Monsieur le Co-président, 
Mesdames et Messieurs les Ministres, 
Madame la Représentante Spéciale du Secrétaire Général de l’ONU pour la Migration,
Excellences, Mesdames et Messieurs, 

C’est, pour moi, un honneur et un plaisir de vous accueillir pour cette 5ème édition du Processus de Rabat, qui se poursuit aujourd’hui au Maroc, où il a commencé voici de cela 12 ans. 

Depuis 2006, en effet, nous nous réunissons à 60 partenaires, africains et européens, forts du soutien de la Commission Européenne et la CEDEAO, pour traiter des défis communs liées à la migration et au développement, dans un esprit de responsabilité partagée. 

Certes, la migration n’est pas une thématique nouvelle dans les relations euro-africaines. Mais, alors qu’elle était exclusivement rattachée aux politiques nationales d’asile et d’immigration, la question migratoire s’élève, désormais, au rang de priorité politique, de part et d’autre de la Méditerranée. 

L’acuité qu’elle revêt ces dernières années est, elle, tout à fait inédite. Le dialogue entre l’Europe et l’Afrique en matière de migration a atteint, en conséquence, une intensité jamais égalée. Le 5ème Sommet UA-UE – qui a placé la thématique migratoire au cœur de ses débat – en a été une illustration éloquente. 

Excellences, Mesdames et Messieurs 

Dans le contexte que je viens de décrire, le Processus de Rabat offre un cadre pragmatique et tourné vers l’action. Il allie rencontres politiques et réunions techniques, et cristallise au mieux l’appropriation du nexus migration-développement par les pays africains et européens. 

La philosophie avec laquelle le Maroc appréhende la question migratoire, est encapsulée dans ce passage du Discours de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, que Dieu L’Assiste, devant le sommet UE-UA à Abidjan, en novembre 2017 : 
« […] pays d’émigration, de transit et d’immigration, le Maroc a développé une approche introspective de la question migratoire, qu’il conçoit de manière inclusive et positive ». 
Fort de cette Vision, le Maroc incarne le Processus de Rabat : il est conscient de la part de son identité qu’il doit à l’immigration, de la part de sa communauté qu’il doit à l’émigration, et de la part de sa responsabilité qu’il tire de l’une et de l’autre. 

C’est, donc, tout naturellement que le Maroc parvient à comprendre les contraintes qui peuvent être celles de ses voisins européens, tout en étant authentiquement solidaire de ses frères africains. C’est bien là le sens de l’appel à la mutualisation de la gestion de la question migratoire, que le Royaume appelle de ses vœux. Enfin, une vérité élémentaire qui n’échappe à personne : il n’y a pas
d’alternative au dialogue. C’est l’unique moyen pour accompagner les
nouvelles normes de mobilités, en faisant du migrant un acteur central
de l’espace euro-africain, espace évolutif et chargé d’histoire, qui n’est
autre que le carrefour des liens denses et durables qui nous différencient
et nous unissent, tout à la fois.

La conviction du Maroc est que la migration est trop riche pour être ramenée à l’immigration irrégulière ; elle est trop complexe pour être réduite aux perceptions stéréotypées associées aux migrants ; et trop utile pour être simplifiée en une équation binaire au postulat erroné et à la somme discriminante. 

La coopération dans le domaine migratoire s’entend fondamentalement au-delà des seules – bien que nécessaires – contrôle des frontières et lutte contre les réseaux criminels de trafic des migrants. Cette coopération doit être une solidarité agissante, plaçant le continent africain, au cœur de ses actions en matière de migration. 

Depuis 5 ans, le Maroc a mis en place une politique nationale d’immigration et d’asile, qui favorise l’intégration durable des migrants. Cette politique a permis, notamment, deux campagnes de régularisation des migrants. La dernière s’est close, sur un bilan de 28.400 demandes, dont 95% sont des ressortissants de pays africains frères. 

Le Maroc cultive, par ailleurs, une dialectique fondée sur la cohérence entre la politique intérieure et la politique extérieure. Il développe une diplomatie migratoire d’ouverture, essentiellement tournée vers la défense des priorités du continent africain. 

Le mandat de leader de l’UA sur les questions migratoires, confié à Sa Majesté le Roi, Que Dieu L’assiste, traduit bien cet engagement. La présentation de l’Agenda Africain pour la Migration lors du 30ème Sommet des Chefs d’Etat et de Gouvernement de l’Union Africaine, fut l’aboutissement d’une approche faisant de la migration un levier du codéveloppement, un vecteur de solidarité et un pilier de la Coopération Sud-Sud. 

La proposition de création d’un Observatoire Africain des Migrations, sous l’égide de l’Union Africaine, est l’une des principales réponses apportées par l’Agenda. Elle vise à développer la collecte, l’analyse et l’échange de données entre les pays africains, et de favoriser, ainsi, une gouvernance éclairée des migrations africaines. 

L’engagement du Maroc sur la question migration, culmine en 2018, avec 3 grands rendez-vous internationaux en terre marocaine : en plus de la rencontre d’aujourd’hui, la 11ème édition du GFMD du 5 au 7 décembre 2018 et la conférence d’adoption du Pacte Mondial pour des Migrations Sûres, Ordonnées et Régulières les 10 et 11 décembre 2018 – où le Maroc s’érigera en porte-parole du continent africain. 

Ainsi, l’engagement du Maroc en matière de migration participe d’une démarche globale reposant sur les efforts du Maroc pour la consolidation de la paix, de la stabilité et du développement du continent.                   

Elle s’inscrit dans le cadre d’un engagement porté par Sa Majesté le Roi Mohammed VI, Que Dieu L’assiste, qui vise, comme cela a été affirmé par le Souverain : 
« à servir l’Afrique et réaliser les attentes de ses peuples qui aspirent au développement et à une vie digne menée dans un climat empreint d’unité, de sécurité et de stabilité ». 
Excellences, Mesdames et Messieurs, 

Si nous sommes ici réunis, aujourd’hui, c’est aussi pour définir le nouveau cadre stratégique du Dialogue et le faire évoluer à l’aune d’un contexte migratoire en mutation. 

Nous opérons, désormais, sous le poids d’une reconfiguration des migrations à travers le monde, une régionalisation progressive des migrations et un accroissement des flux Sud-Sud – qui dépassent désormais les flux Nord-Sud. 

Les attentes légitimes suscitées par le Processus de Rabat sont, de ce fait, à la hauteur des défis induits par ce changement de paradigme, qui se traduit, à la fois, sur la scène euro-africaine et sur la scène internationale. 

A l’échelle euro-africaine, le changement relève de la prise en compte d’une série d’enseignements : 
  • Le premier est la limite des logiques court-termistes et la nécessité d’envisager la migration, non plus comme une donne temporaire, mais comme un phénomène durable. 
  • Le deuxième est le déplacement progressif du voisinage de l’UE vers l’Afrique subsaharienne et l’espace sahélo-saharien, dicté notamment par la transformation des zones de départ en zones de transit et d’accueil. 
  • A cela s’ajoute la sensibilité politique de la question migratoire, instrumentalisée par les extrémismes de tous-bords, qui génère du racisme, de la xénophobie et toutes formes de discriminations. 
  • Un autre enseignement majeur tient aux dangers de la militarisation des frontières et de la surenchère sécuritaire qui encouragent l’immigration irrégulière, le déploiement des réseaux, l’exploitation et le trafic des migrants. 
  • D’ailleurs, dans un contexte où le passage illégal des frontières est mis, à tort, au même niveau que la criminalité organisée, il y a lieu de souligner les effets pervers de la fermeture des frontières et des réponses répressives qui amalgament immigration irrégulière, et lutte contre le terrorisme et le crime transnational. 
Mais, au-delà de la maitrise du nombre d’arrivées irrégulières, l’exigence aujourd’hui tient à la nécessité de lutter contre les causes profondes de la migration. 

D’autre part, à l’échelle internationale, le processus d’élaboration et d’adoption du Pacte Mondial pour des Migrations Sûres, Ordonnées et Régulières, représente un point de basculement majeur. Il constitue une occasion historique de réformer la gouvernance mondiale des migrations. 

Dans cet esprit, le Processus de Rabat aspire à être l’incubateur d’une gouvernance nouvelle, à travers un alignement sur les processus internationaux, tels que : 
  • le Pacte Mondial,  
  • le Forum Mondial sur la Migration et le Développement (FMMD) ; et 
  • l’ensemble des instruments qui relient la migration au développement, notamment les Objectifs de Développement Durable (ODD). 
Excellences, Mesdames et Messieurs, 

Comme l’a démontré Sa Majesté le Roi Mohammed VI, Que Dieu L’assiste, « La solidarité entre l’Europe et l’Afrique n’est ni un concept vide, ni un lien fondé sur une philanthropie univoque ; elle relève d’une responsabilité et d’une dépendance réciproques. La logique d’assistanat verticale peut à présent céder le pas à un véritable partenariat transversal ». 

Partant de cette Vision, il nous appartient de saisir le momentum offert par la recherche d’un nouveau mode de gouvernance pour reconstruire le dialogue euro-africain sur la migration. Les principes de cette reconstruction nous donnent à voir les paramètres d’une véritable coopération entre l’Afrique et l’Europe. 

Le dialogue euro-africain sur la migration doit, en effet, faire l’objet d’un partenariat renouvelé qui permet, aux européens comme aux africains, de participer sur un pied d’égalité, à la définition conjointe des termes de la coopération. 

Le partenariat doit, d’abord et avant tout, accueillir un constat de modération : Si la migration africaine s’est mondialisée, elle est d’abord intra-continentale et intra-régionale. 

Dans chaque région du monde, il y a plus de migrants venant de la même région, que de migrants venus d’ailleurs. A titre d’exemple, 84 % des migrations en Afrique de l’Ouest sont régionales. 

Sur 258 millions de migrants dans le monde en 2017, moins de 14% (36 millions) sont africains. Moins de 3% de la population africaine a migré à l’international et moins de 12% du total des flux migratoires à destination de l’Europe proviennent d’Afrique. En somme, si les migrations africaines augmentent, elles progressent surtout au sein du continent africain luimême qui a connu en 10 ans, une évolution de 67% en nombre de migrants. 

Compte tenu de ces éléments, le partenariat doit s’appuyer sur une solidarité intra-continentale et inter-continentale. Il relève d’une responsabilité commune basée sur une coopération étroite et un « partage du fardeau », bien que la migration n’en soit pas un. 

Car, les enjeux de la migration sont ressentis, avec la même acuité, de l’Europe à l’Afrique centrale, en passant par l’Afrique de l’Ouest et du Nord, ils ne peuvent être relevés qu’en commun. 

Par ailleurs, la coopération avec le Sud ne doit pas être exclusivement liée au contrôle des frontières. Les pays africains ne sont pas des gardesfrontières, ils sont des partenaires à part entière dont les priorités ne sont pas secondaires. 

Il est, en ce sens, nécessaire de concilier l’approche européenne de contrôle des frontières avec les priorités du développement et de l’intégration africaine. 

Si l’intégration européenne a été un facteur de paix, de stabilité et de prospérité sur le continent européen, ne peut-elle pas l’être aussi sur le continent africain ? L’exemple de la CEDEAO, qui représente une des communautés économiques régionales les plus dynamiques et les plus intégrées d’Afrique nous répond, ici, avec éloquence. 

Excellences, Mesdames et Messieurs, 

Le partenariat renouvelé que nous appelons de nos vœux, appréhende les migrations comme un élément de complémentarité, qui ouvre des perspectives pour les deux continents et qui comporte, en son sein, les prémisses d’un pari triplement gagnant. 

Le Maroc qui se fait le porte-voix d’un discours positif sur les migrants, est intimement convaincu que le migrant ne doit plus, dans l’imaginaire collectif, évoquer le danger, attiser la peur et fomenter la haine. Il ne doit plus faire l’objet d’une entreprise politique de construction d’un bouc-émissaire. 

Le migrant n’est pas, non plus, un fait divers, qui suscite une compassion à géométrie variable, et inversement proportionnelle à l’action qui s’ensuit. 

La migration n’est pas une fatalité. C’est un enjeu mondial, un fait social, une réalité structurelle, qui prend racine dans des causes profondes. En ce sens, les politiques de répression ne dissuaderont personne, car nul n’émigre de gaité de cœur. 

Les migrations sont là pour rester. Elles continueront à augmenter, au pire, de manière irrégulière, au mieux, de manière sûre, ordonnée et régulière. Le choix de la deuxième hypothèse sur la première ne s’impose-t-il pas comme une évidence ? 

Les migrations se prêtent assurément au multilatéralisme. Une meilleure gouvernance des migrations se construit en effet à l’optimum des intérêts de chacun. Elle est à même de renforcer la souveraineté des Etats et de mettre en place un cercle vertueux qui, en profitant à chacun, fait de la migration un moteur du développement, de la paix et de la stabilité. 

Enfin, une vérité élémentaire qui n’échappe à personne : il n’y a pas d’alternative au dialogue. C’est l’unique moyen pour accompagner les nouvelles normes de mobilités, en faisant du migrant un acteur central de l’espace euro-africain, espace évolutif et chargé d’histoire, qui n’est autre que le carrefour des liens denses et durables qui nous différencient et nous unissent, tout à la fois.





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