Depuis le retrait de son oeuvre baptisée “Kamasutra” du Centre d’art moderne de Tétouan, où elle devait faire partie d’une exposition collective inaugurée le 1er mars courant, l’artiste Khadija Tnana insiste sur son droit légitime de comprendre les raisons de cette censure. 

Elle a donc décidé d’adresser une lettre ouverte au ministre de la Culture et de la Communication, Mohamed Laaraj, à travers les médias, lui demandant de briser le silence autour de l’interdiction de son oeuvre. L’artiste interpelle le ministre estimant que le retrait de son oeuvre a suscité des réactions et des débats autour de la censure de la création par l’exclusion des énergies créatives de la contribution au développement de la société.
“Nous sommes pour la créativité et la liberté d’expression et de pensée, mais quand il y a atteinte aux mœurs d’une manière générale, nous ne pouvons pas présenter aux citoyens une oeuvre qu’ils nous reprocheront le lendemain”, déclare le ministre de la Culture et de la Communication. 
Pour ce dernier, les libertés de pensée, d’opinion et d’expression sous toutes leurs formes sont garanties par la constitution dans ses articles 25 et 26. Dans ces derniers sont également garanties les libertés de création, de publication et d’exposition en matière littéraire et artistique, entre autres. Quant au rôle des pouvoirs publics, il réside dans celui d’“apporter, par des moyens appropriés, leur appui au développement de la création culturelle et artistique (...). Ils favorisent le développement et l’organisation de ces secteurs de manière indépendante et sur des bases démocratiques et professionnelles”. 

Parole contre parole
“Nous avons la constitution et les lois relatives à l’expression et à la créativité. Mais dans la constitution, nous avons également le droit en tant que ministère d’intervenir lorsqu’une création comporte une atteinte aux mœurs et/ou à l’ordre public”, tient à souligner Mohamed Laaraj. Et de préciser que le retrait de l’oeuvre en question s’est fait avec l’accord de l’artiste. “Le directeur régional (du département de la Culture) lui a signalé le tableau et elle l’a enlevé elle-même en toute liberté”, affirme-t-il, précisant que l’oeuvre en question n’était pas sur le catalogue des œuvres devant être exposées dans ce cadre. 

Face à ces arguments, l’artiste dément que le tableau n’ait pas fait partie du catalogue et précise qu’elle ne l’a pas non plus retiré “en toute liberté”, mais parce qu’elle n’avait pas d’autre choix. 
“Le propriétaire des lieux a été le détracteur de tout ce qui s’est passé. Il m’a demandé de l’enlever, la veille de l’inauguration de l’exposition, sinon il le ferait. Et une fois le délégué de la culture avisé, le ministère de la Culture a décidé le retrait. Je ne pouvais pas les laisser faire par peur qu’on détruise le tableau. C’est un travail qui m’a pris près de six mois. J’ai préféré l’enlever moi-même”, explique au HuffPost Maroc, Khadija Tnana. 
Sur la partie vide du mur sur lequel était accroché son tableau, l’artiste a manifesté sa colère par une étiquette “oeuvre censurée” et en portant un adhésif autour des mains et sur la bouche. 

“Kamasutra” se présente sous forme d’une main de Fatma qu’on appelle communément “Khmissa”. Composée de 246 pièces de papier marouflé sur carton, toutes de la même forme, le tableau célèbre, selon sa créatrice, “la sacralité de l’amour à travers la sexualité”. Une atteinte à la pudeur? “C’est un argument qui ne me convainc pas. On a besoin de parler sexualité, en ce moment, justement où la société souffre à l’évidence d’une absence d’éducation à la sexualité”, répond-elle.

L’artiste estime être en droit de contribuer à l’élan “perceptible à travers les médias” visant à briser le tabou de la sexualité. “C’est dans ce sens là que j’ai décidé en tant qu’artiste d’y contribuer à ma manière. Je me suis exprimée par une oeuvre esthétiquement irréprochable”, affirme-t-elle. A son oeuvre, elle a choisi un but clair: “La sexualité est naturelle et c’est pour cela que je l’ai mise dans une Khmissa qui est sacrée pour nous. L’éducation à l’amour, c’est tout aussi sacré! Mais on ne m’a pas comprise”, regrette l’artiste. 

Elle souhaite faire de sa créativité sa façon d’agir contre les fléaux de la violence sexuelle, les viols. “Même en couple marié, il y a des viols parce qu’on n’a pas été éduqué à la sexualité. Il faut se réconcilier avec son corps”, plaide-t-elle. 





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