Le 31 décembre 2015 semble avoir radicalement changé les attitudes envers les réfugiés et les discours sur la migration en Allemagne. Regard critique de Hicham Rachidi.

Ce qui s’est passé à Cologne est le fait d’une minorité non représentative. Les Allemands sont confrontés à une mondialisation par le bas et semblent découvrir que les évènements de l’extérieur ont un impact direct sur leur mode de vie. En plus des évènements terroristes ayant touché plusieurs pays dans le monde, la fin 2015 fut caractérisée par de curieux évènements au centre-ville de Cologne en Allemagne. Des témoins relayés par les médias ont rapporté plusieurs centaines d’attaques, individuels ou en groupes, à caractère sexuel contre des centaines de femmes. Ces attaques, selon les témoignages, raient été commises par des demandeurs d’asile dont un certain nombre d’origine Maghrébine.

Le peuple Allemand, habitué à une certaine réserve dans le comportement, et globalement respectueux du principe de l’égalité des genres, semble choqué par le comportement sexiste des jeunes non ressortissants dont, parait-il, un nombre aurait essayé d’instrumentaliser le droit d’asile en se faisant passer pour des refugiés Syriens.

De prime abord disons que des témoignages concordants ont expliqué que d’autres réfugiés et migrants, se sont interposés et ont protégé des femmes victimes d’harcèlement, voir independent.co.uk/.

Il va de soi que ces actes sont condamnables, quel que soit l’origine nationale des personnes qui les commettent, ceci étant dit, intéressons-nous aux causes profondes du choc de l’opinion publique et du gouvernement Allemand. Alors que semble ignorer l’opinion publique en Allemagne ?

Ignore-elle que la déstabilisation des pays de voisinage immédiat de l’Europe (Syrie, Libye, Tunisie) est de nature à avoir des effets directs et indirects sur le déplacement des populations, vers des endroits où les réfugiés s’estiment en sécurité ?

Ignore-elle que la fermeture des frontières européennes, profite entre autres, à des mafias qui vendent différents services de passage des frontières et inventent des artifices pour contourner la fermeture des frontières, y compris la falsification de documents pour faire admettre des personnes au sein de la forteresse Europe ?

Ignore-elle qu’au sein de ce flux, se glissent des personnes non éligibles au droit d’asile et qui se retrouvent dans des contextes culturels, organisationnels et politiques totalement différents de leur contexte d’origine ?

Que pour un certain nombre de ces jeunes « instrumentalisateurs » du droit d’asile, il y’aurait des personnes qui n’ont pas eu la chance de recevoir une éducation civique car déscolarisés, et/ou ont été complétements abandonnées à leur sort par la famille, la société et l’Etat. Que ces personnes grandissent dans la rue/jungle avec souvent un regard sexiste envers la femme, colporté par une culture de l’inégalité et de l’hégémonie patriarcales et l’absence de toute instruction aux valeurs de la diversité et de l’égalité ?

Oui, il se peut que les Allemands ignorent, ce qui se passe aux frontières de leur pays et de l’Europe, mais peuvent-ils ignorer le sort des personnes déboutés du droit d’asile en Allemagne ? Peuvent-ils ne jamais se demander qu’un nombre de demandeurs d’asile déboutés, aient tendance à se maintenir sur le territoire et sombrent dans l’informel, au grand bénéfice de la légendaire compétitivité de l’économie allemande ?

Le peuple Allemand et son gouvernement, peuvent-ils continuer à faire semblant que le problème sera réglé en renvoyant ces personnes dans leurs pays, en décrétant ces Etats d’origine comme pays tiers sûr ?

Ça serait trop facile, car dans le cas du Maroc et de l’Algérie, et en l’absence de la consolidation du processus démocratique, de la généralisation de l’éducation pour toutes et tous, de la création de systèmes d’inclusion sociale des laissés pour compte et de répartition juste et équitable des ressources. En l’absence également de systèmes d’asile et de garanties procédurales assurant une justice indépendante et crédible. En l’absence de véritables opportunités d’insertion des jeunes et d’ouverture d’espaces de réalisation et de libertés. En l’absence de tous cela, les mesures préconisées ne pourront malheureusement avoir qu’un impact ponctuel et factice pour donner l’impression à l’opinion publique que quelques chose est faite.

La solution de couper l’aide au développement en cas de non collaboration dans la gestion des flux migratoires est de nature à déstabiliser les pays de voisinage européen et ne se dirige pas réellement vers les causes profondes et véritables qui poussent les gens vers le chemin de l’exil.

Il est fort à parier que dès la baisse de la tension médiatique, les décideurs passeront à autre chose et les véritables causes de ces évènements resteront, comme d’habitude, sous silence car l’Allemagne et l’ensemble des pays industrialisés n’auront pas l’audace de remettre en cause les fondements du système de domination qui est en œuvre. Ou oseront-ils ?

Hicham Rachidi








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