La sortie d’un livre de Bernard Lugan, directeur de L’Afrique réelle, est toujours un évènement pour les férus d’histoire et d’actualité de ce continent. 

Et cet « Atlas historique de l’Afrique », édité aux éditions du Rocher, qui vient de paraitre, est amené à faire date. En 425 pages, avec plusieurs centaines de carte, Bernard Lugan synthétise l’histoire de l’Afrique à merveille. Des origines de l’Homme aux conflits d’aujourd’hui, cet atlas s’ inscrit sur la longue durée. Il fait le bilan des connaissances historiques autour du continent africain à travers les permanences et les ruptures qui expliquent les crises actuelles et qui permettent d’anticiper celles de demain.

Cet ouvrage, sans équivalent, est l’outil de référence indispensable pour tous ceux qui veulent connaître les constantes historiques et ethniques qui fondent la géopolitique de l’Afrique, ou plus exactement des Afriques, et sans la connaissance desquelles tout ce qui est dit ou écrit sur ce continent relève de l’artificialité. 

Pour parler de cet ouvrage, et de la situation africaine, quoi de mieux que d’interroger directement celui qui se plait à parler viril en toutes circonstances, et qui n’y manque pas, une fois encore. 

Breizh-info.com : Votre Atlas de l’Afrique se veut-il être une forme de synthèse de votre colossale histoire de l’Afrique parue il y a quelques années ? 

Bernard Lugan : Plus qu’une synthèse, parce que je donne des détails, et j’ai actualisé. Il s’est passé des évènements depuis la sortie de mon Histoire de l’Afrique. Il y a eu des découvertes sur des périodes anciennes. Tous les thèmes sont répertoriés autour d’une carte et j’explique ces phénomènes à travers cette carte. 

C’est le travail d’une vie, impossible à quantifier. 

Y’a t’il eu, à travers les siècles, des constantes historiques en Afrique, et en avez vous quelques exemples, que l’on retrouve encore aujourd’hui ? 

Oui. En Afrique du nord, la grande constante est la réalité berbère arabe, phénomène fondamental. Et au sud du Sahara, c’est l’absence d’État ayant une continuité. Il y a eu de nombreux États, mais rares furent ceux qui eurent une continuité. Nous avons comme exemple l’Éthiopie, le Rwanda, Madagascar. Pour le reste, nous avons des États qui ne résistent généralement pas à leurs fondateurs ou aux successeurs de leurs fondateurs. 

Autre élément, les États qui apparaissent en Afrique sont des États ethno-centrés, c’est à dire autour d’une ethnie. Dès que cette ethnie perd le contrôle, le pays part en dissociation. 

Vous expliquez qu’il n y a pas une Afrique, mais des Afriques. Pourquoi ? 

Oui, c’est ce que j’écris dans tous mes travaux. Vous avez déjà des Afriques du Nord. Entre le Machrek et le Maghreb, des mondes différents. Nous avons les Afriques sahariennes, sahéliennes. Les Afriques de la corne. Celle de l’Océan Indien. Différentes de celle de l’Océan Atlantique. Le littoral de l’Océan Indien est un monde d’interpénétration très ancien, ce qui n’est pas le cas du littoral Atlantique, qui était fermé jusqu’à l’époque des explorations européennes. 

Nous avons l’Afrique des savanes, celle des forêts, des hautes sphères, etc. Il faut donc parles des Afriques. 

La grande différence entre l’Europe et l’Afrique, c’est qu’en Europe, depuis le fin fond de la steppe russe jusqu’au Portugal et aux îles à l’Ouest de l’Angleterre, il y a eu la même matrice civilisationnelle. En Afrique, nous avons des populations profondément différentes. Il n y a pas une unité culturelle africaine comme il y a une unité culturelle européenne. Une identité européenne, en dépit des différences nationales, de langues. Toute l’Europe occidentale a été irriguée par la romanité. Toute l’Europe occidentale et même centrale a connu l’art roman, l’art gothique. Toutes les élites européennes parlaient le latin jusqu’au 18ème siècle. Il n y a pas cette unité en Afrique. 

En quoi la démocratisation de l’Afrique l’a empêché, selon vous, de renouer avec son histoire ? 

Parce que la démocratie c’est la mathématique. Ce que j’appelle l’ethno-mathématique, la loi du nombre. Les plus nombreux gagnent. Comme nous sommes dans des États artificiels, avec des frontières tracées en Europe sans tenir compte des réalités locales, nous nous trouvons avec des États qui sont des prisons de peuple. A l’intérieur de ces prisons, certains sont plus nombreux que les autres et donc assurés d’avoir le pouvoir pour l’éternité. Cela entraine à la fois l’exclusion des minorités qui ne participent pas à cette unité nationale, mais aussi des tensions, des guerres, des drames… 

Si on appuyait sur le bouton pause, aujourd’hui, pour prendre une photo de l’Afrique, pourriez vous nous faire une brève description du continent africain et de ses enjeux majeurs ? 

L’enjeu majeur c’est la démographie. Plus d’un milliard d’habitants dans un continent africain vide d’habitants au 19ème siècle. Il y a eu une explosion démographique résultat des progrès médicaux, de la médecine coloniale, ce qui fait que les africains n’ont pas intégré ces progrès dans leur mentalité. Ils continuent à faire des enfants comme à l’époque où la mortalité infantile était considérable. 

Aujourd’hui la mortalité a diminué, mais ils continuent à faire des enfants comme avant. Cela fait que l’Afrique n’a pas connu son basculement démographique comme le reste de la planète. Aujourd’hui nous sommes face à un problème considérable, puisque le développement va moins vite que la démographie. 

Chaque jour, l’Afrique s’appauvrit. C’est une vision apocalyptique, nous sommes face à un suicide démographique pour l’Afrique, et face à un danger pour nous, en Europe, en raison des migrations qui vont se faire. 

Il faut voir que les premiers pays impactés sont les pays d’Afrique du Nord, de l’Égypte jusqu’au Maroc. Ces pays se rendent bien compte qu’ils sont touchés – l’Algérie expulse ses migrants malgré la condamnation de l’ONU. Ces États sont conscients du problème. Il y a eu le trouble libyen avec la dislocation de ce pays. 

La seule solution ne sera pas le développement : l’Afrique ne peut pas se développer, c’est impossible. On a tenté depuis 1930 de la développer par tous les moyens, tant que la démographie sera plus forte que la croissance du PIB, on ne pourra pas la développer. IL faudrait qu’il y ait une croissance de PIB de 7% chaque année pendant 15 ou 20 ans pour simplement ralentir la pauvreté. 

Penser développer l’Afrique est une vision complètement artificielle, que je démontre dans mes ouvrages. Rien ne pourra être fait si la démographie n’est pas contrôlée. Il n’est pas question de la contrôler d’ailleurs. Nous ne sommes plus chez nous en Afrique, les africains sont maîtres de leur destin, et nous ne pouvons pas les obliger à appliquer le planning familial. 

Donc la seule solution est d’installer des défenses, sur deux points. Première défense, avec des partenariats avec l’Afrique du Nord, qui est un peu notre Limes, notre frontière vis à vis de ces grandes migrations. 

Deuxièmement, il faut des politiques fermes en Méditerranée. Ne pas hésiter à reconduire les migrants sur les côtes africaines, et, je le dis carrément, à abattre les passeurs. Il faut les abattre, ce sont des pirates. Dans la marine traditionnelle, les trafiquants humains étaient pendus haut et court sur les bateaux. Il faut intervenir de manière très virile. 

Propos recueillis par Yann Vallerie


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