Chers Lepénistes du Maroc,
Permettez qu’un Bougnoul ose s’exprimer dans votre immaculée langue pour vous adresser cette missive. 

Ne vous en faites pas, vous ne serez pas contaminés par les virus que dégagera ma personne, puisque j’ai pris sept douches, me suis brossé les dents dix fois et gargarisé mille fois mon palais et mon gosier d’une lotion parfumée afin que vos beaux yeux bleus, en me lisant, ne soient pas infectés par les mots fétides d’un Marocanoïde.

Tout d’abord, je dois vous remercier, et remercier par la même occasion vos aïeux, de nous avoir colonisés, de nous avoir sortis de l’âge de pierre, de nous avoir montrés le chemin de la civilisation, du progrès, de la culture et du savoir vivre ; nous qui n’étions que de simples brebis galeuses, pleins de gale, et perdus sur une terre que nous ne méritons pas. Je vous demande, du fond du cœur, d’excuser tous les Bougnouls qui avaient manqué de décence, qui ont manqué de courtoisie et qui manquent encore de reconnaissance à votre égard. Vous nous avez sortis des ténèbres de l’ignorance, des noirceurs de l’analphabétisme et des abysses de la barbarie. Pour cela, et pour bien d’autres incommensurables services que vous nous avez rendus, vous avez gagné le droit de devenir nos maîtres. Vous l’êtes depuis le 30 mars 1912 et vous n’avez jamais cessé de l’être.

Ne faites pas attention, mes chers maîtres françaouiyines dianna (oh pardon, parfois des restes de ma langue barbare et rétrograde refont surface… J’en suis confus… Veuillez m’en excuser)… Je voulais dire Français de chez nous… Mais que dis-je encore ? Vous n’êtes pas chez nous ; vous êtes chez vous. C’est nous qui vivons dans le « chez vous marocain ». Oui, bien sûr. 

Il y a plus d’un siècle, en 1871, lors de la débâcle française face à la Prusse, des militaires français, tous plus royalistes que le roi, voyaient s’échapper leur rêve d’éterniser la monarchie en France. Ils décidèrent alors de colporter leurs idées dans un autre pays et ils jetèrent leur dévolu sur la Maroc où régnait, la siba, la dissidence, et où la monarchie était à l’agonie et appelait de tous ses vœux une aide étrangère pour ne pas disparaître. Vous fûtes les messies de la monarchie marocaine. Vous l’aviez sauvée des barbares qui voulaient sa mort. Depuis, vous avez eu droit de cité. Vos grands parents, à leur tête votre grandissime Lyautey, façonnèrent un Maroc à leur image et firent de vos descendants les véritables seigneurs de ce pays. Depuis 1912, un Français est mille fois plus protégé qu’un Marocain, mille fois plus respecté qu’un Marocain, mille fois plus dorloté qu’un Marocain. Grâce au traité d’Aix-les-Bains, sa langue a été déclarée langue du savoir et des élites. Le quartier dans lequel il réside est plus propre que les couloirs des hôpitaux publics. Les écoles où étudient ses enfants sont plus protégées que les banques. S’il lui arrive un accident de la route, c’est en hélico qu’il est évacué, c’est le ministre de la santé en personne qui lui rendra visite, c’est la plus haute autorité du pays qui prendra en charge son hospitalisation. S’il est un professeur, son salaire équivaudra celui de dix professeurs marocains. S’il est le PDG d’une société, son pouvoir surpassera celui d’un ministre. Ses enfants sont des princes et ses caprices sont des ordres. S’il s’avère être un pédophile, on ne le condamnera pas; on lui appliquera des petites tapes amicales sur les épaules et on lui dira bien gentiment, avec tout le respect dû à sa race : « Allez! Ne recommencez pas; et si c’est plus fort que vous, ayez l’obligeance d’être plus discret. » Bref, dans le pays des Bougnouls, le Français est roi et son vote est sacré, même s’il dépasse l’entendement.

Alors, de quel droit des Bougnouls s’offusquent-ils de vos votes Lepénistes ? Dites-le-moi, de quel droit ? Ne savent-ils pas, ces Bougnouls sales et mal éduqués, que vous êtes chez vous ? Ne savent-ils pas qu’il y a trop de Bougnouls au Maroc et qu’il faut voter Le Pen pour les chasser ? Ne savent-ils pas que le Maroc ne leur appartient plus, et qu’il faut qu’ils se cherchent une autre Palestine ? Ah, ces ignares de Bougnouls ! Il faut toujours leur expliquer ce qu’il faut faire ! En plus, ils ont la mémoire courte. 

Oui, mes chers Lepénistes du Maroc, les Bougnouls ont la mémoire courte puisqu’ils ont oublié que vous aviez déjà voté massivement Le Pen le père, et lui aviez permis de se placer deuxième au Maroc et de passer au second tour en France. Oui mes chers maîtres, si les Bougnouls l’ont oublié, moi le Bougnoulard de service, je leur rappellerai qu’en 2002, Jean-Marie Le Pen a été classé deuxième à Casa. Loin devant Jospin. Alors pourquoi les Bougnouls n’avaient-ils pas compris le message ? Pourquoi ne se décident-ils pas encore à rentrer chez eux, là-bas, en France ? Là où la monarchie est juste présidentielle ? Là où il n’y a plus de valeurs, plus de discipline, plus d’avenir ? Là où la race blanche est en voie de distinction ? Là où vos chères têtes blondes sont noyées dans l’océan des crânes noirs ? Là où les bons citoyens sont menacés par les terroristes, le niqab et la viande halal ?

Vous avez raison mes chers Lepénistes du Maroc, vous avez raison de voter FN, puisque vous êtes chez vous. Vous êtes mieux que chez vous ; vous êtes au Maroc.

Mokhtar Chaoui
écrivain




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