Le 21 décembre 2007, le MRE a appris la nomination de 37 membres du Conseil de la Communauté Marocaine à l’Etranger (CCME). Celui-ci serait sensé donner de la voix à cette communauté, qui en a manqué depuis longtemps pour défendre ses intérêts. 

L’initiative tient à cœur au roi du Maroc Mohammed VI qui exprime sa marque d’affection et de tendresse envers cette communauté. Le MRE a misé tout son espoir dans ce projet avec le sentiment, pour une fois, que les choses bougent dans le bon sens et que ses préoccupations soient bien comprises par le Maroc.

L’enthousiasme était visible sur les visages du petit au plus grand, de l’ouvrier à l’entrepreneur, de l’étudiant à l’enseignent, du juif au musulman, les chrétiens aussi, du berbère à l’arabe et de la femme à l’homme. Bref, tout le monde était aux anges et ne parlait que de l’initiative royale, qui allait changer enfin la donne de l’histoire. Un véritable tournant dans la vie du MRE qui rêvait de désigner son représentant par vote.

Le désenchantement, ou le retour sur terre
Mais voilà la nomination n’a pas emprunté la voie des urnes, l’as de la démocratie. Ses résultats se sont abattus sur la tête du MRE comme un tsunami qui a gommé en moins d’une seconde des années d’espoir et de patience et ont fait surgir des doutes, des interrogations et des vieux réflexes : Le Maroc manque d’audace pour endosser un virage positif envers cette communauté ; on ne peut même pas exercer notre droit inscrit dans la constitution ; on nous aime que pour notre argent et nos transferts pour renflouer les paiements de l’état Marocain…

Une grosse déception a serré le cœur du MRE à tel point qu’il n’ose même pas en parler à ses enfants, par peur de tourner au ridicule. Lui le fier, le patriote à distance, le soldat financier du royaume, qui ne cesse de répéter à ses enfants qu’il continuerait à envoyer de l’argent au Maroc même s’il ne lui reste qu’un seul euro sur son compte. Lui, le coq du sud avec sa crête rouge et son plumage vert, a minutieusement scruté l’élection présidentielle française en accompagnant ses enfants à l’isoloir et aux urnes pour imiter les gestes en préparation au jour de sa gloire, qui croyait aller arriver. Cette nomination a ruiné ses heures de travail et a mis par terre tout son rêve de rentrer un jour en conquérant démocratique dans le consulat marocain. Le MRE déprime, sabote sa parabole pour éviter les chaînes marocaines afin de ne pas aggraver son angoisse.

Dans un geste de désespoir extrême, il décide de ne pas rentrer au bled pour les fêtes d’Al Aïd, d’acheter un ordinateur, de s’inscrire à un abonnement Internet pour exprimer son mécontentement contre le processus de nomination qui le juge arbitraire et sans lien avec la réalité. Aussi, il profite de cette occasion pour s’organiser avec ses autres compatriotes de sa ville en un collectif qu’ils ont fièrement baptisé « les Sages MRE ». Ce collectif est loin de se considérer comme une assemblée d’experts ou de docteurs, ils préfèrent se revendiquer comme des MRE de terrain, du concret avec du vécu et de l’expérience de la vie dans leurs « background ». Ils jugent que leur heure est arrivée pour se prendre en charge, ‘‘on n’est jamais mieux servi que par soi-même’’ scande avec force le collectif. Après des séances de travail menées dans un cadre jovial et avec assiduité, les sages MRE ont dessiné une stratégie d’influence pour orienter les travaux du CCME, sous le nom de code « Soit positif et avance ». Ils usent des techniques à l’image des grands cabinets de lobbying américains. Le fer de lance de cette stratégie est concentré dans un document qui retrace la vision des sages MRE pour que le CCME ne devienne qu’un souvenir lointain comme celui du ministre des MRE.

Les fondamentaux de la vision des sages MRE
Dans un « fair play » général, les sages MRE sont conscients que le dispositif imposé n’est pas parfait, néanmoins les briques de base sont disponibles pour construire une œuvre digne de cette communauté, à condition d’injecter les bonnes doses d’ajustement. Les sages MRE ne souhaitent pas polémiquer sur le processus de sélection et n’exigent ni la démission des membres actuels, ni la dissolution du conseil. Ils veulent être une force de proposition pour orienter les travaux des membres afin de redynamiser la machine et redonner l’espoir à ceux qui l’ont perdu. Pour eux, seule une démarche de travail positive dissipera les craintes et la méfiance, réduira les frustrations et rassemblera la communauté.

Les sages MRE se veulent concrets et préfèrent une contribution active au dénigrement pour donner vie à la réflexion et favoriser la production d’un résultat positif. Pour atteindre ce but, un cadrage des travaux du CCME leur semble primordial, ils proposent de configurer la composition actuelle en cinq commissions de travail. Chacune se focalisera sur un sujet majeur en menant des travaux de concertation avec les autorités compétentes (les ministères, les deux chambres, les groupes parlementaires, les instances administratives à l’extérieur, …) en vue d’aboutir à des mesures concrètes facilitant la vie des MRE, et applicables selon un calendrier raisonnable avec une visibilité contrôlée.

La première commission qui s’intitulera « Pleine citoyenneté des MRE » définira le processus juridique, d’une part, permettant aux MRE d’élire leur représentant, d’autre part, elle proposera un protocole de bonne conduite des MRE dans leurs pays d’accueil. La seconde commission, dite « qualité des services administratifs », se chargera d’évaluer la qualité des services administratifs proposés par l’état marocain à ses MRE et de proposer les mesures correctives adéquates. Aussi, cette seconde commission aura la tâche de définir des indicateurs de surveillance de la qualité des services administratifs et de les accompagner d’un volet de sanction en cas de dégradation. Bien entendu ces travaux seront menés main dans la main avec les ministères et instances de l’état. La troisième commission nommée « Immigration utile » se penchera sur la définition d’une offre de main d’œuvre aux pays en manque. La vocation de cette commission est de définir les modalités de gestion du flux migratoire pour anticiper les mutations des besoins des pays demandeurs et faciliter la réinsertion des migrants dans leurs pays d’origine. La quatrième commission « Mosaïque culture et loisir » doit réfléchir sur la mise en place d’un dispositif pour fortifier l’échange culturel dans les domaines artistiques, musicaux,… entre le Maroc et les autres pays à travers les MRE, mais aussi les ERM (Etrangers Résidents au Maroc).

Pour couronner leurs propositions, les sages MRE jugent que le développement du Maroc ne peut être durable, efficace et compétitif sans l’accompagnement d’un véritable programme de transfert de compétences. A ce titre, une cinquième commission baptisée « Développement & transfert de compétences » sera mandatée pour mener des réflexions sur l’amélioration de la montée en compétences des locaux en utilisant les MRE comme courroie de transmission. A travers ces suggestions, les sages MRE sollicitent une autre voie qui va au-delà du traditionnel pourvoyeur des fonds de la caisse de l’état marocain.

Les MRE n’ont pas le droit de vote mais ils ont des idées
La nomination des membres du CCME sur la base d’un processus obscur est vécue par les MRE comme une blessure qui les a touchés au plus profond d’eux-mêmes. Certains rejoindront peut-être l’au-delà sans jamais exercer leur droit de vote et goûter au plaisir de passer dans un isoloir. Malgré ça, les MRE restent indulgents et généreux parce que pour eux le bonheur d’aider le Maroc dépasse le simple geste d’un bulletin dans une urne.

Julien Alami

0 commentaires:

Enregistrer un commentaire

 
Top