La présence de nos « Marocains résidant à l’étranger » (autrement appelés « Marocains du Monde ») durant la période estivale est une occasion sans pareille pour mettre en place des initiatives gouvernementales, associatives ou individuelles à l’image des salons, journées et autres rencontres. Les exemples se multiplient les années passant. 

Le 3 août, c’est le sport qui a réuni les Marocains des deux rives autour du 17ème semi-marathon dans la ville d’Asilah. Organisé par le secteur associatif (l’Association d’Asilah et d’avenir aux Pays- Bas), en coordination avec les autorités locales et la population, ce marathon, qui est devenu un rendez-vous annuel, a permis de réunir, sur une dizaine de kilomètres, des athlètes marocains venant de différents horizons. Le 10 août, les quatre coins du pays ont célébré officiellement la « Journée nationale du migrant ». Cette occasion a notamment été mise en place afin de rendre hommage aux « Marocains de l’étranger » mais également pour proposer des espaces de dialogue et leur permettre de soumettre problèmes et suggestions. 

Du 9 au 14 août, c’est le Salon « Jalia » qui sera organisé à Nador afin de créer un carrefour de rencontres entre les MRM et les MRE, respectivement les « Marocains résidant au Maroc » et les « Marocains résidant à l’étranger ». Ce salon se tiendra sous l’égide du ministère délégué chargé de la Communauté marocaine à l’étranger. Les exposants seront répartis en 6 espaces : administrations, banques, transport, tourisme, immobilier, investissements et international. 

Ces manifestations ne devraient aucunement occulter d’autres événements se déroulant dans les pays dits « d’accueil », tout au long de l’année. La capitale européenne, pour la première édition, a abrité le SIMEXPO 2008 qui se voulait être une vitrine de l’immobilier du Royaume ou le non moins célèbre SMAP qui rassemble dans la capitale française plusieurs milliers de visiteurs désirant investir dans l’immobilier marocain, ainsi que d’autres événements moins médiatiques et médiatisés et tout aussi primordiaux 

Indéniablement, les Marocains vivant à l’étranger font l’objet d’attentions toutes particulières durant cette période estivale. Dès lors, l’été n’est plus seulement l’occasion d’offrir soleil et plage à nos « concitoyens d’ailleurs » mais également de mettre en exergue des compétences et savoir-faire. Les potentialités marocaines à l’étranger existent et ne demandent qu’à être reconnues. Ces compétences participent de plus en plus à l’effort de développement du pays. Du moins, c’est ce qu’ils souhaiteraient . Dans les secteurs du sport, de l’entreprenariat, des arts et spectacles, les exemples se multiplient. Ils font la force des pays d’accueil où ils exercent et la fierté du Maroc, dans le même temps. 

Seulement, durant les cinq dernières années, l’arsenal des mesures gouvernementales ont permis au Marocain qui réside à l’étranger d’avoir réellement confiance en son pays au point d’y investir et de s’y installer. Les communications autour du « produit RME » ne sont-elles que la vitrine que l’on soigne et présente aux médias sous de belles facettes ? 

Des questions que l’on doit se poser D’ailleurs, les médias télévisés n’ont cessé d’égrener, durant toute la journée du 10 août, des exemples d’investissement réussis que l’on salue, d’ailleurs, et encourage. Si les exemples de réussite peuvent être trouvés, force est de constater que beaucoup reste à faire. Mohamed, la trentaine, diplôme d’ingénieur en poche, décide de s’installer dans la capitale pour y investir. 

C’est avec amertume qu’il nous parlera de son expérience de tentative d’implantation. Parti avec sa famille, il pense de plus en plus à un retour vers les terres françaises qui l’ont vu naître et où, dit-il, il aura beaucoup moins d’entraves administratives et humaines pour la concrétisation d’un rêve qu’il caresse depuis plusieurs années. Beaucoup parlent de leur problème d’être « intégrés » à la population : « le Maroc en été n’a rien à voir avec le Maroc toute l’année ». D’autres encore évoquent sans ménagement la lenteur administrative dont ils n’ont guère l’habitude sous d’autres cieux. 

Si les campagnes publicitaires parlent de « Marocains résidant à l’Etranger » ou « de Marocains du Monde » les présentant actifs, jeunes et entrepreneurs, comment sont-ils perçus par les « Marocains du Maroc » ? Et là, les griefs sont nombreux L’on ne parle plus de « Marocains du Monde », de « NOS compatriotes à l’étranger » mais plutôt de « zmagriyas ». Ils sont ceux à qui l’on ferait trop de faveur, ceux qui font « doubler le prix des denrées dès leur entrée sur le territoire », selon cette ménagère qui rechigne devant la hausse de certains prix, ceux « qui roulent très vite, trop vite. Jamais ils ne rouleraient ainsi dans les pays européens. Pourquoi ne respectent-ils pas la signalisation ? » Ceux qui « sont arrogants et prétentieux ». 

Tant de stéréotypes vérifiés auprès d’une minorité et qui englobent malheureusement la majorité de la population ciblée. Si certains osent parler des difficultés rencontrées en Europe, ils seront à la fois « menteurs et égoïstes », pour ceux qui désirent rejoindre l’Eldorado à n’importe quel prix. 

A côté de l’image des entrepreneurs et des femmes et hommes d’affaires investissant au Maroc, force est de constater que ce « migrant » (« mouhajir ») qui n’en est pas toujours un, à qui une journée est entièrement dédiée et qui, lors de son retour au Maroc, n’entend parler que d’opportunités d’investissement (de peur peut-être que les capitaux soient investis ailleurs) ne sait plus sur quel pied danser : éternel immigré ou hypothétique clandestin en « pays d’accueil » et à la fois « migrant », « RME », « MRE », « Marocains du Monde », « zmags » ou « zmagrias » au Maroc... Une sempiternelle guerre des mots ! 

Source : Libération - Amel Nejjari




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