Du haut de ta vingtaine, tu me regardes avec dédain. "Que fait-il encore là ce vieux schnock ?", oseras-tu t'interroger à haute voix.

Mais, ton attitude ne m'indispose guère, petit.

Comme toi, bien avant toi, je me croyais génial, unique, irrésistible. J'ai cru aux superlatifs de ma maman qui prétendait que j'étais le meilleur d'entre tous.

Comme toi, avant toi, j'ai décontextualisé les citations coraniques, philosophiques, littéraires et juridiques pour les soumettre à mes ravageuses (im)pulsions.

Comme toi, avant toi, j'ai parcouru la ville à 140 km/h, me croyant à l'abri de tout danger, sans regret aucun. J'ai pris la courtoisie de mes aînés pour une faiblesse et pour de l'argent comptant les hommages polis à mon intelligence.

Avant toi, j'ai cru que le monde était peuplé d'imbéciles dont la crédulité m'était servie comme un droit inaliénable de tromper et dominer. Comme toi, j'ai insulté l'intelligence d'autrui pour satisfaire mon ego assoiffé de puissance.

J'ai méprisé les sages, les faibles, les gens de peu. Je croyais les femmes forcément acquises à la magie de l'image trompeuse que je me faisais de moi-même.

Mais j'eus la chance d'être lessivé très tôt par la réalité. Nettoyé d'un ego indûment superlatif.

Depuis, je me suis mis à l'écoute du monde et ne cesse d'y réapprendre l'alphabet de l'humilité.

Clame-toi, petit. Le chemin est jonché d'arrogances et de "comme toi". Les collisions peuvent être fatales !

Abdessamad Mouhieddine
Journaliste

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