Pour l’«agnostique bienveillant» que je suis, la question de l’existence (ou non existence) de Dieu constitue un enjeu nul et une problématique superflue à l'heure où des périls apocalyptiques inédits ceinturent notre monde. D'autant que la question de dieu a déjà été traitée par la quasi totalité de la communauté des philosophes, notamment les Leibniz, Kant, Pascal, Malbranche et tant d’autres.

C’est, de mon humble avis, une problématique qui n’en est pas une, même si le questionnement concret majeur demeure : "Comment Dieu peut-il laisser se déployer le mal avec autant de barbarie ? Si Dieu existe, comment se fait-il qu’il y ait tant de mal dans le monde ?"

On a appelé cela une "théodicée", ce qui fit dire à Malbranche dans son «Traité de la nature et de la grâce » (1680) cette stupéfiante sentence : «Sa sagesse a rendu Dieu impuissant».

D’ailleurs, cette théodicée a atteint jusqu’aux trois livres monothéistes. A titre d'exemple, le Coran (Sourate 18 d’Al Kahf – 60/82) raconte avec force détails la rencontre entre Moïse et un inconnu (la légende évoque un saint du nom d’Al Khadir) qui lui enseigne la sagesse divine commandant des faits injustes en apparence, mais s’insérant dans une logique universelle globale.

La question de l’existence de Dieu continuera donc à tourmenter notre raison incapable de se libérer de l'embastillement spatiotemporel.

D’où mon agnosticisme qui se veut tout à la fois modeste -mon esprit est trop petit pour pouvoir camper le divin - et bienveillant -si la foi peut constituer la bonne thérapie contre les angoisses diverses et variées, pourquoi pas ?

En vérité, je suis davantage interpellé par la problématique du bien et du mal sous leurs trois dimensions métaphysique, physique et moral ainsi que leur étantité concrète et quotidienne.

C’est bien cette question qui mérite un examen approprié, sachant qu’il n’y a de bien ou de mal, notamment moral, que pour les humains, pas pour la nature. On n’a jamais vu, en effet, un tsunami critiquer un volcan ou un chat pétitionner contre un loup !

Oui, ce sont les hommes qui manipulent les consciences et rendent illicite ce qui ne l’était pas et vice-versa.

La post modernité a accentué ce travers au point que les superpuissances ne se considèrent plus tenues de recueillir le feu vert de l’ONU pour s’en aller dévaster un territoire, détruire une nation, éradiquer un Etat.

C’est bien ainsi que le pouvoir républicain américain a remis au goût du jour le très vieux stratagème de « l’axe du mal » et l’administration de Trump en use et abuse, y compris pour rançonner les pays pétroliers.

Il est pour le moins bizarre que, dans le but d’humilier cette vieille Perse qu’est l’Iran d’aujourd’hui, l’Américain Trump fait appel (au 21ème siècle !) à la doctrine construite au troisième siècle par…un Persan !

En effet, qu’est-ce que le manichéisme sinon la doctrine du Persan Mani ou Manès (IIIème siècle) pour qui la vie n’est rien d’autre que la lutte permanente entre un Dieu du mal et un Dieu du bien ? Un «Dieu de Trump et un Dieu des Mexicains», un «Dieu de Netanyahu et un Dieu des Palestiniens»…

C’est la question de l’ampleur du mal (sous toutes ses formes) sur notre planète qui me fait interroger sur l’utilité, la désuétude ou la nocivité des idéologies, des religions ou des dogmes ethniques. Au point qu’il m’arrive parfois de me demander si le vandalisme géo-économique et la délinquance géostratégique américains ne sont pas congénitaux.

Notamment lorsque je note que les pères fondateurs des Etats-Unis, qui furent des héros nationaux et que sont Benjamin Franklin, Thomas Jefferson ou George Washington, étaient tous propriétaires d’esclaves !

Vous voyez donc que la question de l’existence (ou non) de Dieu n’est pas la priorité absolue dans notre monde tourmenté. Aujourd'hui, la question du salut de l'humanité est plus prioritaire que celle de l'étantité de Dieu. Nous ne pouvons rien pour ou contre l'existence ou l'absence de ce dernier, de toutes façons.

En lieu et place de cette théophanie constamment ressassée par les obscurantistes de tout acabit, c’est la libération des esprits et des consciences qui doit prévaloir.

En effet, la guerre actuellement livrée à la libre-pensée et à la raison, y compris par un Occident rivé à ses mesquins intérêts, mérite la priorité absolue.

L’humanité est en péril et le momentum de la cellulisation des esprits est de plus en plus vertigineux. Au secours !

Journaliste


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