Un événement politique ''historique'', ''unique'' en Afrique a été raté par le Maroc à l'occasion des deuxièmes élections législatives, prévues vendredi 7 octobre, organisées après le ''printemps arabe'', qui a donné lieu à une réforme de la Constitution. 

Les migrants régularisés et les marocains résidents à l’étranger (MRE) ont été ''oubliés'' par les Etats-majors politiques pour cette seconde consultation dans le cadre de la nouvelle Constitution de 2011, et la 9eme depuis l'indépendance du Maroc. C'est, du moins l'avis de Hicham Rachidi, membre du Conseil d'Administration du Groupe Antiraciste d'Accompagnement et de Défense des Etrangers et Migrants (GADEM). Au départ, en 2011, les militants du mouvement du 20 Février, voulaient une monarchie parlementaire, au même titre que les autres monarchies dans le monde. Au final, le 11 juillet 2011, les marocains avaient voté pour une Constitution ''réformée'', où ''les droits des migrants et des marocains résidents à l'étranger sont préservés.'' Mais, le décalage entre les ''textes'' et la réalité politique est une nouvelle fois évidente, estime dans un entretien à Maghrebemergent Hicham Rachidi. En fait, ''dans le programme des partis (pour ces législatives), la question migratoire est ''zappée''. ''Il n'y a rien pour la prise en charge de la question migratoire'' dans les programmes politiques ou socio-économiques des partis'' en lice pour ces élections, prévues vendredi 7 octobre 2016, résume t-il. Hicham Rachidi en tire deux grands constats: ''le premier constat est qu'il y a un déphasage entre le discours du Roi, qui a affirmé au mois d'août dernier, qu'il n'y aura pas de retour sur la question migratoire avec la volonté du Maroc de s'ancrer à l'Afrique''.

La question migratoire, cadet des soucis des partis marocains
Dans son discours du 21 août dernier à l'occasion de la fête de la Révolution du Roi et du Peuple, Mohamed VI avait notamment affirmé que le Maroc ''est fier de l’action qu’il mène dans le domaine de l’accueil et de l’intégration des immigrés'', ajoutant qu''il ne reviendra pas sur cette approche pratique et humanitaire.'' M. Rachidi estime que les partis politiques locaux ''n'ont pas pris en compte cette position''. '' A notre grande surprise, on a constaté que cette position n'est pas prise en compte par les partis.'' Depuis la décision de Mohamed VI de régulariser les immigrants et réfugiés, le Maroc a régularisé, selon le Conseil national des droits de l'homme (CNDH) à la date de février 2015 près de 16.180 demandeurs de cartes de résidence sur 27.130 demandes, émanent en particulier de subsahariens et de syriens. Le ministère de l'Intérieur avance le chiffre de 17.916 régularisés sur un total de 27.332 demandes. C'est en 2013, au plus fort des mouvements migratoires vers l'Europe via les enclaves espagnoles de Ceuta et Mellila, que le roi du Maroc annonce la fin des refoulements de subsahariens et ordonne la régularisation de certaines catégories de migrants sans papiers. ''On ne comprend pas cet oubli'', s'étonne Hicham Rachidi, dont l'ONG s'occupe à prendre en charge les migrants et les insérer dans la société marocaine.

Pas de vote pour les MRE
''Le second constat est qu'il y a un décalage par rapport à la Constitution de 2011, qui donne le droit aux marocains résidents à l'étranger (MRE) et aux étrangers en situation régulière de voter'', ajoute t-il, soulignant que '' les élections locales de 2015 ont zappé cette question. ''La constitution de 2011 donne le droit aux migrants non ressortissants de participer aux élections locales mais le code électorale en 2015 (élections locales) n'a pas prévu leur inscription sur les listes, ce qui à eu pour conséquence de les écarter de l'exercice d'un droit constitutionnel nouveau'', rappelle M. Rachidi, pour qui '' les MRE peuvent voter par procuration, mais aucune représentation spécifique (quota) ne leur à été accordée pour se faire représenter au parlement''. En réalité, '' cela n'est pas appliqué. Les subsahariens régulièrement établis au Maroc ne sont même pas inscrits sur les listes électorales'', déplore Hicham Rachidi. ''Nous pensons qu'on a raté le coche, cette fois-ci, peut-être que cela va changer dans les prochaines élections ?'' Contrairement à l'Algérie, la Tunisie, la Turquie ou l'Egypte, l'émigration marocaine, ou ce que l'on appelle les ''marocains du monde'' ou MRE, ne votent pas pour la désignation des institutions élues de leur pays. ''Et, dans un cadre plus large, les étrangers résidents au Maroc sont les éternels oubliés des politiques gouvernementales, car la stratégie nationale de la politique migratoire et le droit d'asile prévoient des mesures pour l'intégration des immigrants et ceux en voie de régularisation'', explique par ailleurs M. Rachidi. Ces mesures se déclinent en programmes de santé, éducation, habitat, emploi....''Cette stratégie, hélas! N'est pas déclinée dans le projet de loi de Finances 2017, et donc pas de budget pour les immigrants.'' Il y a actuellement 4.000 dossiers ente migrants et réfugiés en cours de traitement.



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