Bien que l’immigration marocaine ait été, à l’origine, une immigration essentiellement masculine, elle débouche assez tôt sur un ancrage familial, encouragé en cela par la politique à vocation populationniste menée par l’Etat belge au cours des années 60. 

Cette promotion du regroupement familial fait de ce processus migratoire, ouvert par les besoins en main-d’œuvre de l’économie, un espace de vie en famille. Dès 1970, la population marocaine de Belgique (39.294 ressortissants) est composée à 38% de femmes. Sept ans plus tard, cette population féminine (36.546 sur 80.988 ressortissants marocains) atteint les 45%. 

Confrontées dans leur pays d’immigration à une triple discrimination de nationalité, de genre et de classe, un groupe de femmes marocaines établies à Bruxelles se crée, entre 1977 et 1986, au sein de l’Association des Femmes Marocaines (AFM), une association de fait qui constitue un espace d’échange, d’entraide et de lutte en faveur de l’amélioration du statut social, économique et juridique de la femme marocaine, tant en Belgique qu’au Maroc. 

Pour retracer l’histoire – encore fort méconnue – de la première association féminine marocaine en Belgique, cette contribution s’est largement inspirée de l’interview de plusieurs anciennes protagonistes, des témoignages recueillis à l’occasion d’une rencontre organisée le 8 mars 2014 dans les locaux du Collectif Formation Société (CFS asbl) ainsi que des quelques rares travaux déjà réalisés sur le sujet. Sans avoir la prétention d’offrir une étude exhaustive de l’histoire de l’Association des Femmes Marocaines, cette analyse s’intéressera plus particulièrement à resituer la genèse et les principaux objets de préoccupation de cette association dans le contexte de l’immigration marocaine de la fin des années 70 et du début des années 80

Les femmes marocaines en Belgique, un statut des plus inégalitaires 
A l’époque de la création de l’AFM, les femmes marocaines, arrivées pour la plupart dans le cadre du regroupement familial, doivent faire face à une multitude de discriminations basées sur une « matrice de domination » de race, de genre et de classe. 

La première de ces discriminations repose sur une inégalité de droit fondée sur le critère de la nationalité. La Constitution belge ne garantit en effet l’égalité des droits qu’aux seuls citoyens belges. Les conditions d’entrée, de séjour, d’établissement et d’éloignement des ressortissants étrangers sont régies par une loi de police et contrôlées par une administration spéciale : la Police des Étrangers. 

Qu’elles immigrent par la voie du regroupement familial, de l’immigration estudiantine ou encore – mais bien plus rarement – de l’immigration de travail, les femmes marocaines qui arrivent en Belgique doivent, en principe, être porteuses d’une autorisation de séjour provisoire. Comme la plupart ignorent tout des démarches à accomplir avant leur départ du Maroc, elles sont confrontées à des problèmes administratifs, aggravés par leur analphabétisme et leur méconnaissance de la langue. Les pouvoirs discrétionnaires de la Police des Étrangers lui permettent de précariser le séjour de ces femmes en se contentant de leur délivrer de simples attestations d’immatriculation à renouveler tous les trois mois et, par la suite, de retarder la délivrance de la carte d’identité pour étrangers :


Mazyar Khoojinian avec la participation de Rachida El Idrissi El Yacoubi, Aïcha Bari, Fatiha Laaraj et Fatima Touzani

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