Nous allons traiter à travers notre intervention des éléments qui relèveront des deux points suivants, à savoir :
  • Citoyenneté des MRE entre participation politique et développement économique, 
  • Rôle des MRE dans la promotion des valeurs de la citoyenneté.

Entre citoyenneté et identité.
La citoyenneté est un concept intimement lié à la notion d'identité, surtout dans un contexte où la mondialisation et le droit international s'imposent sur la scène politique.

C'est un enjeu majeur pour tous les marocains résidant à l'étranger, du fait qu'ils doivent répondre à une question essentielle qui est la suivante:

Comment vivre pleinement sa citoyenneté marocaine tout en résidant à l'étranger?

Ce qui nous amènera certainement à s'interroger sur la difficulté d'être un citoyen actif à la fois dans le pays d'origine et celui de résidence.

A ce propos, nous pensons que chacun est en droit de vivre pleinement sa citoyenneté n'importe où, et à tout moment, pour cela, le principe de la double-nationalité garantie effectivement cette liberté pour ceux qui la souhaitent.

D'autres questions légitimes se posent devant nous comme prélude à notre intervention, et resteront comme des pistes de réflexion?

Partant du constat que de plus en plus de personnes d'origine marocaine, surtout de la deuxième, et troisième génération, n'ont ni carte d'identité ni passeport marocain, Faut-il redéfinir le lien entre la notion de « nationalité» et celle de la "citoyenneté"?

La langue, la religion, la culture, mais aussi l'allégeance à L'Émir des croyants sont des facteurs que nous ne devons pas négliger, car si l'identité marocaine a été basée tout au long des siècles sur certains principes fondamentaux, sommes-nous prêts à accepter l'intégration de nouveaux éléments à cette identité, ou au contraire, à en soustraire certains?

Faut-il rappeler que cette notion de citoyenneté n’a été introduite à grande échelle dans le monde arabo-musulman qu’au cours du siècle dernier faisant suite aux créations des nouveaux états-nations avec, pour la plupart, des frontières héritées de la colonisation ; le mot "citoyenneté" en lui-même n'est apparu que dans le vocabulaire arabe contemporain.

Pour ce qui est du Maroc, concernant la citoyenneté, nous continuons à évoquer la notion de baï’a, l’allégeance au roi, que chaque marocain est tenu de respecter, n'évoque nullement l'idée de citoyen mais plutôt de sujet.

Et c’est ainsi qu’on s’interroge : Quelle règle de cohabitation pourrions-nous définir entre ces deux concepts (Citoyenneté et allégeance)?

Cela nous amène justement à parler de cette double appartenance d’une grande partie des Marocains résidents à l'étranger, qui se traduit forcément par une double allégeance.

Enfin, nous devons prendre en compte l'évolution identitaire de cette diaspora marocaine, car si l'immigré marocain, il y'a presque un siècle de cela, avait un certain profil, nous sommes forcés de constater une évolution certaine de ce profil et du même coup, de cette identité, surtout avec la dernière évolution du code de la nationalité.

C'est pour cela que les pouvoirs publics marocains doivent d'ores et déjà réfléchir à mettre en place une stratégie globale qui vise la gestion et la mise en application d'une nouvelle politique publique prenant en compte cette métamorphose de l'identité des marocains vivant à l'étranger, et qui engendrera forcément une nouvelle diversité sur tous les plans.

Citoyenneté entre droits et devoirs.
Nous ne pouvons pas évoquer la notion de citoyenneté sans mentionner les droits et devoirs qui vont avec, et nous n’allons pas nous attarder sur l’aspect juridique [1].

Nous allons accès le principal de notre intervention sur la pratique quotidienne de la citoyenneté qui met en exergue les aspirations, et les souhaits de chacun entre la patrie et ses enfants.

Notons au passage que les pouvoirs publics marocains ne s’intéressent aux MRE qu'en tant investisseurs, porteurs de projets économiques, et surtout comme contributeurs économiques, mais jamais en tant que citoyens.

En effet, les transferts d'argent des MRE sont l'une des premières sources de devises pour le Maroc, devant le tourisme avec un volume des transferts, qui ne cesse de croître chaque année avec une augmentation d’environ 6%, ce qui représente environ 10% du PIB marocain.

Nous constatons que plus de 80% des transferts enregistrés concernent l'habitat, contre 20% seulement pour tous les autres secteurs économiques.

De ce constat, nous pouvons établir un premier profil du MRE qui envoie de l’argent, celui-ci est issu en grande partie de la première et de la deuxième génération d'émigrés. Nous savons qu’un jeune de la troisième génération ne fait de transfert que lors des vacances, et préfère investir, ou acheter un logement dans son pays de résidence.

L'enjeu qui se pose devant nous alors, c’est comment fidéliser ces marocains, séduire la troisième génération, et les générations futures pour garder précieusement ses liens, restent attachées au Maroc, ce qui permettra justement la continuité de cette manne.

La solution -à notre humble avis- ne peut en aucun cas être exclusivement économique, car un investisseur quel que soit son origine, et malgré son attachement à son pays d’origine, ne voit en premier que les opportunités d’affaires qui lui sont proposées; et bien évidement le Maroc est moins compétitif sur plusieurs secteurs.

C’est pourquoi, la participation politique doit être à l’ordre du jour; car une implication des MRE dans la gouvernance et la gestion du Maroc aura pour conséquence, d’abord l’établissement d’un climat de confiance, mais aussi une participation politique, seule garante de la pérennité du lien entre ces marocains et leurs pays d’origine.

C’est une transaction « gagnant-gagnant », car le Maroc a aussi besoin de l’expertise et l’expérience de ses citoyens expatriés dans des domaines tels que les domaines politique, juridique, social ou associatif et surtout scientifique.

Toutes les nations possédant une forte population émigrée ont compris depuis très longtemps qu’il s’agit là d’une richesse considérable.

De ce fait notre chère patrie doit se donner les moyens pour tirer profit de cette richesse que peut apporter ses MRE.

On peut y trouver une aide précieuse dans les domaines tels que : la bonne gouvernance, la transparence, la clarté dans la gestion de la vie publique, le sur-dépassement du soi, etc.…

Cela s’inscrit dans la perspective du grand projet de Sa Majesté qui vise à construire un nouveau Maroc qui va vers l'avant, en se basant sur les principes fondamentaux constituant son identité.

C’est un Maroc basé sur l’authenticité et la modernité ; sur le développement et la justice sociale ; et enfin sur la liberté et l’éthique.

C’est d’une vraie renaissance, avec une réforme et un renouveau global, dont le Maroc a besoin et nous MRE, nous pourrons exceller dans ce domaine.

A l’instar de nos prédécesseurs qui ont vécu en Andalousie et qui étaient précurseurs dans plusieurs domaines et ont fait de telle sorte que « Le soleil d’Allah brille sur l’occident [2] », les MRE qui y vivent aujourd’hui dans l’occident - et donc forcément dans des pays plus developpés- peuvent construire ce pont qui permettra au Maroc de reprendre le flambeau de la civilisation qui a été toujours la sienne.

En effet, la richesse de leurs expériences est inégalée, car basée sur une confrontation d’idées et de plusieurs modèles culturels.

Cela s’articule autour du principe de l’ouverture mesurée, qui recherche la sagesse pour l’adopter, l’appliquer et la transmettre, tout en en se référant aux principes et valeurs de l’Islam, qui restent le socle de notre unité.

MRE et promotion des valeurs citoyennes.
Nous pouvons définir les valeurs citoyennes comme tout principe basé sur les préceptes de la morale de notre société musulmane, et qui respecte une certaine éthique de l'intérêt général.

Nous avons besoin de généraliser cette culture citoyenne au sein du Maroc d’aujourd’hui, cette culture dont le mot d’ordre doit être: « servir » et non pas « se servir ».

Ayant vécu dans des sociétés où la conscience professionnelle est bien ancrée dans les esprits, la corruption est moins répandue; le clientélisme est presque aboli, les MRE pourront contribuer à faire cette transition structurelle avec une participation active dans la sphère de la vie publique.

Empêcher les MRE de participer en tant que citoyen à la vie politique– ce qui est le cas actuellement- c’est priver le Maroc d’une ressource lui permettant de gagner le pari du développement humain, démocratique, social, scientifique et par conséquent économique.

C’est pourquoi, nous suggérons une contribution active des MRE , et ce à travers une participation au sein même du pouvoir.

La première étape leur permettant de s’adapter au contexte marocain, et les préparer à des responsabilités plus importantes, est la participation au sein du parlement, avec donc une représentation au sein des chambres des représentants et des conseillers, ainsi que dans le futur conseil économique et social.

La création du Conseil Supérieur de la communauté marocaine à l'étranger est un premier pas nécessaire, mais pas assez suffisant pour le sursaut citoyen des MRE que nous recherchons tous.

La culture citoyenne engagée.
La citoyenneté est basée sur des valeurs mobilisatrices et sur des engagements personnels visant à atteindre son idéal ; c’est un ensemble de pratiques et de conduites sociales de l’individu, qui est poussé par une conscience bien confinée dans le cœur et un sens du devoir dicté par la foi de chacun.

Ainsi, à travers son engagement citoyen et son civisme, un croyant exerce ainsi son adoration de Dieu dans un espace plus large, et la voit ainsi se prolonger dans la sphère publique en rendant service aux autres.

Cela se traduit par l’accomplissement d’abord de ses obligations en tant que créature qui vise à atteindre les finalités de sa création, et en s’inspirant du sens du vicariat sur terre, et ce avant même d’exiger ses propres droits.

Vient ensuite un ensemble de règles politiques, juridiques, sociales, culturelles et religieuses instituant à chacun ses droits et ses devoirs qui se légitiment les uns les autres et sont garantis - dans un contexte normal- par le pouvoir politique.

Celui-ci est le seul garant de l’application de ces règles, ainsi à défaut, le sens de la citoyenneté devient biaisé, car comment peut-on exiger de l’individu, ce que refuse d'appliquer le pouvoir public? N'est-ce pas la règle de deux poids, deux mesures qui apparaît ici? 

L’exemple même de cette contradiction est la non-participation politique des MRE; en les privant de ce droit, le pouvoir exécutif actuel fait un manquement grave à l'esprit même de cette citoyenneté.

Enfin, nous ne pouvons pas terminer notre intervention sans parler du lien que doit avoir la citoyenneté avec la démocratie, et avec laquelle elle est en étroite relation. 

Faut-il rappeler que ce concept est né avec l’accès des peuples à une vie démocratique basée sur certains principes notamment avec la révolution française de 1789.

La citoyenneté n’a de vraie valeur que dans un espace démocratique garantissant à chacun une liberté, une justice équitable, une dignité personnelle, dans un cadre constitutionnel permettant un débat d’idées, un renouveau de la pensée, une réforme des mentalités.

Bien sûr, tout cela doit prendre en compte les constantes et principes de l'identité marocaine unifiée, basée sur l’islam et la commanderie des croyants comme élément unificateur et garant de la continuité de l’unité du peuple marocain et du rayonnement du Maroc, comme l’a toujours démontré son histoire. 

La citoyenneté participative.
Il est très judicieux de rapporter ici la définition du mot citoyenneté, car étant citoyen marocain de nationalité française , je cite ici une définition très intéressante de la citoyenneté « à la française » que j’ai relevée sur un site internet gouvernemental français et qui définit la citoyenneté comme suit :

« Dans les pays occidentaux, la définition de la citoyenneté est généralement liée à l’exercice du droit de vote : sont citoyens les personnes qui peuvent voter. Si certaines évolutions de la citoyenneté sont communes (par exemple, l’élargissement continu du droit de vote dans le temps), les histoires nationales lui confèrent un grand nombre de particularités.[3] »

Et si nous reprenions cette même définition, pour la mettre en application dans le champ et le contexte qui nous concerne, c'est-à-dire ceux de l’émigration marocaine et des MRE, pourrions-nous alors parler de Citoyens Marocains vivant à l’étranger?.

C’est pourquoi, nous suggérons que l’appellation même du futur Conseil, reprend ce terme de citoyenneté, pour le mettre au centre de l’appellation, et la défendre par la suite.

Comment pratiquer sa citoyenneté ?
A travers un ensemble de comportements citoyens, l’individu contribue à sa façon dans la vie publique de la cité, selon une échelle qui peut aller du local à l’international pour reprendre le terme « citoyen du monde » d’Amnesty International. 

En ce qui nous concerne, nous pensons que cette participation se base sur les cinq principaux axes suivants :

L’économie, le social, l’enseignement, la culture et la politique.
Chacun de ces axes a une importance particulière, et forment tous un « package » qui peut être la base d’un contrat-plan entre le Maroc et ses enfants « citoyens » vivant à l’étranger.

C'est cette implication citoyenne sur des bases connues et reconnues, qui -avec la volonté de Dieu- nous permettra justement de prendre un nouveau cap et d’aller vers un nouvel élan.

Ainsi, nous concluons ce paragraphe en affirmant que la participation des marocains résidents à l'étranger dans l'essor démocratique, économique, sociale, culturelle et politique que vit le Maroc actuellement est un élément catalyseur de ce développement et ne peut être que bénéfique au pays.

Le lien et l’attachement.
Au risque de répéter certaines idées citées plus haut, venons-en aux liens et l’attachement.

Si je consacre un paragraphe à ce volet, c’est parce que le volet auquel s’intéresse exclusivement l’Etat marocain, est le volet qui ne prend en compte que la dimension économique, mettant de côté les autres dimensions.

Par conséquent nous pourrions affirmer que l’intérêt porté par l’Etat marocain à certains d’entre-nous (MRE) n’est dictée que parce qu'ils sont considérés comme des « vaches à lait » et ne sont et ne seront traités que comme telles.

L’aspect humain reste en second plan, bien qu’un début d’intérêt est apparu dernièrement avec les dernières initiatives du CCDH à travers ses séminaires, et le projet « FINCOME » du ministère des MRE.

Il ne faut pas oublier que c’est justement cet aspect humain, qui fait que les MRE de la première et deuxième génération envoient encore de l’argent au Maroc, par solidarité ou pour investir dans le « bled » de leurs racines.

C’est le lien familial tissé par une tradition millénaire, une éducation qui donne aux liens de parenté la valeur que leur consacre l’Islam, qui font cet attachement, d’où l’intérêt de garder cette éducation et faire en sorte que nos MRE y tiennent.

Cependant, est-ce qu'un tel attachement existera-t-il après la disparition des générations actuelles ?

Rien n’est sûr, et c’est pourquoi c’est le moment ou jamais pour que le Maroc profite pleinement de ses ressortissants -tant qu’ils se considèrent comme tels- pour les faire intervenir, les impliquer, les engager afin de réaliser le développement économique durable; la cohésion sociale et le sursaut politique démocratique.

Le mouvement associatif.
Mais le défi n'est pas seulement socio-économique, il est aussi socioculturel, à travers le développement irrépressible des différentes identités culturelles des MRE. 

les flux migratoires des marocains vers les différentes destinations ne fait qu’affirmer cette diversité culturelle qui ne peut qu’être bénéfique pour le Maroc, à condition de savoir adopter tout ce qui est conforme avec l’esprit de nos principes et nos traditions et en premier-lieu par rapport aux grandes finalités de notre religion.

Et c’est à ce moment là, que le mouvement associatif doit jouer pleinement son rôle permettant cette ouverture planifiée, voulue, et organisée, et vient contrecarrer le repli sur soi. 

Cette ouverture doit être bien-sûr structurée et planifiée par des experts reconnus et attachés au système de valeurs qui a toujours géré notre pays.

Ainsi nous pourrions éviter les deux démarches extrémistes des deux bords, celle du repli sur soi mais aussi celle qui nie complètement notre système de valeurs. 

Cette tendance peut aller jusqu'à vouloir imposer ou plus exactement importer un système de valeur qui ne prend pas en compte nos principes fondamentaux.

Enfin, en tant que militant associatif, j’insiste sur le rôle des associations à vocation citoyenne, car elles peuvent contribuer à renflouer cette carence des autorités politiques marocaines dans leur capacité à accorder et à assurer aux citoyens tous leurs droits.

[1] Voir Intervention ci-jointe de A.Artib sur l'aspect juridique de la citoyenneté. 
[2] Voir le livre intitulé « Le soleil d’Allah brille sur l’occident ». 


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