L'actuelle campagne laissera des traces sur la mise en œuvre de l'ambitieuse Politique nationale d'immigration et d'asile. Retour sur le contexte de cette opération.

Officiellement, la campagne actuelle a pour objectif «de démanteler les réseaux de trafic d’êtres humains» actifs dans le Nord du Maroc. «Cette campagne spectaculaire est destinée à séduire les Européens. Pourtant, les grands trafiquants continuent leur business à Nador», avance Omar Naji de l’AMDH Nador. «Des témoignages nous ont confirmé que deux trafiquants ont organisé un important convoi le 9 août par zodiac à partir d'une plage de la commune d'Amejjaou», insiste-t-il.

Abdelkrim Belguendouz, professeur universitaire et spécialiste des questions migratoires, partage le même avis: «la traque doit concerner les passeurs et les trafiquants et non les migrants irréguliers. Ce combat doit se faire sans relâche. Et c’est là que l’aide de l’UE peut se justifier». L’activité des passeurs est florissante depuis mai dernier. «Le nombre de pateras en partance des côtes marocaines a augmenté depuis le 15 mai dernier. Nous sommes passés 2 à 3 pateras par jour à une vingtaine», observe Ammari d’Alarm Phone.

Ce défenseur des droits humains explique aussi cette augmentation des traversées de la Méditerranée par «le changement des stratégies des passeurs. Ces réseaux se dirigent vers de nouvelles zones, spécialement dans le Rif comme Akermane, Drouich ou le Cap de l’eau». Résultats, 20.000 migrants irréguliers ont atteint les côtes espagnoles depuis le Maroc, dépassant même l’Italie. Cette arrivée, même si elle est maîtrisable, a suscité la mobilisation européenne et surtout espagnole qui a mené un lobbying auprès de la Commission européenne pour faire profiter le Maroc d’aides prévues par le Fonds fiduciaire pour l’Afrique (voir chronologie). Belguendouz interprète d’ailleurs les récentes opérations comme un «message du Maroc à l’adresse de l’UE qui fait le job sécuritaire en éloignant les migrants irréguliers du détroit de Gibraltar et des deux villes occupées par l’Espagne». En contrepartie, l’UE promet au Maroc une aide de 56 millions d’euros. Ce deal ne risque-t-il pas de ternir l’image du Maroc à l’échelle continentale ?

Salaheddine LEMAIZI


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