Convoités par les autres banques nationales mais aussi internationales, les MRE, lassés par les agissements pas toujours clairs de certains employés des représentations de la BCP à l’étranger, se tournent de plus en plus vers d’autres établissements. 

La BCP arrivera-t-elle à s’en sortir face à des banques aux méthodes beaucoup plus évoluées ? La représentation française du Groupe Banques Populaires fait encore une fois parler d’elle. Cette fois-ci, c’est une histoire de détournement de fonds qui remet cette filiale aux devants de la scène.

Une MRE, cliente de la Banque Populaire au Maroc, accuse un agent consulaire délégué de la BCP de détournement de fonds (voir encadré). Des agissements pareils, les représentations de la Banque Centrale Populaire (BCP) en France y étaient habituées. Et pour cause, « le statut illégal de ces succursales, pendant 37 ans, a ouvert la voie à toutes sortes de malversations et de détournements de fonds sans que la direction générale ne sévisse », raconte un ancien collaborateur de la BCP. Pour comprendre les tenants et les aboutissants de cette affaire, un zoom sur le fonctionnement des représentations de la Banque populaire en France s’avère nécessaire.

Nous sommes en 1968, la BCP envoie pour la première fois une équipe en France chargée d’évaluer le potentiel bancaire des travailleurs marocains résidents à l’étranger, à l’époque appelés TME. C’est le début de l’"opération TME", l’une des plus vastes et des plus lucratives jamais menées par une banque marocaine. La BP a flairé le bon filon : des milliers d’immigrés qui présentent le profil idéal du bon client. D’autant que le contexte est on ne peut plus favorable. Les TME comprennent, en effet, que leur planche de salut viendra des montants de transferts effectués dans leur pays d’origine. S’ils se sont expatriés, c’est en effet pour améliorer les conditions de vie de leurs familles restées au bled.

Consciente du marché qui s’ouvre à elle, mais aussi de la manne financière que représentent ces Marocains pour le pays, la BCP met les bouchées doubles pour être le précurseur en la matière. L’Etat y étant actionnaire à 92%, elle jouit d’introductions importantes auprès des autorités. Elle fait le forcing auprès du ministère des Affaires étrangères auprès duquel elle arrache une promesse d’aide et d’assistance. 1er janvier 1972, son ambitieux projet voit le jour. La Banque Populaire ouvre officiellement un bureau de représentation à Paris.

Déclaré auprès de la Banque de France, il est domicilié au 5 bis rue le Tasse, juste à côté de l’Ambassade du Maroc, sans pour autant qu’il y ait quelque mention que ce soit sur la Banque Centrale Populaire. On peut effectivement lire sur l’interphone "Ambassade du Maroc" et non Banque Centrale Populaire. Comme tous les bureaux de représentation, il est régi par le Code monétaire et financier français qui lui interdit de se livrer à des opérations bancaires et à du démarchage. Une interdiction que la BCP enfreint allégrement puisque, 37 ans durant, ses "commerciaux délégués " avaient pour mission de démarcher les MRE pour que ces derniers ouvrent des comptes au Maroc et effectuent leurs transferts par le biais de la BCP. Ce qui est contraire à la loi française.

Tous sont déclarés aux autorités françaises comme "agents consulaires" et disposent de deux types de cartes diplomatiques : des cartes dites "AR" délivrées par le Quai d’Orsay à un ressortissant français ou étranger résidant permanent en France et engagé par une mission diplomatique, ainsi que des cartes consulaires accordant une immunité diplomatique. Actuellement, la banque, censée faire de l’information seulement, propose à ses clients une multitude de produits et services bancaires depuis la France : ouverture de comptes au Maroc, remise de cartes bancaires, traitement de demandes de carnets de chèques. Les clients sont même reçus dans les locaux de l’ambassade pour effectuer leurs transactions bancaires.

On se demande alors comment la BCP a réussi durant toutes ces années à berner, et les autorités monétaires françaises et le ministère des Affaires étrangères marocain ? Si l’on comprend aisément que les officiels marocains aient fermé les yeux, l’enjeu étant de taille (les sommes transférées par les MRE au Maroc sont considérables et primordiales pour l’économie du royaume), on comprend moins le silence radio des autorités monétaires françaises.

Sous différentes pressions (certaines sources parlent d’établissements bancaires marocains), la banque centrale acculera la BCP à éclaircir la situation. En 2006, l’institution a demandé et reçu l’agrément des autorités monétaires pour devenir une banque à part entière.
Un changement de statut qui ne se passe pas sans anicroches. Un projet de refonte de ses représentations est prévu au sein de la Banque Chaâbi du Maroc en France. Les 200 employés qui jouissaient jusqu’à présent d’un statut assez particulier seront redéployés dans les succursales de la BCDM. Ce qui provoque l’ire du personnel de la banque. Ces derniers craignent que ce redéploiement ne se fasse à leurs dépens. D’ailleurs, une grève était prévue le 13 avril, mais annulée in extremis après que le personnel ait reçu un engagement de la part de la direction générale à Casablanca qui stipule que leurs emplois ne seront pas menacés.

Manne convoitée

Un changement de statut qui ne convient pas du tout à la BCP puisqu’il interdit à la Poste de maintenir le système de transfert utilisé pendant 37 ans par les MRE. Si l’on considère que pas moins de 90% des transferts passent par ce système BCP-Poste, c’est une partie de la manne MRE qui risque d’échapper à la banque.

Ce qui n’arrange pas les affaires de l’établissement. D’autant que la concurrence sur ce segment devient de plus en plus féroce.

Les banques se livrent actuellement une guéguerre sur le segment des MRE. La BCP, leader sur ce marché, risque de voir sa part de marché fondre comme neige au soleil. Pour le moment, elle compte 690.000 clients à l’étranger, ce qui représente près de 40% de son portefeuille particuliers. Elle revendique également une part de 60% du marché MRE.

Concernant le juteux segment des transferts des Marocains résidents à l’étranger, tout le monde veut visiblement sa part du gâteau. Et là, c’est Attijariwafa Bank qui a ouvert les hostilités. Le staff du "champion national" met les bouchées doubles pour y arriver. Objectif : multiplier par 2,5 les transferts des MRE qui transitaient dans les comptes d’Attijariwafa entre 2005 et 2010. La tâche ne s’avère pas très difficile puisqu’en 2006, la banque a enregistré une progression de 25% des transferts des MRE les portant à 3,75 milliards de dirhams. La fusion BCM/Wafa leur a considérablement facilité le travail. Attijariwafa bank s’appuie aussi sur Wafa Cash qui utilise le réseau de transfert rapide de Western Union. Cette filiale du groupe a reçu quelque 4,53 milliards de dirhams en 2006, enregistrant une évolution de 18% en une année. C’est dire si Attijariwafa risque de grignoter encore des parts de marché sur le principal concurrent sur ce segment qu’est toujours la Banque Centrale Populaire.

Plus de deux ans après l’obtention de son agrément par la Banque de France (juin 2005), Attijariwafa bank (AWB) Europe fédère progressivement les représentations du groupe sur le vieux continent. L’objectif est de recentrer les forces pour mieux attaquer le segment des MRE tant convoité par les banques marocaines mais également par les géants européens de la Finance. Les expansions régionales d’AWB ont étendu cet objectif, pour le moment, aux Tunisiens et aux Sénégalais résidents à l’étranger. Profitant de son statut de banque universelle européenne, la banque déploie une offre commerciale étoffée. Outre la tenue de compte et la monétique, elle propose des solutions de crédit à la consommation et immobilier en partenariat avec de grands noms comme Sofinco ou Banco Santander. Dans le volet des transferts, la banque met en place de nouveaux canaux de transfert électronique de compte à compte auxquels il faut ajouter des solutions instantanées à travers Western Union.

La banque table, en 2010, sur 500.000 clients en Europe dont 400.000 en France pour un réseau de 40 guichets/agences.

Quant au CIH, il compte sur la notoriété de son nouvel actionnaire Caisses d’Epargne pour drainer la diaspora marocaine en Europe. Pour sa part, BMCE Bank privilégie l’activité banque d’affaires en installant une filiale de BMCE Capital à Londres (BMCE Capital Europe). La participation de la banque espagnole CAM dans le capital de BMCE servira d’accélérateur à cette tendance. Ce partenariat permet aux Espagnols de cibler le segment hautement potentiel des immigrés marocains résidant en Espagne et, à travers la BMCE.

Sur l’exercice 2006, La banque marocaine a vu sa part de marché sur les dépôts MRE gagner 215 points de base par rapport à 2005. Entre décembre 2004 et décembre 2006, ces parts de marché sont passées de 6,9 à 10, 15%.

Cas non élucidé
L’affaire commence en 1997, date à laquelle Mme Samira Houlaimi, résidente marocaine à l’étranger, suivant les conseils de sa mère, ouvre un compte à la Banque Populaire d’Agadir.

ImageElle opérait des virements à partir de la représentation de la banque à Nanterre, puis à Colombes. Selon les nombreux courriers adressés à la banque mais aussi à l’ambassade du Maroc en France, Mme Houlaimi remettait le montant des transferts qu’elle voulait effectuer sur son compte au Maroc en main propre à M. Lyazid Lehoussine. Ce dernier, en tant qu’agent consulaire, n’avait pas le droit d’opérer ce genre de transactions bancaires. En 2006, la cliente remarque certaines anomalies sur son compte, notamment des transferts qu’elle n’a pas autorisés et qui ont été effectués alors qu’elle ne se trouvait pas en France mais au Maroc. A ce jour, il lui manque sur son compte la somme bloquée de 267.000 DH en plus des intérêts, 14 000 et 16 000 euros. Après moult réclamations, elle perçoit de la main de Monsieur Lehoussine en espèces les 14 000 et 16 000 euros. « Mais je n’ai toujours reçu aucune explication des 267 000 DH bloqués », explique-t-elle dans ses nombreuses missives aux différentes parties concernées. La Banque n’a donné aucune suite à ses nombreuses réclamations. Du côté de l’établissement, on ne commente pas l’affaire, « c’est à la justice de se prononcer », indique-t-on.




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