Il n’y a pas assez longtemps, la communauté d’origine marocaine en Belgique a fêté pratiquement dans l’indifférence totale le quarantième anniversaire de l’accord bilatéral Belgique Maroc. D’ici quelques années nous aurons l’occasion de fêter dignement un demi siècle de présence en Belgique.

1964 reste une année charnière de référence pour l’immigration marocaine. Une autre date aussi importante est l’année d’arrêt de l’immigration, 1974. Depuis lors, beaucoup d’encre a coulé et beaucoup de choses se sont passés en Belgique, au Maroc, en Europe, au Moyen Orient et ailleurs qui ont eu une influence indéniable sur notre comportement et celui des nouvelles générations nées et grandies en Belgique. Par conséquent, nous avons été les témoins privilégiés de la métamorphose de la Belgique et l’évolution du peuple belge..

Cependant, notre communauté qui a fait le choix de quitter le Maroc pendant les Golden Sixties, était principalement constituée d’ouvriers manœuvres. Certains n’étaient pas illettrés mais tous ont vécu sous l’emprise d’une culture à coutume et tradition orales.

Pendant des décennies, nous avons vécu, survécu et cohabité pacifiquement avec les autochtones et d’autres allochtones dans la quiétude, la tolérance et la sérénité. La Belgique qui avait un besoin croissant de biceps était un pays accueillant et hospitalier. Les Belges étaient sympathiques et aimables Il faisait vraiment agréable de vivre en Belgique. Je n’oublierai jamais la générosité, la bonté et la gentillesse du peuple belge. Dès le premier jour je me suis senti comme chez moi et à aucun moment je ne me suis senti étranger, dépaysé ou comme immigré. Que ce soit au travail, dans la rue, dans les cafés ou dans les administrations.

Notre différence de peau et de couleur, de langue et de religion, de coutume et de comportement ne froissaient pratiquement personne. Nous étions accepté tels que nous étions, ni plus ni moins. Surtout au milieu du travail nous nous sommes intégrés rapidement et facilement dans la masse ouvrière et, les syndicats nous ont accepté à part entière sans paternalisme et sans distinction.

A notre arrivée en Belgique, nous avions un avantage non négligeable par rapports aux autres nationalités. Eux avaient besoin d’un temps plus ou moins long d’adaptation pour apprendre la langue du pays et pouvoir communiquer, même les Italiens et les Espagnoles ont éprouvés plus de difficultés que nous. Par contre, en ce qui nous concerne, cet avantage nous l’avons hérité du protectorat de la France qui a occupé la Maroc avec l’Espagne jusqu’au 1956.

Dès les premiers jours, la majorité des Marocains pouvaient plus ou moins facilement communiquer avec les Belges, en Français. Même en Flandre, à ce moment là, la langue française ne posait aucun problème de communication. Au contraire, beaucoup de Flamands étaient contents de pouvoir discuter avec nous en Français. C’était un peu l’occasion pour eux de pratiquer la langue de Molière avec nous car, pour raisons historiques et politiques ils n’osaient pas utiliser entre eux.

C’est aussi avec une certaine fierté et sans complexe que nous avons accepté les travaux les plus lourds, les plus dangereux, les plus rudes, les plus difficiles et même les moins rémunérés grâce à notre audace, notre témérité et notre courage. Dans toutes le conditions, comme si nous étions des ambassadeurs et que, sans contrainte quelconque nous voulions coûte que coûte honorer l’accord belgo-marocain qui nous permettait de travailler et de vivre dignement en Belgique. Que ce soit dans les mines de charbon, dans le bâtiment, dans la sidérurgie, dans les services ou dans le transport en commun à Bruxelles, la communauté marocaine était partout appréciée à sa valeur et respectée pour son engagement son dynamisme.

A l’époque, nous avions un double contrat à remplir avec deux rôles essentiels vis-à-vis du pays d’accueil et vis-à-vis de pays du soleil levant. D’un pierre deux coups, contribuer à la construction du bien être en Belgique et de l’autre côté, comme les pionniers de la coopération au développement, apporter une aide financière directe à nos familles, parents, enfants et surtout les devises nécessaire à la croissance de l’économie du Maroc qui en avait grandement besoin.

Auteur : Sarie Abdeslam
Bruxelles, le 24 janvier 2010

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