Si les Marocains, en Espagne, ne sont plus les premiers à être naturalisés ce n’est pas tant le fait d’une évolution de l’immigration dans la péninsule ibérique qu’en raison d’une politique de naturalisation discriminante. Quand il faut deux ans de vie en Espagne à un Argentin pour devenir Espagnol, il en faut 10 à un Marocain.

Au premier semestre 2011, 54 763 étrangers ont obtenu la nationalité espagnole. En Espagne, 300 personnes chaque jour, en moyenne, passent ainsi du statut d’étranger à celui d’Espagnol. Les Marocains étaient, en 2001, les plus nombreux à faire la transition. Ils n'étaient plus que troisième, en 2009, derrière les Equatoriens et les Colombiens. La raison ? Elle est plus politique que sociale, explique El Pais dans un article publié le 24 juillet.

En 10 ans, le nombre de naturalisations en Espagne a été multiplié par plus de 10 : il est passé de 11 996 en 2000 à 123 718 en 2010. Cette croissance a été soutenue par l’augmentation, en parallèle, du nombre d’immigrés. «Il n’est pas étonnant que les chiffres aient connu une telle croissance, car le nombre d’étrangers a été multiplié par cinq ou six dans l’intervalle», explique Joaquín Arango, professeur de sociologie à l’université Complutense, à Madrid. Pendant cette décennie, la proportion de Marocains naturalisés parmi les nouveaux Espagnols a, au contraire, baissé. 

La législation espagnole en termes de naturalisation est très discriminante. Obtenir la nationalité est «plus facile pour certains, surtout les latino-américains et plus difficile pour d’autre, car la législation est clairement discriminante», souligne le professeur Joaquin Arango. Alors que les immigrants Marocains, parmi d'autres, doivent attendre d'avoir vécu dix ans en continue sur le sol espagnol avant de pouvoir demander la nationalité, la législation espagnole est plus flexible avec d'autres communautés.

Pour les pays d’Amérique du sud, Brésil inclus, les Philippines, la Guinée Equatoriale, le Portugal et Andorre, il suffit que l’étranger vive deux ans en Espagne pour pouvoir en demander la nationalité. José Antonio Moreno, avocat attaché au secrétariat fédéral de l’emploi et de l’immigration de la confédération syndicale (CCOO), explique qu’«un Sud-Américain peu obtenir la nationalité avant le statut de résidence de longue durée.» Alors que deux ans suffisent à ces populations pour obtenir la nationalité, le statut de résidence de longue durée nécessite, lui, plusieurs étapes et recquiert plus de temps : une autorisation initiale d’un an, une reconduction de deux ans puis une nouvelle reconduction de deux ans.

La situation est d’autant plus injuste que les deux populations immigrées ne demandent pas la nationalité espagnole pour les mêmes raisons. Pour Aurelia Alvares, professeure de droit international, à l’université de Léon, les sud-Américains «demandent la nationalité pour éviter la législation sur les étrangers qui est chaque jour un peu plus dure.» Ils ne veulent simplement plus prendre le risque d’être expulsés, mais n’ont pas nécessairement l’intention de s’installer durablement en Espagne. Au contraire, les Marocains, au terme du long et épuisant processus d’obtention de la nationalité plannifient de s'installer en Espagne pendant plusieurs années, selon Aurelia Alvares.





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