Ca y est c'est officiel. Le bilan du programme national d’accueil des MRE de l’été 2009 est bel et bien bouclé. Les derniers chiffres ont été présentés il y a quelques jours par le Ministre chargé de la communauté marocaine à l’étranger au Conseil de Gouvernement. 

Et c'est un bilan satisfaisant puisque cet été les Marocains Résidant à l'Etranger ont montré une nouvelle fois leur attachement à leur pays d'origine et ont été plus nombreux à passer leurs vacances au Maroc que l'année dernière. Selon les chiffres du ministère, 2.188.000 personnes ont regagné le royaume au 31 août 2009. Ce qui représente une progression de 6,5% par rapport à l'an dernier et cela malgré la crise économique internationale, la baisse du pouvoir d'achat des MRE dans leur pays d'accueil et la propagation de la grippe A H1N1. 

Mohammed Boudoudou, sociologue des Migrations Internationales à l'Université Mohammed V de Rabat nous fait un bilan du séjour des MRE pour l'été 2009.
Interview Yabiladi : 
Dès les premières semaines de l'opération Marhaba 2009, les chiffres officiels ont montré que les MRE ont été plus nombreux à rentrer au Maroc que la même période de l'an passé. Comment expliquer ce phénomène ?

Mohamed Boudoudou : Ceci est dû, me semble-t-il, en partie à la possibilité, selon la perspective de chacun, soit de passer près de quatre semaines de vacances au Maroc avant l’arrivée du Ramadan. Le mois de Juillet et/ou une partie du mois d’Août semblent donc être plus probables comme choix de dates de vacances pour certains, ce qui expliquent le rush enregistré. 

Par ailleurs, je tiens à préciser que les MRE ne constituent pas un bloc homogène et qu’au delà des vacances au pays, la demande religieuse des MRE s’est significativement diversifiée en près d’un demi-siècle d’immigration, ce qui implique des comportements tout aussi diversifiés…

Pensez-vous que les MRE vont continuer à investir au Maroc malgré la crise ?

Sans prétendre lire dans une boule de cristal, il est très probable que la crise actuelle, qui n’a pas encore produit pleinement tous ses effets, aura un impact significatif sur nos compatriotes, à l’instar de toutes les catégories sociales vulnérables, au Maroc et ailleurs. Il faut espérer qu’elle ne se transforme pas dans les années, voire les mois à venir, en dépression, dans tous les sens du terme, ainsi que les observateurs avertis nous en préviennent.

Dans tous les cas, les marocains résidents à l’étranger, continueront d’investir, matériellement et symboliquement, selon leurs moyens du moment, dans leur pays d’origine, en dépit des contractions de leurs revenus corrélativement à la contraction des activités économiques à l’échelle mondiale…

Quels sont les secteurs qui les attirent ?

Les secteurs de rente en général comme l'immobilier ou les commerces notamment pour les plus dotés en capitaux financiers et moins en capitaux éducatifs. Pour ceux dotés de connaissances techniques actualisées, ils tentent leur chance dans le secteur moderne de l’économie : informatique, communication etc. Il n’est pas surprenant de les voir s’investir dans une économie ouverte, en pleine mutation, et, donc incitative à l’aventure. Ce qui est toujours, en fait, un investissement, dans un système d’économie de marché. Du classique, en somme, dans la mesure où une fin de vie active incite à privilégier les activités de rente, présumées plus sûres, à la production. Ceci a été d’ailleurs confirmé pour toutes les autres migrations internationales de l’époque contemporaine.

Chaque année, à l’arrivée l'été, le Maroc attend avec impatience les MRE. Pensez-vous que les pouvoirs publics marocains font tout, en retour, pour rendre agréable le séjour des MRE au Maroc ?

Le fait d’attendre les MRE chaque été, avec impatience, répond à la fois aux attentes matérielles et symboliques des migrants et de leur communauté d’appartenance et ce, à commencer par les finances du pays. Rien donc de nouveau par rapport au passé des migrations internationales et de leurs effets à la fois pour les pays d’origine et d’immigration. En effet les migrants participent significativement au développement de leurs pays et de leurs communautés locales, mais on n’a pas encore d’exemple patent où les migrants sont exclusivement à l’origine du procès de développement.

Par ailleurs, depuis la création de structures institutionnelles spécialisées dans le traitement des affaires relatives aux MRE, comme le Ministère chargé de la Communauté chargé de la Communauté Marocaine à l'Etranger; de la Fondation Hassan II au début des années 90, et l’établissement récemment du CCME, la prise en charge systématique par l’Etat de la question migratoire aura ainsi permis de créer un débat national et de débattre des enjeux qui la déterminent.

Sur le mode pratique, les différentes initiatives publiques et privées en faveur des MRE, notamment en été, témoignent de cette approche systématique par les pouvoirs publics. En bref, ce sont là autant d’investissements stratégiques en vue d’entretenir les liens entre les MRE et leur pays. Bien sur le gouvernement peut toujours faire mieux. Les MRE sont là d'ailleurs pour le rappeler.

Farida Lamrani








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