Lundi soir, G. sort de chez ses ami-e-s qui habitent la médina pour rentrer chez lui. Il est environ 22h30. Un sac vissé sur le dos et un autre contenant son appareil photo sur l’épaule, il parcourt les rues du centre-ville, sans traîner.

Au bout d’un moment, il sent une main qui l’empêche d’avancer. Il se retourne, c’est la police en civil.
  • Où est ta carte professionnelle?
  • Quelle carte?
  • Tu es journaliste? Ce matériel que tu as sur toi. Tu dois présenter ta carte.
  • Non je ne suis pas journaliste. Je suis un simple photographe amateur, j’apprends même.
  • Tu viens avec nous.
G. est emmené au poste de police. Il aura beau expliquer qu’il travaille dans un centre culturel, qu’il fait des photos des événements qui s’y passent. Rien n’y fait. Pourtant, il suffit de regarder les photos, ce ne sont que des photos de spectacles. Mais on lui rétorque que rien ne prouve que ce qu’il dit est vrai.

On lui fera comprendre que monnayer sa sortie est possible, mais G. n’a pas d’argent.
On lui demande s’il a de la musique africaine, G. pense nager en plein délire.

Il dit qu’il est réfugié, présente tous ses papiers.
Il passera toute la nuit enfermé dans une cellule, derrière les barreaux. Il ne pourra pas dormir un seul instant, il a peur.

Heureusement, le lendemain, une avocate du HCR se présente pour demander le pourquoi de son arrestation.

G. est relâché vers 9h. Mais on garde ses papiers. Ce n’est que le lendemain qu’on les lui rendra. Et, surprise, on lui prendra ses empruntes.

Tu es sous surveillance.
À Rabat, il ne fait pas bon être noir avec un appareil photo sur l’épaule. Désormais G. a peur de rentrer chez lui le soir, peur qu’on l’arrête, pour rien. Pourtant son statut de réfugié est censé le protéger de ce genre de procédure arbitraire.

Je veux partir d’ici…
Au niveau national, la commission de recours pour la régularisation enfin réunie

L’opération de régularisation des migrants en situation administrative irrégulière est désormais close. La Commission nationale de suivi et de recours (CNSR) a donné enfin sa réponse aux demandes rejetées par les bureaux des étrangers. Elle a validé 92% des demandes de recours, soit 3/4 des dossiers, et a répondu négativement à 8%, soit 1.809 personnes. Ainsi, la boucle est bouclée. (Article d’Hassan Bentaleb à lire sur libe.ma)

« Un progrès considérable »
Alors que jusqu’à présent le Maroc a manqué de savoir-faire en terme de gestion des migrants, surtout face à l’ampleur et la soudaineté du phénomène, il vient de faire un progrès considérable. (…) Aucun autre pays dans une telle situation a adopté des mesures semblables

Souligne Mehdi Alioua, sociologue et président du Groupe antiraciste d’accompagnement et de défense des étrangers et migrants (GADEM), joint par le HuffPost Maroc, à propos de la régularisation et faisant référence au dernier rapport sur le développement humain dans le monde publié par le Programme des Nations unies pour le développement (Pnud), dans lequel le royaume était classé 129e sur 187 pays.

Au nord, les arrestations collectives et les destructions de campements continuent
Si l’on peut se réjouir pour les personnes nouvellement régularisées, la répression dans le nord du royaume continue de faire grincer.

Depuis le début du mois d’octobre, les arrestations ont été très nombreuses dans la ville de Tanger et dans les forêts près de l’enclave espagnole de Ceuta. Des faits de violence, des vols et des destructions de biens ont été dénoncés dans les témoignages récoltés. (Voir par exemple la vidéo suivante : youtube.com/)

Déplacements forcés, direction Tiznit
Une bonne partie des personnes arrêtées sont ensuite déplacées de force vers la ville de Tiznit où elles sont relâchées, sans rien.

Tiznit est devenue le terminus forcé des migrants subsahariens irréguliers. Des centaines d’entre eux ont été déportés vers cette ville malgré eux suite à des opérations de contrôle d’identité. Le flot continu d’autocars qui les transportent se poursuit depuis près d’un mois.


C’est toujours la même stratégie que l’on observe inlassablement : éloigner le plus loin possible ces « indésirables » de la frontière nord et notamment des enclaves de Ceuta et Melilla.

Entre arrestations collectives et régularisation, la politique migratoire marocaine continue de dérouter, et la situation des personnes candidates à l’immigration, d’inquiéter.

Tanger et Nador, est-ce le Maroc?
Demandait d’un ton provocateur une militante à un représentant du ministère chargé des affaires de la migration à la suite d’une présentation sur la régularisation et l’intégration des migrants au Maroc.

En effet, les zones de Tanger et de Nador semblent toujours être hors champ du tournant « humaniste » de la nouvelle politique migratoire marocaine, et restent le théâtre privilégié de la mise en œuvre des politiques répressives à l’encontre des noir-e-s non ressortissant-e-s.

La fermeture efficace de la frontière terrestre et ses conséquences
En octobre, en moins de dix jours, plusieurs dizaines de personnes sont mortes en essayant de rejoindre l’Espagne depuis les côtes nord-marocaines…

Articles dans la presse espagnole :
Par ailleurs, depuis plusieurs mois semble s’être réactivée la route migration partant des côtes sahraouies pour rejoindre les îles Canaries. D’après des militants locaux, ce sont des personnes découragées par les difficultés d’accès à Ceuta et Melilla dues à militarisation de part et d’autre de la frontière et au harcèlement subi dans les fôrets côté marocain qui les conduisent à tenter cette nouvelle voie.

Comme au nord, si quelques-un-e-s réussissent à passer, d’autres perdent la vie dans cette dangereuse traversée. La semaine passée, ce sont 24 personnes qui ont péri dans l’eau au large des Canaries. Les secours, arrivés huit heures après l’alerte donnée n’ayant ainsi pu sauver que 22 des 46 personnes qui étaient sur la patera.




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