Mesdames et Messieurs les Hauts Fonctionnaires 
Permettez-moi tout d’abord de vous souhaiter la bienvenue à Marrakech pour la tenue de cette réunion des Fonctionnaires de Haut Niveau, réunion préparatoire de la cinquième conférence ministérielle Euro-africaine sur la Migration et le Développement. 

C’est un honneur pour le Royaume du Maroc d’abriter ces réunions, douze ans après la naissance du Processus de Rabat dans la capitale marocaine, dans un contexte marqué cette année par une mobilisation croissante au niveau international autour des questions de migration et de développement. 

La naissance du Processus de Rabat ne fut certes pas facile. Mettre autour d’une même table des pays d’origine de transit et de destination et définir ensemble les contours d’un compromis politique global sur l’imbrication entre la migration et le développement fut même un véritable exploit en 2006, à un moment où la migration n’était pour certains qu’un problème à stopper et pour d’autres qu’une conséquence naturelle du différentiel de développement. 

Rallier les Ministres des pays d’Afrique Centrale, Occidentale et Septentrionale et leurs homologues européens à une compréhension commune des enjeux migratoires est un acquis fondamental du Processus de Rabat, qui impulsera d’autres initiatives au niveau intercontinental telles que le Partenariat Afrique UE sur la Migration et la Mobilité et ultérieurement le Sommet de La Valette. 

Le triptyque constitutif du compromis de la première Conférence Ministérielle Euro-Africaine sur la Migration et le Développement a consisté en l’organisation de la migration légale, la lutte contre la migration irrégulière et le traitement du lien entre migration et développement. Il a été enrichi à l’occasion de la tenue de la quatrième Conférence à Rome en 2014 par le rajout d’un nouveau pilier : la protection internationale, ce qui nous a permis de nous pencher de manière plus concrète sur le sort des réfugiés et requérants d’asile dans notre macro-région. 

A l’occasion de la Cinquième Conférence Ministérielle Euro-africaine sur la Migration et le Développement, le Projet de Déclaration et de Plan d’Action de Marrakech prévoit de mettre en relief, conformément au Plan d’Action de La Valette, un cinquième domaine : celui de la réadmission, ce qui devrait nous permettre de travailler ensemble sur la problématique du retour des personnes en situation irrégulière de séjour dans des conditions préservant leur dignité. 

En tant que pays d’origine, de transit et de destination, le Royaume du Maroc accorde une importance égale à l’ensemble des piliers de notre Dialogue, tout en priorisant l’examen des causes profondes des flux migratoires et leurs multiples connections avec d’autres thématiques cruciales de l’agenda multilatéral, telles que l’environnement, la santé et l’éducation. 

J’espère que le processus inclusif de préparation de la Déclaration et du Plan d’Action de Marrakech portera ses fruits aujourd’hui et que nous pourrons facilement consolider le compromis atteint lors de la Réunion des Fonctionnaires de Haut Niveau tenue à Accra en octobre 2017 à l’aimable invitation du Gouvernement ghanéen. 

Mesdames et Messieurs les Hauts Fonctionnaires 
En plus de l’examen de la Déclaration et du Plan d’Action de Marrakech, un deuxième point fondamental est inscrit à l’ordre du jour de notre réunion : il s’agit du Pacte Mondial pour des Migrations Sûres, Ordonnées et Régulières. 

Comme vous le savez, le pacte mondial a pour objet de réaliser le potentiel de développement des migrants et d’exploiter les avantages indirects qu’apporte la migration aux sociétés d’origine et d’accueil et, à cet effet, mettra à la disposition des Etats une série de principes directeurs et d’outils connexes devant permettre de gérer les migrations avec efficacité et dans le respect de la dignité humaine, d’encourager la migration régulière et de prévenir la migration irrégulière. Il marquera une étape clé vers l’avènement d’un monde où la migration est un choix et non plus une nécessité, et où la migration est bien gérée et constitue ainsi une force positive pour les personnes, les sociétés et les Etats. 

Le projet initial du pacte mondial sur la migration a été rendu public, début février, à New York. Il souligne que la migration a toujours fait partie de l'expérience humaine à travers l'histoire, tout en appelant les Etats membres de l’ONU à reconnaître qu'elle peut être une source de prospérité, d'innovation et de développement durable dans notre monde globalisé. Avec 22 engagements visant à ce que les migrants, qu'ils recherchent une vie meilleure ou fuient la violence et la pauvreté, puissent migrer de manière sûre, prévisible et ordonnée, le projet initial du pacte part ainsi du fait qu’aucun pays ne peut faire face seul à la migration et met en avant la nécessité d’une approche globale pour optimiser les avantages de la migration. 

Les négociations autour de ces engagements se tiennent à raison d’un round par mois, jusqu’à juillet. Le texte définitif résultant de ces discussions sera signé formellement les 10 et 11 décembre prochain à Marrakech. Ça sera l’occasion de vous accueillir à nouveau dans cette belle ville, qui devrait également abriter, du 5 au 7 décembre, la 11ème édition du Forum Mondial sur la Migration et le Développement, sous co-présidence maroco-allemande. 

Mesdames et Messieurs les Hauts Fonctionnaires 
Je voudrais, au terme de mon discours, m’adresser plus particulièrement à mes confrères africains, pour souligner l’importance d’un agenda africain pour la migration, à un moment où les statistiques révèlent que 4 migrants africains sur 5 restent sur le continent. 

Sa Majesté le Roi, Que Dieu L’assiste, a présenté au 30ème sommet de l’Union Africaine un document constituant les contours d’un Agenda Africain pour la Migration, conçu selon une approche inclusive et participative. Le document souligne que la migration ramenée à ses proportions réelles, loin des mythes qui en projettent une image scandaleusement déformée, est un enjeu planétaire et combien crucial pour notre continent, qui mérite une nouvelle approche afro-centrée conciliant le réalisme, la tolérance et la primauté de la raison sur les peurs et les craintes. 

A cet effet, Sa Majesté le Roi, Que Dieu L’assiste, a notamment proposé la création d’un poste d’Envoyé spécial de l’UA chargé de la Migration pour coordonner les politiques de l’Union dans ce domaine et également d’un Observatoire Africain de la Migration dont le travail sera basé sur le triptyque “comprendre, anticiper et agir”. Il aura pour mission de développer l’observation et l’échange d’informations entre les pays africains, afin de favoriser une gestion appropriée des flux migratoires. A cet effet le Maroc propose d’abriter cet Observatoire. 

Il est temps que notre continent traite la migration dans un esprit d’entière solidarité. C’est la voie pour améliorer le sort des migrants africains sur le sol de l’Afrique et pour crédibiliser notre discours vis-à-vis de nos partenaires européens et internationaux. 

A ces mêmes partenaires européens, je demanderais des efforts supplémentaires pour accompagner les pays africains dans cette prise en charge de la gestion de la migration, tout en se félicitant d’ores et déjà du mécanisme d’engagement que nous aurons l’occasion de lancer ultérieurement au cours de cette journée. 

Notre réflexion collective sur la migration au sein de la macro-région euro-africaine devrait aussi aller de l’avant pour que l’actualité ne soit plus rythmée par le nombre de morts entre nos frontières, mais bien par les contributions positives de nos migrants à l’essor de leurs pays d’origine et de destination. 

Merci de votre attention et plein succès à nos travaux. 



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