La guerre déclarée aujourd'hui contre la philosophie au seul bénéfice d'une hasardeuse "éducation islamique" participe de cette paresseuse et ignoble ignorance sacrée que l'islam des lumières n'a cessé de dénoncer depuis Ibn Rochd. Le Coran sensé nous "purifier" de nos pulsions barbares serait-il devenu ainsi "l'arme fatale" de ces mêmes pulsions à l'encontre de la Raison ? 

L'exégèse littéraliste des siècles de régression a mis à terre le message universaliste de l'islam des lumières. On est passé de la rhétorique calamiste au sophisme le plus dévastateur, détruisant chemin faisant tous les ponts patiemment édifiés entre la galaxie arabe et les affluents qui firent progresser la pensée musulmane (je ne dis pas islamique) en Mésopotamie, en Andalousie et ailleurs. 

L'exemple le plus édifiant de ce forfait devenu forfaiture est l'interprétation littérale des légendes prophétiques déployées par le moshaf otmanien. Le rigorisme à la Ibn Timiya & Cie refuse d'admettre le fait que toute la charge légendaire déployée dans le Coran relève de la symbolique. Ce n'est d'ailleurs pas par hasard que tous les récits coraniques relatifs aux peuplades et leurs prophètes sont ponctués par les sentences du genre "وَتِلْكَ الْأَمْثَالُ نَضْرِبُهَا لِلنَّاسِ ۖ وَمَا يَعْقِلُهَا إِلَّا الْعَالِمُونَ ..." (Ce sont des exemples que nous donnons et qui ne sont intelligibles que par les sachants) 

En effet, de la légende d'Adam et Eve jusqu'aux récits se rapportant aux prophètes des enfants d'Israël, le discours instrumentalise les faits pour viser leur portée morale. 

En vérité, toute interprétation du message cornique qui ne transcende pas le sens premier du verbe devient une véritable offense contre la raison. L'essentiel n'est-il pas l'orchestration du vivre-ensemble sur notre terre et non le cramponnement aux matériaux pédagogiques ? 

Aussi sommes-nous aujourd'hui réduits à la posture d'aigris effarouchés face au rythme cinétique du monde globalisé. Isolés dans notre réduit de purisme, nous retournons aux mœurs inquisitoires et, de takfirisme en takfirisme, à la barbarie des massacres et des dévastations. Le même livre qui nous en avait naguère sorti est devenu celui qui nous y replonge. 

Nous avons à jamais élu les épluchures en lieu en place du fruit. A vous faire regretter d'être venu à la vie dans ces contrées massivement infestées de laideur mentale ! 

Qu'avons-nous encore à offrir à l'humanité sinon des pétards idéologiques mouillés ? Tel un sarcome dévastateur, l'ignorance sacrée décime parmi nous tous les attributs de l'humanisme. 

Il ne fait plus bon vivre au sein de ce détestable capharnaüm mental, vous dis-je ! 

Abdessamad Mouhieddine
Anthropologue, journaliste, écrivain, poète ...

0 commentaires:

Enregistrer un commentaire

 
Top