Sur son blog, André Gerin, le député-maire honoraire de Vénissieux, affiche fièrement son chant d’amour à l’endroit d’une police nationale plutôt insensible à son oraison, ce qui ramène cette flagornerie (car c’en est une) à une psalmodie pathétique. 

En effet, si l’on se réfère à une étude de CEVIPOF, le Centre de recherches politiques de Science Po, on ne peut que constater que cette oraison a toutes les chances d’être réduite à un chant de cocu. 

On y apprend, effectivement, que plus de 50 % des policiers ont voté FN en 2015. Un parti qui d’après son cher ami Manuel Valls « n’aime pas la France ». 

Aux dernières élections présidentielles, les intentions de vote FN des policiers étaient de 57 %, soit deux fois plus que l’ensemble des Français (sudouest.fr presidentielle-2017 15/10/2016). 

Dans sa flatterie qui frise l’indécence, André Gerin justifie son adoration policière par un couplet sur les banlieues. En effet, lorsqu’il en parle, il y rajoute le terme « gangrène », n’hésitant pas à englober l’ensemble des « territoires perdus de la République ». Un discours calculé où toute la population issue de l’immigration y est stigmatisée. 

Même la droite, lorsqu’elle le fait, prend soin d'admettre (même si c’est du bout des lèvres) que la majorité des musulmans français aspire à vivre en paix. 

À aucun moment, dans son article, le député-maire honoraire de Vénissieux ne prend cette précaution. L’amalgame sous couvert « d’un franc-parler » est ainsi plus sournois. 

Ce qui est étrange, pour un « communiste », c’est qu’il ne parle pas du racisme, cette autre gangrène, bien réelle celle-ci, propagée par les idées du FN et des violences policières qui les accompagnent. L’étude de CEVIPOF révèle effectivement un bond de 70 % d’électeurs FN, entre 2012 et 2015, au sein même de la police nationale. 

Comme le reconnait son cher ami Valls (liberation.fr/France 14/03/2015), le FN « n’est pas un parti républicain ». De facto, ses électeurs – qui au passage ne sont pas des idiots – n’aimeront jamais le parti communiste. 

L’Histoire nous enseigne que lorsqu’un homme de gauche commence par virer à droite, il passe d’abord par la case racisme, comme l’a fait hier un certain Doriot avec sa judéophobie délirante, où comme le fait aujourd’hui un certain Valls avec son islamophobie obsessionnelle. C’est ce chemin que semble avoir pris le député-maire honoraire de Vénissieux. 

En théorie, sa rupture avec son parti, le PC, ne devrait plus être qu’une question de temps. 

En attendant, il serait judicieux de sa part de se méfier de certains syndicats de police ; car parfois, le chien du chasseur est autorisé à aimer son maître à la condition expresse qu’il tienne ses distances pour éviter de se faire botter l’arrière-train en plomb comptant. 

D’autre part, notre député traite d’ultragauches tous ceux qui, à l’instar de Zola en son temps, ont le courage aujourd'hui de dénoncer l’islamophobie, la négrophobie, la judéophobie, le racisme, le sionisme et les violences policières. 

Mais contrairement à son ami Valls, il n’ose pas franchir le Rubicon en accusant « d’islamo gauchistes » ses anciens alliés plus à gauche que lui. Peut-être se souvient-il qu’en des temps anciens, l’extrême droite traitait les gens de son propre parti de « judéo bolcheviks ». 

Eh oui ! Nous autres Français issus de la colonisation avons pris la place des Juifs dans le cœur des antisémites. Car si les Arabes sont minoritaires dans la masse musulmane à l’échelle du monde, de l’ordre de 20 %, ils sont, en revanche, majoritaires dans la masse sémite à cette même échelle du monde. 

Pour ceux qui sont donc allergiques au mot « islamophobie », je propose de le remplacer par « antisémitisme » comme il a été fait avec le mot « judéophobie », après que les Juifs se soient arrachés du ghetto où la France les y avait cantonnés durant tant de siècles. 

Devenus plus libres, et par la force des choses aussi invisibles qu’un Auvergnat ou un Breton de confession chrétienne, les Juifs ont coupé l’herbe sous les pieds des judéophobes qui n’avaient plus l’argument religieux pour continuer à les stigmatiser. Pour ces réactionnaires, il leur fallait un terme de substitution pour ethniciser une haine qui, à l’origine, était religieuse : ils ont remplacé le mot « juif » par le terme « sémite ». 

L’expression « antisémite », engendrée par cette nouvelle appellation, est donc plus moderne, plus laïque que celle « d’islamophobie » qui, à l’instar de « judéophobie », nous renvoie à une haine remontant au Moyen-Âge. 

Évidemment, ce serait « dépoussiérer » le racisme en l’ethnicisant, et non le combattre sérieusement. Mais comment, au juste, lutter contre une aberration mentale ? 

Car il faut bien reconnaître que la polémique autour du terme « islamophobie » n’est qu’un débat franco-français qui n’a pratiquement aucun sens aux yeux des observateurs étrangers, ce qui prouve toute la schizophrénie des hommes politiques qui courent après l’électorat FN, et des « intellectuels faussaires » à leur solde. 

Mais la question reste à savoir si Gerin finira comme Doriot ou pas ? 
Idéologiquement, il l’est déjà. 
Sur le terrain, c’est moins sûr... techniquement parlant. 

En effet, il est plus facile aujourd’hui de créer une start-up qu’un parti politique, fut-il d’extrême droite. 

Haytam Andaloussy 
Écrivain, essayiste, chroniqueur ...


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