Le franco-marocain Kamal Chibli, adjoint au maire de la ville de Lavelanet (Ariège/France), s’exprime sur le scrutin législatif qui se déroulera vendredi 7 septembre 2007 au Maroc. Il s’interroge (et il déplore) que la communauté algérienne puissent voter dans leurs consulats et pas les marocains du monde »

Yabiladi : Quelle lecture faites-vous des élections législatives au Maroc ?

Kamal Chibli : Ce scrutin est très important pour l’avenir politique du pays pour plusieurs raisons. D’une part, le Maroc est en profonde mutation économique et sociale, d’autre part, nous avons un pays qui va de l’avant et qui démontre que le Maghreb a un avenir prometteur. Mais aussi, car le citoyen marocain est en profonde crise avec la politique et les politiques. Cela veut dire que les élus doivent tout faire pour réconcilier la politique avec le citoyen car la crise est perceptible autant de l’extérieur qu’à l’intérieur du pays.

Même si nous avons un pays qui est en profond mouvement avec de grandes avancées technologiques et qui démontre sa vitalité et son envie d’avancer.

Selon vous, quels sont les enjeux de ce rendez-vous électoral ?

Les enjeux sont de taille car il s’agit de l’image du pays à travers le monde mais aussi pour la situation économique et sociale du pays. Le Maroc compte beaucoup sur l’industrie touristique et les conséquences de cette élection peuvent avoir des incidences sur son économie. La population va sûrement envoyer un message fort, vendredi, aux décideurs de ce pays. Et il est du rôle des politiques de comprendre les messages du peuple et d’en tirer les conclusions nécessaires pour mieux appréhender l’avenir.

Avez-vous connaissances des forces politiques en présence ?

Je m’intéresse de plus en plus à la politique du pays mais aussi aux différentes forces qui siègent notamment au Parlement.. Mais mon grand étonnement, c’est le nombre de partis, qui existent au Maroc. Il est donc très difficile de dégager une majorité. Le mode de scrutin doit être revu. En outre, je souhaite bonne chance à mes amis du parti socialiste marocain (USFP) pour ces élections. 

De nombreux observateurs avertis pensent que la tenue d’élections au Maroc ne sert à rien car les partis politiques disposent d’une faible marge de manœuvre ?

Je ne partage pas du tout cette analyse, bien au contraire, car les politiques qui sont aujourd’hui aux responsabilités sont en capacité de changer le destin d’une région et des habitants par le biais de politiques publiques qui favorisent l’investissement productif.

Mais je peux aussi comprendre la population, et je prendrai l’exemple de ma région, Beni Mellal, où les habitants se sentent abandonnés par l’Etat. En terme de projets d’infrastructures ou autres, cette population se plaint d’être délaissé, ils se demandent donc pourquoi cela changerait demain ? Par ailleurs, ce sont des questions que se posent nos compatriotes marocains régulièrement.

De plus, je n’ai plus envie de voir deux Maroc, un Marocqui bouge ? qui se développe et un Maroc qui suit sur 2M, ce qui se construit, en simple spectateur et jamais en tant qu’acteur. 

La politique se construit avec toute la population et non pas qu’avec les membres d'une certaine élite qui sont d’ailleurs les seules bénéficiaires de l’évolution de ce pays. La grandeur d’un pays, ce sont les habitants. Quand un peuple va bien en général la politique va bien !

Les courants islamistes, dont le PJD, pourraient réaliser une percée voire devenir la première politique du pays, qu’en pensez-vous ?

Effectivement, il n’est pas impossible que le PJD devienne la 1ère force politique. Maintenant, ce qui m’inquiète, c’est la vision libérale et archaïque de la société qui est voulu par ce parti. A mon sens, il va plus nous renvoyer en arrière et éviter de donner de l’air aux habitants, mais aussi donner une image très controversée de notre pays.

Mais ce qui m’inquiète le plus, c’est l’image du Maroc à travers le monde et surtout l’Europe et la France qui est le 1er investisseur au Maroc. Déjà, la presse française s’intéresse de plus en plus aux derniers attentats au Maroc ou encore à la montée de l’islamisme dans notre pays. Personnellement, je ne crains pas le PJD, ce qui m’inquiète, ce sont ces effets sur notre image et par définition sur notre économie.

Cela est un risque majeur qui peut freiner considérablement le développement du Maroc. Mais comme je suis un fidèle défenseur de la démocratie, je préfère attendre vendredi soir voire samedi matin pour avoir les résultats. A partir de là, il faudra prendre la mesure du résultat et revoir le mode de fonctionnement et la vision des partis qui sont aux responsabilités. 

Et enfin, la diaspora marocaine est «invitée» à participer aux élections. Ferez-vous le déplacement au Maroc pour voter ?

Effectivement nous avons la possibilité de voter pour ces élections législatives. Heureusement, car je vous rappelle que nous sommes tous marocains et qu’il est dans notre droit de pouvoir voter. 

Malheureusement, je ne viendrais pas voter, essentiellement pour des questions matérielles.

Par contre, je suis attristé de voir que les décideurs marocains n’ont pas été capable de nous faire voter dans les consulats marocains. Cela aurait permis d’intéresser les Marocains de l’étranger à ce qui se passe au Maroc. Contrairement à nous, nos voisins Algériens ont la possibilité de voter dans leurs consulats. Alors pourquoi pas nous ?

J’espère surtout que les marocains vont se déplacer très massivement dans les bureaux de vote, car rien de plus dramatique pour la démocratie que de voir un taux de participation faible.



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