Il est de coutume, dans certaines cultures, de faire des vœux au passage d’une étoile filante ou en soufflant sur les aigrettes d’un pissenlit. Ce 31 décembre, vers minuit, le ciel de Paris était gris, il faisait froid et il pleuvait. Pour annoncer la fin d’une année (2017) et le début d’une autre (2018), les feux d’artifice remplissaient le ciel parisien de mille étoiles au bonheur de milliers de citadins. La Tour Eiffel scintillait de mille feux (20.000 ampoules) et ses 2 faisceaux lumineux balayaient les environs sur un rayon de 80 km. 

Alors j’ai fait un vœu à ma manière (louange à Dieu) : « l’ouverture en cette année 2018 du Centre Culturel Marocain (CCM), inauguré par le Roi Mohammed VI, le 17 février 2016 ». 

Le Maroc, terre de contraste et de lumière, est dépositaire d’une exceptionnelle diversité culturelle, esthétique, ethnique et linguistique. Cette diversité, qui fait sa vraie richesse et sa singularité, est décrite et illustrée de la plus belle des manières par les historiens, les voyageurs et les peintres (Alfred Dehodencq, Delacroix, Majorelle, Matisse). Elle est consignée dans le préambule de sa Constitution de 2011. Le grand paradoxe, c’est que cette culture reste confidentielle, faute d’une politique culturelle ambitieuse, d’institutions dédiées et pérennes et dépendante, pour sa promotion à l’extérieur, d’événements circonstanciels (expositions, Salon du livre). La dynamique qu’a suscitée la « diplomatie culturelle » royale en Afrique est certes, par-delà les considérations politiques et économiques qui lui sont inhérentes, un atout majeur et un moyen pour le Maroc de rappeler ce qu’il a en commun (une histoire, un destin) et en partage avec la terre africaine. Mais, cette dynamique, qui mérite en effet d’être fructifiée et promue dans l’ensemble du Continent Africain, ne peut atteindre les objectifs escomptés que si elle dispose de relais et de canaux plus larges qui lui assurent la compréhension, la pérennité et l’aura nécessaires en dehors du Continent.

Sur l’autre Rive de la Méditerranée, l’absence de ces relais et canaux est une évidence. C’est une tare. Le dévoilement et la promotion de la culture et le génie artistique marocains restent, de ce fait, en deçà de ce qu’il est nécessaire et possible de faire. Ce déficit est dû en grande partie à l’absence de véritables Centres ou des Instituts Culturels Marocains dans les grandes capitales occidentales. Tous les projets susceptibles de combler ce déficit ont été avortés ou repoussés aux calendes grecques. Disposer en Europe de ces lieux d’échange, de transmission et de diffusion de la culture nationale c’est, pour le Maroc, jouer culturellement et politiquement dans la cour des grands. A ce titre, le choix de Paris pour la création d’un Centre Culturel Marocain (CCM) est judicieux à plusieurs égards. En effet, Paris est une capitale diplomatique, politique et artistique incontestable qui impose le respect. L’offre culturelle qu’elle propose est unique et l’effervescence artistique qu’elle suscite est contagieuse. Elle abrite les plus grands musées et les plus prestigieuses galeries et fondations, lieux de prédilection d’événements culturels marquants. Il va sans dire que cette activité culturelle est un puissant moteur mis au service de l’essor économique de la capitale (31 millions d’arrivées hôtelières en 2016) et un support efficace pour la promotion de l’image de la France dans le monde (près de 89 millions de touristes en 2017). 

De nombreux Etats ont saisi toute l’importance de cette dynamique culturelle parisienne et compris tout l’intérêt qu’ils pouvaient en tirer pour la promotion de leur propre culture. C’est à Paris que se trouve aujourd’hui le plus grand nombre de Centres et d’Instituts étrangers, de véritables lieux d’échanges artistiques, de création et de promotion des cultures nationales. La Maison de la Culture du Japon, installée Quai Branly face à la Seine et à la Tour Eiffel, fait honneur à son pays. La philosophie, l’histoire et les arts nippons y sont valorisés et montrés dans un cadre accueillant et renouvelé. Au Quartier Latin, dans le voisinage de la Sorbonne, du Panthéon et des Jardins de Luxembourg, œuvre activement une pléiade de Centres Culturels de toutes les nationalités. Cette dynamique et cette présence culturelle déteignent favorablement sur l’image des pays concernés. 

Les particularismes culturels nationaux ou régionaux bornés et égocentrés étant plus des motifs de replis que de rapprochement entre les Nations et les peuples, ces différents Centres et Instituts, près de 57, ont eu l’intelligence et la sagesse de se donner un cadre de rencontre et de travail en commun : le FICEP (Forum des Instituts Culturels Étrangers à Paris). Créé en 2002, à l’initiative du Canada, ce Forum (Paris 5°) compte 55 à 57 membres dont la Turquie et deux pays arabes, l’Algérie et l’Egypte. Il dispose du soutien de la Mairie de Paris et du Ministère de la Culture, et a pu en septembre 2017, à l’occasion de la 16e édition de la « Semaine des cultures étrangères », organiser des manifestations culturelles et artistiques avec l’implication de plus de trente Centres et Instituts Culturels étrangers.


Le Maroc est absent de ce Forum (FICEP) et de ses manifestations faute d’un espace dédié à sa culture sous forme d’un véritable Centre ou Institut. Le fait est que les quelques ‘’hirondelles’’ qui font preuve d’initiative et de dynamisme à Paris, pour combler ce déficit en termes d’offre culturelle, ne peuvent à elles seules faire le « printemps culturel » marocain.

C’est le cas, louable et honorable, des Mercredis de l’Ambassade du Maroc à Paris. Ce moment culturel exceptionnel se distingue véritablement, même par rapport à d’autres représentations diplomatiques, par la qualité de l’accueil et de la présence, par la pertinence de sa programmation et le choix des intervenants (Edgar Morin, Daniel Rivet, R. Benzine, F. Laroui…). Sur l’autre rive de la Seine, se trouve un autre lieu dédié au Maroc qui occupe au sein de la Cité Universitaire (Bd Jourdan, 14e) une place honorable : La Fondation de la Maison du Maroc. Les conférences et les rencontres qui s’y déroulent méritent d’être connues et valorisées. Il serait, par ailleurs, injuste de ne pas mettre en exergue ni saluer les efforts et les initiatives qui ont permis à la culture, à l’histoire et l’art du Maroc de se déployer d’une manière admirable dans des lieux prestigieux parisiens tels que l’Institut du Monde Arabe (IMA), Le Louvre, les Invalides (« Le Maroc à travers les âges » /Octobre-décembre 2016) et le Salon du livre de la Porte de Versailles.

C’est évident. Avoir un CCM à Paris (Bd Saint Michel, 5e), est le meilleur moyen pour le Maroc de créer et de pérenniser une dynamique culturelle digne de son histoire millénaire, en mesure d’assurer son rayonnement culturel, de faire connaître son patrimoine et promouvoir son image. Il ne sera que plus respecté et courtisé. L’espoir, le vœu le plus cher, est que ce Centre, tant promis et tant espéré, puisse voir le jour cette année 2018 comme prévu et comme l’a souhaité le Souverain marocain.

​Enfin, au-delà de l’espoir ou du doute qui pourrait nuancer cet espoir, car « chat échaudé craint l’eau froide » j’espère, en faisant le vœu d’un CCM pour 2018, ne pas me « tromper » et ainsi faire démentir cette citation de Tolstoï (1828-1910) : « Tous les hommes font la même erreur, de s'imaginer que bonheur veut dire que tous les vœux se réalisent ».

Mohammed MRAIZIKA 
Docteur en Histoire (EHESS-Paris)
Diplômé en Philosophie Morale et Politique (Sorbonne IV) 
Consultant en Ingénierie Culturelle




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