Trois semaines avant le déclenchement de la révolution tunisienne, John, l'ancien attaché d'ambassade et néanmoins ex-chef d'antenne de la CIA à Tunis, resté ami avec Benali depuis qu'il était son officier traitant du temps où le président n'était que le directeur de la police puis ministre de l'intérieur, est venu le voir au palais de Carthage pour le mettre en garde.

En effet, le dernier rapport mensuel de la CIA soulignait l'atmosphère délétère et, par conséquent, pré-révolutionnaire qui prévalait en Tunisie. L'ancien agent américain conseilla à son ex-honorable correspondant de prendre des mesures urgentes destinées à absorber le malaise populaire. Au lieu de prendre au sérieux le message de son ex-officier traitant, Benali lui servit un discours rassurant ponctué de mièvreries orientales et l'expédia à son hôtel de Hammamate.

Le mois suivant, la jacquerie fut déclenchée par l'auto-immolation de Bouazizi.

En janvier 2011, Vladimir Poutine envoie l'un de ses amis les plus proches auprès de Kaddhafi à Tripoli, via Vienne, pour ne pas éveiller les soupçons des Européens et des Américains.

L'Envoyé de Poutine devait transmettre à Kaddhafi le message suivant : "Au lieu de défendre les régimes tunisien et égyptien, il vaudrait mieux qu'il provoque lui-même un bouleversement au sein de son propre régime afin d'échapper à la contagion révolutionnaire". Poutine assortit son "conseil" d'une proposition concrète : accorder une base militaire sur la Mer de Libye (Méditerranée) à la Russie.

L'émissaire russe attendit trois jours avant d'être reçu par Kaddhafi aux aurores du quatrième jour. Il ne le laissa même pas terminer son propos et ordonna qu'on l'éconduise...à l'aéroport !

Pourquoi je cite ces deux exemples ?

Jusqu'à la dernière seconde avant sa destitution ou même sa liquidation, un chef d'Etat officiant dans la sphère dite arabe ne peut concevoir la moindre possibilité de sa perte de pouvoir. Il en vient à considérer ce dernier comme étant l'air qu'il respire, l'eau qu'il boit et donc sa raison de vivre.

Ces chefs d'Etat se comportent comme des chefs de tribus dont la parole est forcément au-dessus de toutes les autres. Ils sont drogués par les latitudes qu'offre le pouvoir et les compulsions qu'engendre l'autorité.

Aucune capacité d'anticipation, aucun sens de l'histoire, aucune éducation à l'alternance, aucune distance par rapport à l'ego !

Saddam, Moubarak, Ali Salah, Kaddhafi, Benali, Hamad Bin Khalifa...

Heureux soient ceux qui échappent à ce triste destin !

Abdessamad Mouhieddine
Journaliste

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