Dans ma vie j’ai connu deux mondes : le monde de mon enfance, de mon pays natal que j’ai quitté et le monde de mon pays d’adoption qu’est la Belgique. Ce sont deux mondes tout à fait différents, distincts, divergents voir contradictoires.

En tout cas, j’y suis très attaché à ces deux mondes et je les aime tous les deux tels qu’ils sont. Cela fait déjà cinquante ans que j’ai un pied sur un monde et un pied sur l’autre. Sans pour autant politiser le débat, ces deux mondes différents étaient jadis tous deux des royaumes ordinaires, hospitaliers, conviviaux, charitables, pacifiques, doux, calmes et tranquilles.

Chaque monde avait ses atouts, ses déboires, ses prérogatives et ses exclusivités. Chaque monde avait son histoire, ses légendes, us, coutumes, folklores, langues, dialectes, traditions, mœurs, moralités, cultes et son mode de vie.

Aujourd’hui, des décennies plus tard, le temps a radicalement bouleversé et façonné la face de ces deux mondes familiers et qui se sont complètement métamorphosés tels qu’ils sont devenus tellement différents des deux mondes que j’ai connu auparavant.

Entre temps nous avons connu, entre autres, la crise du pétrole, des crises économiques, la récession, le chômage, l’insécurité, la guerre froide, les guerres téléguidées et par procuration, le terrorisme, le populisme, les réfugiés politiques et économiques, la pauvreté, la précarité, le réchauffement de la planète, Daech, le printemps arabe, les attentats terroristes, le Brexit, le libre-échange, les États d’exception et enfin Poutine et Trump.

Aujourd’hui rien n’est plus comme auparavant. Aucun monde ne peut contrecarrer leur évolution, transformation, transmutation et bouleversement.

Aujourd’hui les deux mondes partagent ensemble l’absence de sentiment de la perpétuation de la pérennité. Cette pérennité providentielle a laissé la place au repli identitaire, au sentiment d’insécurité pour sa vie, son emploi, sa maison, sa famille et son avenir.

Aujourd’hui, deux mondes pleins de psychopathes et de schizofrènes aliénés qui ont attiré la foudre sur notre diaspora, un phénomène nouveau mais cruel et destructif.

Deux mondes qui ont évolué, chacun sa manière, mais extrêmement rapidement. Ils sont devenus pleins de paradoxes, de plus en plus susceptibles, instables, méconnaissables, antagoniques, hostiles, recroquevillés et rancuneux. Mes deux mondes iraient mieux avec un peu plus d’altruisme, générosité et d’abnégation. C’est mon plus grand souhait et mon plus profond espoir.

Je réitère ce que j’ai déjà écrit auparavant, parallèlement aux énormes avancées scientifiques et technologiques mes deux mondes séparément et indépendamment connaissent encore l’esclavagisme, la paupérisation et les injustices

C’est quand même bizarre, durant les crises monétaires et économiques les riches de mes deux mondes sont devenus plus riches et les pauvres plus pauvres.

Malheureusement les autres mondes, plus riches encore sont devenus plus égoïstes, et beaucoup moins solidaires qu’auparavant. Les mondes les plus riches ont augmenté leurs budgets pour s’armer et ont diminué considérablement l’aide à la coopération au développement.

En aval, c’est encore plus injuste, les mondes les plus pauvres, bon gré mal gré, en guise de gratification, reçoivent la majorité écrasante des réfugiés politiques et économiques. Par contre, les mondes développés se fortifient et érigent des murs et des barbelés pour empêcher les pauvres réfugiés d’atteindre le soi disant eldorado.

Pour couronner leur insensibilité inhumaine de succès, l’eurocentrisme et l’égocentrisme narcissique des mondes richissimes proclament des lois et des réglementations rendant encore plus difficile à ces réfugiés malgré eux pour régulariser leurs situations pour un mieux survivre dans ces mondes soit disant démocratiques et champions de la défenses des droits de l’homme.

Heureusement, en guise de consolation, mon monde natal est devenu plus social, l’avènement Mohamed VI exige, il régularise les subsahariens, aide les migrants chassés par l’Algérie et ouvre ses portes à beaucoup de citoyens européens chômeurs en quête d’un emploi.

Une chose est sûre en tout cas, l’histoire se répète mais différemment, jadis mon monde natal était un monde d’expatriation et d’exode, aujourd’hui il est devenu un monde convivial et hospitalier pour accueillir les migrants des deux rives de la méditerranée.

Sarie Abdeslam



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