“Spasibo Roussya”, slogan inventé par les supporters marocains venus en Russie à plus de 40.000 personnes, heureux d’être accueillis par des regards autochtones sympathiques sans être stigmatisés. “Merci Russie” - avec accent maghrebin - résonnait comme un hymne officiel de coupe du monde qui accompagnait chaque match du Maroc, du Maghreb, d’Afrique ou de Russie, pour une ambiance inégalable dans les prestigieuses places de Moscou, Saint Pétersbourg ou Kaliningrad (1). 

Son impact s’est ressenti dans le traitement des autorités, le rassemblement des populations tout-sourire autour de ce public et la couverture médiatique qui l’a érigé en mascotte de l’événement. 

Les perdants de cette messe sportive ne sont pas les équipes du Maroc ou d’Afrique qui se sont battues contre l’hégémonie de la FIFA et ses équipes favorites recadrées sur les terrains de la Grande Russie; ni ces publics qui ont imposé un esprit maghrébin rejetant un autre hégémonisme qu’est celui de l’Arabie saoudite, notamment par l’isolement de son public honni par les nationalités présentes, ou encore le brandissement du drapeau palestinien dans le stade olympique de Moscou sous le regard protecteur de la statue de Lénine. 

Mais le grand perdant est la “propagande américaine”, héritière de la guerre froide, qui présentait ce pays en un bloc de glace immense et fade vivant dans le sous-développement, produisant misère et violence. Des millions de personnes viennent donc de découvrir la grande supercherie. Le monde s’est réveillé sur le fait que la Russie est une grande nation disposant d’un peuple éduqué, accueillant, athlète, chauvin sans être raciste, pouvant assurer de grandes ambitions collectives et défendre une patrie contre la menace extérieure. 

Lorsqu’on apporte à cette réalité des infrastructures et des technologies endogènes et indépendantes de la mondialisation néo-libérale, les 10.000 kilomètres de territoires limitrophes à la Chine ou l’Europe peuvent faire de la Russie une super puissance mondiale, contrairement aux États-Unis qui empruntent la voie de la guerre, dilapidant les ressources financières du peuple américain en condamnant plus de 10% de sa démographie urbaine à une misère violente - soit dit en passant - inexistante dans les mégapoles russes. 

La Russie, étalée sur deux continents, représentant 3% de la population mondiale, forgeant un millénaire de civilisation et découvrant l’espace, ne pouvait que se concentrer sur son acquis de puissance, laissant aux “Oncles Sam et Tom” la course vers un hégémonisme coûteux, souvent mal mené selon les expériences vietnamiennes ou somaliennes. 

Dans ce rapport de domination territoriale, c’est la Russie qui avait vendu l’Alaska aux États-Unis au 19ème siècle... Une transaction qui dénoncerait une autre escroquerie intellectuelle qui est celle de la “découverte des Amériques”. 

Lors de ce séjour en Russie, une question insistante s’est imposée de façon unanime parmi les nationalités présentes, celle de savoir pourquoi y aurait-il absence de politique touristique dans ce pays grandiose où le soleil ne se couche ou ne se lève jamais: 10 millions de touristes intérieurs par an dans des villes comme Saint Pétersbourg ou Moscou, hors coupe du monde et visiteurs de pays voisins, permettraient l’autosatisfaction en aide à l’emploi et en protection du patrimoine ainsi que la protection des populations de “l’entrisme subversif”. 

Des millions de victimes de la propagande anti-soviétique ont ainsi découvert, dans le sentiment d’avoir été trahies, qu’il y avait un fossé profond entre rigueur caractérielle adoptive et racisme infantilisant, entre le “Bolshoi” et “Broadway”, entre le Kremlin ou Saint Pétersbourg et les buildings d’acier proclamés “prouesse architecturale” ou cette Datcha (2) “Maison Blanche” érigée en haut lieu du selfie mondial... Entre une queue payante et une autre gratuite. 

Durant un siècle, les industries de l’instinct (3), les politiques d’ingérence d’un régime fondé sur le “free ride” - ruée vers l’or et les terres après éradication du peuple amérindien -, et les montages cinématographiques et scéniques de Hollywood contre l’empire imperturbable de la Russie, ont marqué la société internationale. 

Même à Rabat, capitale politique du Maroc, le prestigieux centre culturel soviétique s’est transformé en Mc Donald’s au début des années 90. C’est une fois à l’intérieur du Kremlin, sur les rives de la Neva ou en conversation avec les citoyens russes, que l’on peut comprendre pourquoi l’Amérique s’agite depuis un demi siècle, notamment en construisant des dizaines de bases militaires à l’extérieur de ses frontières, contre cette puissance froide et impénétrable qui ne fait que défendre les siennes. 

Si les États-Unis ont pu déstabiliser l’Union soviétique par un marketing habile sans profondeur le temps d’une parenthèse, les fondamentaux ont donc fini par la refermer et éclater au grand jour d’une rencontre sportive, produite par le capitalisme, accueillie par la Russie en cet été 2018. 

Rééditant le slogan “Spasibo Roussya” en destination de l’organisation réussie du Mondial qui a permis au monde de découvrir certaines vérités, cette phrase issue de la langue de Tolstoï peut être aussi exprimée pour le soutien de la Russie à la candidature du Maroc à l’organisation de la coupe du monde 2026, une volonté ancienne sabotée par un allié des États-Unis qu’est l’Arabie saoudite. 

A toute chose malheur est bon, car avec cette ambiance russe du Mondial s’est renforcée la solidarité maghrébine jusqu’à répandre l’idée, même aux niveaux officiels, d’organiser une coupe du monde commune entre pays du Maghreb à savoir le Maroc, l’Algérie et la Tunisie pour 2030, un projet fédérateur et prometteur pour l’arc sud de la Méditerranée et l’ensemble euro africain. 

Sans non plus dire que le football soit “l’opium du peuple”, il n’en demeure pas moins que les ivresses passagères du jeu et des communions populaires ne peuvent nous exonérer des prérequis indispensables à ce projet ambitieux, qui ne peuvent se concrétiser que dans la résolution des problématiques de paix et de développement ainsi que dans les transitions attendues par les peuples méditerranéens en quête de progrès, de justice et de sens. 


(1) Kaliningrad: cité baptisée du nom du président du soviet suprême Kalinine. Ville stratégique pour la Russie située dans un territoire enclavé entre Pologne et Lituanie donnant sur la mer Baltique. La seule cité russe à garder le nom d’un fondateur soviétique après la chute du mur 
(2) Datcha: villa; maison de campagne russe 
(3) Industrie de l’instinct: les États-Unis ont mis en place une libération des moeurs véhiculée par le mouvement hippie, donnant l’illusion d’une liberté contraire à l’autoritarisme soviétique versé dans l’encadrement sportif, martial et culturel des populations






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