brûlante : «Migrations africaines, une chance pour le continent, une responsabilité pour les médias».

A cette occasion, un discours de Mouhcine Jazouli, ministre délégué auprès du ministre des Affaires étrangères et de la coopération internationale, chargé de la Coopération africaine a été distribué aux participants et envoyé à la rédaction de Maroc diplomatique, dont voici le texte intégral :

«Permettez-moi, en cette occasion de féliciter les initiatrices de cet événement qui permet à toute une profession de se retrouver autour de ce rendez-vous annuel qui regroupe les 54 pays de notre continent. Je vous remercie pour le choix judicieux du thème abordé mais aussi pour la qualité et le niveau des intervenants qui ont répondu présent. Je mesure l’exceptionnel honneur d’intervenir aujourd’hui devant cette assemblée composée d’autant de talents et d’esprits vifs qui nous aident tous à appréhender et à comprendre les réalités qui nous entourent.»

«L’Afrique qui s’affirme, l’Afrique qui cristallise tous les enjeux, tous les défis et tous les espoirs, a besoin de tous les talents, de toutes les expertises et surtout, l’Afrique a besoin de vous. Car, au-delà du devoir d’informer qui est le cœur de votre métier, vous donnez par votre travail au quotidien – dans la presse écrite, électronique, audiovisuelle – des grilles de lecture et de compréhension de ce monde en mutation. Vous aidez également à déconstruire les stéréotypes et les préjugés dont est victime l’Afrique dans tous les domaines, et notamment celui de la migration.»

Dans les moments de crises, le migrant redevient un bouc émissaire
«Toutes les études le montre, l’apport de la migration dans le développement économique est indéniable. Il est palpable dans tous les secteurs d’activité. L’apport de la migration est toujours au centre de la puissance économique et sociale de tous les pays développés. Dans certains cas, elle était même à l’origine de l’émergence de grandes puissances.»

«Mais, hélas, dans les périodes de doutes, dans les moments de crises, le migrant redevient à chaque fois un bouc émissaire. Il est accusé injustement, et souvent de manière choquante, de menacer les équilibres sociaux et les identités nationales, et parfois même la sécurité de certains pays. Le migrant est perçu comme le mauvais pauvre qui profite du système et fait figure d’indésirable à mesure que les difficultés économiques et sociales augmentent. C’est le cas malheureusement aujourd’hui dans plusieurs parties du monde. Dans ces périodes de crises, on oublie très facilement l’apport de la migration dans le développement économique, social et humain de l’humanité.»

«C’est pour inverser cette tendance, pour déconstruire ces stéréotypes, et participer au portage politique et surtout économique de l’Afrique en émergence que le Maroc s’est promis de jouer un rôle pionnier. Le Maroc sera le siège de l’adoption formelle du Pacte Mondial pour des migrations sûres, ordonnées et régulières, prévu à Marrakech les 10 et 11 décembre prochain. Ce rendez-vous, premier en son genre, va nous permettre de jeter les bases d’une gouvernance mondiale sous le thème de la migration : c’est la première fois que les États membres des Nations unies négocient un accord couvrant toutes les dimensions de la migration internationale d’une manière globale.»

L’Afrique a tous les atouts pour devenir le vivier futur de la croissance
«Ce pacte constituera désormais une base pour améliorer la gouvernance et la compréhension internationale de la migration, pour relever les défis associés à la migration aujourd’hui, et pour renforcer la contribution des migrants et des migrations au développement durable. Car, ce mouvement de population à l’intérieur des Etats comme à l’extérieur des frontières est une donnée permanente. Elle est un élément majeur des forces de la mondialisation, elle est au centre des nouvelles stratégies de croissance économique.»

«L’Afrique a tous les atouts pour devenir le vivier futur de la croissance et du gain économique et social. Par ses richesses naturelles bien sûr, mais surtout sa jeunesse : l’Afrique compte aujourd’hui plus d’un milliard d’habitants dont 500 millions de jeunes de moins de 25 ans. En 2050, notre continent comptera 2,5 milliards d’habitants avec plus d’un milliard de jeunes. C’est un véritable atout quand on connait le manque de vigueur démographique qui menace d’autres continents. Mais faute de pouvoir leur offrir un avenir, trop d’entre eux s’arrachent à leur environnement pour migrer, dans des conditions dramatiques, au péril de leurs vies, pensant trouver un avenir meilleur ailleurs.»

«Cette jeunesse bouillonnante a besoin de nouveaux horizons mais elle a aussi besoin, chez elle, en Afrique, d’Ecoles et d’Universités, elle a besoin de Centres de recherche, elle a besoin d’Infrastructures, elle a besoin d’Industries. L’enjeu est de taille et nous avons une fenêtre d'opportunité pour lancer une véritable dynamique économique créatrice de richesses et d’emplois. L’impératif c’est de mettre en mouvement les forces vives de l’Afrique au service du développement économique et social. Pour répondre à cette urgence, dans un discours qui fait date, Sa Majesté le Roi Mohammed VI, Que Dieu L’Assiste, en sa qualité de Leader de l’Union Africaine sur la question de la Migration, a présenté en janvier 2018, lors du 30èmeSommet de l’Union Africaine, un véritable Agenda Africain pour la Migration.»

«Cet agenda a pour ambition d’inscrire l’Afrique dans un nouveau paradigme qui fait de la migration une chance pour la croissance économique, une chance pour l’avenir de notre continent. La mise en place d’un Observatoire Africain de la Migration s’inscrit dans cette même logique. Basé à Rabat, le travail de cet observatoire sera fondé sur le triptyque Comprendre ; Anticiper ; et Agir. Il sera au cœur d’une coordination permanente entre les 54 pays africains.»

«En ce qui concerne le Maroc, la stratégie en matière de migration a pour ambition de s’affranchir d’une posture imposée par l’extérieur. Le Maroc a décidé de s’écarter des choix tactiques de circonstance en inscrivant la stratégie nationale dans la logique du Pacte Mondial et de l’Agenda Africain.»

«En tant que journalistes, vous avez la responsabilité, certes, de mettre la lumière sur les problématiques posées par la migration ; mais vous devez aussi être les porte-voix d’une approche africaine de la migration qui la voit plus comme une opportunité que comme un fardeau, un atout plutôt qu’un handicap, comme certains souhaiteraient le laisser entendre.»

«Je vous remercie encore une fois de me donner l’occasion de m’exprimer sur un sujet qui nous concerne tous et dans lequel mon pays, le Maroc, et Son Souverain, Sa Majesté Le Roi Mohammed VI, Que Dieu L’assiste, sont fortement engagés et impliqués. Parce que, comme le disait Sa Majesté dans Son discours adressé au Sommet Extraordinaire de l’Union Africaine tenu à Kigali en mars 2018, je cite : « Nous construisons l’Afrique de demain, celle que nous allons laisser à nos enfants».




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