Le paraître est probablement le principal emblème de sous-développement dans notre bel Extrême-Couchant.

On préfère vendre ses meubles pour acheter le mouton de l'Aïd Al Adha; on peut s'endetter pour une décennie afin de financer un mariage princier; on peut intenter le plus long procès contre quiconque ayant écorné notre image dans le quartier…etc.

Le "m'as-tu-vu" gouverne l'imaginaire marocain : Les 4x4, les salons kilométriques interdits aux enfants, mais exhibés aux invités qui subissent ainsi "la crevaison des yeux", la prière du vendredi où l'on distribue un orphelin dirham à chaque mendiant à la sortie de la mosquée...tout cela participe de l'élection du "m'as-tu-vu" pour raison d'être ici-bas.

En vérité, ce comportement est quasiment consubstantiel à un mental où la vie pour soi est lamentablement sacrifiée au profit du regard de l'autre.

Le marocain est terrifié à l'idée d'être seul; c'est un "nous" déguisé en "je". "Tu nous manques", "nous nous sommes régalés", "Nous ne sommes pas le genre"...etc. autant de formulations linguistiques qui renseignent sur un mental qui a élu le "global" pour expression individuelle.

Au point que l'être se confond avec le paraître, le moi avec le regard de l'autre.

Pour se déplacer à une administration, on mobilise un ou plusieurs amis qui investissent ainsi le bureau d'un préposé. Pour un tribunal ou un commissariat, c'est pire ! Aucune confiance en soi tant cette peur de type chtonien colonise encore les entrailles de l'individu.

L'émergence d'un individu libre et responsable n'est pas pour demain !

Abdessamad Mouhieddine
Journaliste




0 commentaires:

Enregistrer un commentaire

 
Top