Sur le site officiel du Conseil de la communauté marocaine à l’étranger (CCME), un article en date du 2 octobre 2018 a été publié avec le titre suivant : « Le CCME reçoit les responsables du département des Congolais de l’étranger ». En voici le texte intégral, suivi par nos observations. 
Article du CCME
« Le Conseil de la communauté marocaine à l’étranger (CCME) a reçu, mardi 2 octobre 2018 au siège du conseil à Rabat, une délégation de responsables congolais conduite par Son excellence M. Jean Philippe NGAKOSSO, Ambassadeur et Secrétaire général adjoint, chef du département des Congolais de l'étranger.
MM. Mustapha Mourabit et Mohammed Saibari, chargés de mission au CCME, ont apporté des éclairages aux différents questionnements soulevés par les membres de la délégation, notamment concernant les textes fondateurs du CCME et ses missions et prérogatives.
« L’objet de notre visite est de bénéficier de l’expérience et de l’expertise marocaines dans le domaine de la migration, surtout dans son volet organisationnel », a affirmé SEM Jean Philippe NGAKOSSO précisant que son institution, nouvellement créée, a besoin du soutien d’un pays comme le Maroc « qui a fait un long parcours dans ce domaine ».
M. Mourabit a en ce sens expliqué les différentes occupations du CCME, une institution de gouvernance dotée d’une indépendance politique qui lui permet de prendre distance pour évaluer les politiques publiques, dont le travail se base sur la réflexion et le cumul d’une expertise scientifique.
Lors de ses 11 années d’existence, le CCME a pu produire plusieurs avis, études et publications dans différents domaines qui se rapportent aux préoccupations des Marocains du monde, que ce soit dans leurs pays d’origine ou d’accueil concernant notamment la culture, la citoyenneté, le culte, les compétences…
« La migration restera toujours une source de potentialité constructive que ce soit pour les pays d’accueil ou d’origine et nous avons d’ailleurs réalisé une étude sur les compétences qui a permis de mesurer leur apport et la force qu’ils représentent », », a expliqué M. Mourabit.
Le CCME a, dans ce cadre, travaillé à neutraliser les stéréotypes qui entachent l’image des Marocains du monde que ce soit au Maroc ou à l’étranger : « au Maroc, l’émigré n’est plus qu’une source de transferts financiers mais une source d’expertise et de compétence et jouit de la pleine citoyenneté qui lui permet d’exercer ses pleins droits dans son pays. Dans les pays d’accueil, l’immigré n’est pas une source d’instabilité ou de violence mais un élément de prospérité et un enrichissement culturel et linguistique ».
M. Mohammed Saibari a quant à lui exposé aux membres de la délégation les étapes de la création du CCME au sein du Conseil consultatif des droits de l’Homme, la désignation de ses 37 membres dans les pays d’accueil proportionnellement aux nombre de Marocains qui y vivent et les différents travaux menés par les six groupes de travail du conseil. CCME » (fin de l’article) 
Nos observations
Si après 11 années d’existence, le Conseil de la communauté marocaine à l’étranger a eu une activité culturelle à prendre en considération (séminaires, édition d’ouvrages, organisation d’expositions de livres, élaboration de recherches et d’études), il n’en reste pas moins qu’il n’a entrepris aucun rapport stratégique tous les deux ans comme l’y oblige l’article 4 portant création du CCME. 

De même, alors que l’article publié affirme que « lors de ses 11 années d’existence, le CCME a pu produire plusieurs avis » !, on constate en réalité qu’aucun avis consultatif au sens de l’article 2 du dahir portant création du Conseil n’a été émis depuis la mise en place de cette institution nationale consultative et prospective. 

Rappelons en effet qu’on ne peut qualifier d’avis consultatif toute proposition ou suggestion émise dans le cadre d’un séminaire ou publiée dans un livre édité par le CCME. Les avis consultatifs ont leurs propres règles d’élaboration et doivent nécessairement et obligatoirement être adoptés par l’assemblée plénière du Conseil après délibération. Or contrairement à l’article X du Conseil qui prévoit une assemblée plénière annuelle chaque mois de novembre, on constate en fait que cette assemblée générale ne s’est réunie qu’une seule fois, début juin 2008, lors de la mise en place organisationnelle des structures du CCME (adoption du règlement intérieur, constitution des groupes de travail...) 

Au total, communiquer à des partenaires africains le fait que le CCME assume concrètement et réellement ses responsabilités et missions d’instance nationale consultative et prospective est un pur mensonge. 

Avoir des chargés de mission au CCME est une chose. Celle-ci doit être conforme aux prérogatives et aux fonctions du Conseil déterminées par le dahir portant création de l’institution. En tous les cas, il ne s’agit nullement de chargés de mensonges du CCME ! 

Par ailleurs, si l’exposé a concerné les 37 membres nommés du Conseil, qu’en est-Il des 13 manquants jusqu’à ce jour et pourquoi ? Sur le point relatif aux conditions d’élaboration par l’ex-CCDH de l’avis consultatif relatif à la création du CCME, nous renvoyons en fin d’article au lien à un témoignage personnel publié en juillet 2008 sous forme d’un livre intitulé : « Conseil (non supérieur), hogra des mouhajirines. Les quatre vérités ! ». 

Sur un autre plan, si l’exposé a fait état des « différents travaux menés par les six groupes de travail » , pourquoi l’activité de ces groupes internes de travail est-elle gelée depuis bien des années , comme le confirment des témoignages publics de certains des membre du Conseil , et pourquoi tous ces « travaux » n’ont débouché sur l’adoption d’aucun avis consultatif et d’aucun rapport stratégique !? 

Établir des relations de partenariat avec des institutions africaines s’occupant des migrations est une initiative louable à encourager bien entendu, surtout en fonction des nouvelles responsabilités du Maroc dans le cadre de l’exécution de l’Agenda Africain sur la Migration, qui constitue un apport majeur du Royaume du Maroc à l’Union Africaine. Encore faut-Il que ces relations s’établissent, au niveau d’institutions comme le CCME, dans le cadre de la transparence, du recours au discours de vérité et non pas à l’occultation de la réalité, aux tromperies et aux mensonges qui ne peuvent que ternir l’image de crédibilité du Maroc à l’échelle africaine et internationale concernant notamment le domaine migratoire. 


Rabat, le 7 octobre 2018 
Abdelkrim Belguendouz 
Universitaire à Rabat, chercheur en migration 







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