Abdelhamid El Jamri, membre du Comité d’experts nommé par le CCDH, nous livre les premières tendances lourdes qui se dégagent des quatre consultations de la diaspora marocaine.

Yabiladi : Quel premier bilan dressez-vous des 4 consultations qui se sont déroulées à Rabat? 

Abdelhamid El Jamri : Ces différentes consultations nous ont confirmé un certain nombre d’idées et d’hypothèses et elles nous ont permis de découvrir de nouveaux aspects, notamment positifs, de la migration marocaine. D’abord, nous avons fait le constat de l’adhésion totale, sans aucune exception rencontrée, des marocains de l’étranger à la dynamique lancée par le CCDH suite à la demande royale. Tous les marocains rencontrés ont exprimé leur souhait de voir aboutir ce processus sur la construction d’une politique migratoire qui permettra une meilleure prise en charge de leurs situations, leurs difficultés, les problèmes qu’ils rencontrent à la fois dans les pays de résidence ou dans le pays d’origine.

Il faut savoir que ces communautés ne sont plus seulement ouvrières, elles sont à l’image de la société marocaine et à l’image des pays d’accueil, allant du simple ouvrier au scientifique de haut niveau en passant par l’élu ou le responsable politique.

Et sur le sujet «sensible» de l’exercice de la double citoyenneté ? 

L’une des questions qui ont été soulevées et qui nécessite le plus d’examen, c’est celle liée à la citoyenneté. Citoyenneté ici et là bas, citoyenneté de résidence, double citoyenneté, citoyenneté des enfants d’immigrés qui ne sont plus des immigrés mais des nationaux dans leurs pays respectifs, la relation de la citoyenneté avec l’allégeance et la loyauté au Maroc et au pays de résidence,... 

Et bien entendu, dans le cadre de la citoyenneté, se pose la question de la reconnaissance et de la participation des marocains de l’étranger à la gestion de la chose publique, notamment par le biais de la participation politique, par le droit de vote et à l’éligibilité.

Quant aux consultations à l’étranger, elles nous ont permis de rencontrer plusieurs acteurs et personnes ressources qui ont exprimé leur point de vue sur les principaux problèmes comme le rôle de l’Etat marocain dans le règlement de ces problèmes ou sur leur vision du prochain Conseil Supérieur des Marocains du monde. Les échanges, même s’ils ont été parfois agités, ont été riches et ils ont créé une dynamique certaine.

A ce jour, le Comité d'experts va s'attaquer à la rédaction d’une synthèse de ces réunions consultatives. Comment ces travaux seront-ils conduits? 

Effectivement, bien que les consultations dans les pays vont continuer encore pendant une semaine ou deux, le comité a commencé à synthétiser les conclusions à partir de tout ce qu’il a vu, ce qu’il a entendu, analysé et constaté. Notre travail avance et se fait de façon collégiale, en réunion de groupe, en sous groupe. En dehors des réunions, bien que nous résidions dans des pays différents, nous utilisons les NTIC pour rester en contact pratiquement en permanence. La concertation est donc permanente. Le résultat de nos travaux montrera cette concertation et reflètera aussi les différents points de vue des membres du groupe. Mais cela reste quand même une charge de travail très importante qui nécessite beaucoup de disponibilité, de patience et de résistance devant les différentes pressions que nous pourrions subir car tout le monde souhaite être partie prenante de la dynamique. Notre rapport sera présenté au CCDH avant la fin du mois courant.

N'est-ce pas un peu court comme délai? 

C’est court mais nous nous déployons pour que ce délai soit respecté. En outre, le CCDH doit examiner et valider nos travaux avant de les remettre à Sa Majesté et de passer à la phase opérationnelle.

Doit-on s'attendre à une modification du paysage institutionnel? Rôle des Fondations, du ministère de tutelle,...avec la création du Conseil Supérieur? 

L’objectif du Conseil Supérieur des Marocains du monde (CSCME) n’est pas de remplacer l’administration marocaine. Selon moi, son rôle sera politique. De plus, il aura certainement la charge d’être consulté sur un certain nombre de sujets qui concernent la migration marocaine et il sera une force de propositions quant à la vie des institutions publiques. 

Le CSCME ne sera ni un ministère ni une fondation. Ce sera un Conseil qui représentera et défendra les intérêts des marocains de l’étranger par une participation à la gouvernance publique. Ces membres viendront majoritairement d’ailleurs et apporteront beaucoup de richesses, notamment celles des bonnes pratiques de la démocratie, de la rigueur et du bon sens. Ils sauront faire les propositions idoines, notamment pour un meilleur fonctionnement de l’administration marocaine qui sera bénéfique pour tous les citoyens marocains. Les marocains de l’étranger veulent être considérés comme tous les marocains avec l’ambition affichée de tirer les pratiques vers le haut.


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