"À chaque nouvelle histoire horrible de viol ou de harcèlement, vous nous gratifiez de l’économie de votre parole"

Madame la Ministre,
L’annonce surprise de la démission de Nicolas Hulot de son poste de ministre d’État chargé de la Transition écologique, pour le motif de son incapacité à mener à bien les réformes nécessaires à son pays et à l’ensemble de ses concitoyens, du fait des arbitrages en sa défaveur par le gouvernement qui ne fait pas une priorité de ses soucis (soucis qui nous concernent tous), me fait bizarrement penser à vous.

Pourquoi vous? Parce que vous êtes officiellement ministre de la Famille, de la solidarité, de l’égalité et du développement social et ce depuis 2012, soit 6 ans déjà.

Et en reprenant l’intitulé de votre poste et votre action, voilà ce que je ressens de votre bilan.

En tant que ministre de la Famille, je n’ai jamais vu aucune avancée dans mon pays sur ce point. Avons-nous fait évoluer le droit de la famille? Non. L’égalité de l’héritage a-t-elle été discutée? Pas par vous. La polygamie a-t-elle été remise en cause? Rien. La protection des petites filles, ou celle des petites bonnes si vous préférez, au niveau du droit du travail? La problématique du mariage des mineurs? La scolarisation des enfants? La problématique des violences conjugales? L’évolution du droit à l’adoption et les droits qui sont attachés? Nada.

Ministre de l’égalité? Si l’on parle d’égalité sociale, je vois bien que les riches sont toujours riches et les pauvres sont toujours pauvres. L’ascenseur social est toujours en panne au rez-de-chaussée donc en ce sens, vous assurez une stabilité bienveillante. Mais pour qui?

Si je parle d’égalité homme-femme, j’ai l’impression que le bolide de votre ministère a plutôt tendance à enclencher la marche arrière. Une timide loi sur les violences faites aux femmes sortie de vieux cartons, incomplète, sans moyens et poussée dans l’urgence par l’indignation nationale ne peut vous dédouaner de votre mission. À chaque nouvelle histoire horrible de viol ou de harcèlement, vous nous gratifiez de l’économie de votre parole comme si cette dernière risquait d’amputer le budget national. Un petit mot de soutien, un cri d’effroi, une parole d’indignation, un peu de cœur quoi! Non, toujours rien. Bon, tant pis.

Ministre du développement social? Si vous comprenez la multiplication des mosquées comme une donnée sociale en lieu et place des écoles, des hôpitaux, des terrains de sport, des associations de développement d’aide ou de bien-être... alors oui, vous êtes cette ministre, mais personnellement, je n’y trouve pas mon compte et ne vois pas bien comment mon Maroc va devenir meilleur et entrer de plain pied dans ce siècle.

Non, en fait, quand je fais le bilan de vos actions, je ne sais pas quoi mettre dans la colonne des plus, hormis le fait de toucher un salaire, d’occuper des locaux et d’employer des fonctionnaires. Je vous fais grâce des antécédents de votre longue carrière politique pour laquelle le bilan est tout aussi, comment dire, absent.

Je ne veux même pas évoquer ici l’avortement, la pénalisation des relations hors mariage, l’homosexualité ou la prostitution qui vous feront certainement vous évanouir rien qu’à leur évocation face à votre pudibonderie, mais qui sont également de vrais problèmes de notre société et que nous pouvons toujours continuer à nier ou à ignorer, à défaut de trouver des solutions.

J’aurais dû me méfier en vous voyant. Les réformes sociales et sociétales nécessaires à notre pays ne pouvaient pas être conduites par une femme politique arborant fièrement des idées désuètes. Car dans ce contexte, vous ne servez pas à grand-chose, si ce n’est à faire croire que des femmes peuvent être au gouvernement sous l’extrême soumission de ses collègues masculins. En ce sens, vous êtes bien le gage de la place inférieure réservée aux femmes dans ce pays et vous êtes une mauvaise image pour mon Maroc qui se veut ouvert au monde.

Alors, face à votre inutilité crasse, un bon geste! Nicolas Hulot ne vous inspire-t-il pas? Ne vous reste-t-il aucune once de fierté ou de décence? Êtes-vous à ce point tenue par vos crédits pour devoir faire un travail aussi inutile? Allons, madame le ministre, un bon geste, pour faire avancer l’Ouma du Maroc, un peu d’altruisme en retournant à la cuisine, là où vous êtes persuadée qu’est la place des femmes!

Je suis sûre qu’une femme (voire un homme, s’il n’est pas polygame ou s’il ne trompe pas sa femme toutes les cinq minutes), éclairée, moderne, combative, pleine de conviction, arrivera au moins à poser les problèmes sur la place publique et essayer de faire évoluer les mentalités. Cela rafraichira le paysage politique et qui sait, nous pourrions peut-être nous tourner vers l’avenir!

Plus sérieusement, si vous décidez de rester, ayez au moins la décence d’intervenir publiquement à chaque fois qu’un cas horrible de viol, de harcèlement, d’exploitation des plus faibles sont connus et rendus publics, dites un mot à la nation, indignez-vous, proposez de nouvelles lois, exigez au moins l’application stricte et ferme des lois existantes, enfin, faites quelque chose quoi!

#safibaraka

Rabia Franoux Moukhlesse

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