Depuis Mektoub (1997), son premier long-métrage, Nabil Ayouch, né à Paris d’un père marocain et d’une mère tunisienne, installé au Maroc depuis dix ans, n’a cessé de confronter, sans aménité particulière et avec un courage certain, son œuvre à la situation socio-politique marocaine. ­

Nabil Ayouch fait apparaître deux films majeurs des 6 dernières années, le très polémique Much Loved et surtout l’étourdissant Les Chevaux de Dieu. Pour qui a eu la chance de les voir au cinéma, se déplacer pour visionner Razzia a tout de l’évidence. Et le résultat est là, Razzia sait mettre en place les éléments d’une tragédie contemporaine complexe avec un dénouement final qui cloue littéralement au siège. 5 personnages aux rêves infinis de liberté se débattent avec les limites d’une société marocaine fermée et finalement trop limitée. 

Entre un cinéma français légèrement décevant, un cinéma américain indépendant souvent surprenant, le cinéma asiatique et le cinéma sud-américain, le cinéma arabo-musulman tire son épingle du jeu avec un vrai cinéma du réel. Entre les films libanais, iraniens, soudanais, algériens, tunisiens et ici marocains, ce cinéma ouvre la plupart du temps des lucarnes surprenantes dans le réel le plus cru. 

Razzia ne déroge pas à la règle avec 5 personnages plus émouvants les uns que les autres. Un instituteur enseignant en berbère dans un village de montagne, que l’on oblige à abandonner sa langue et à renoncer à l’enseignement de certaines matières. Une belle femme enceinte qui ne reste qu’un objet de soumission pour son mari. Une jeune fille très riche délaissée par ses parents et coupée des réalités de son pays. Un restaurateur juif et son vieux père, témoin d’une époque plus propice à la cohabitation. Un jeune homosexuel, fan de Freddie Mercury, qui souffre du mépris de son père.


Razzia est un film à découvrir actuellement au cinéma pour admirer la complexité de sa construction, l’ambition formelle de son réalisateur et cette impression que tout reste à faire pour permettre le vivre ensemble, partout dans le monde, ici comme ailleurs.

Source Presses




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