La liste des décisions contestées et contestables de l’hôte de la Maison Blanche, Donald Trump, s’allonge chaque jour un peu plus, au rythme de son bon vouloir et de ses humeurs.

Irresponsable, il a exacerbé les sentiments de haine les plus enfouis au sein de la société américaine (violences de Charlottesville). Imprévisible, il a renié la parole de l’Etat (Climat, Migration, Obamacare) et engagé son Administration dans des confrontations frontales et brutales avec différents Etats (Iran, Corée du Nord, Mexique, Venezuela). La Communauté internationale s’inquiète de ses sautes d’humeur, s’interroge même sur sa santé mentale et cherche à éviter le pire. Des voix libres (D. de Villepin) commencent à s’élever pour lui dire : Ça suffit.

1-Les Faits
Depuis son arrivée à la Maison Blanche, Donald Trump se conduit, sur la scène internationale, comme un éléphant dans un magasin de porcelaine. Tel un pyromane, il allume des foyers de tension partout dans le monde. L’accord sur le nucléaire iranien, résultat d’un compromis obtenu le 14 juillet 2015 à Vienne, après douze ans d’âpres négociations entre l'Iran et cinq grands pays (Etats-Unis, Russie, Chine, France, Royaume-Uni et Allemagne), est contesté et renié. Trump a refusé, le 13 octobre 2017, de le « certifier » sous prétexte que Téhéran ne respecte pas ses engagements au sujet de son programme nucléaire et son aide au Hezbollah chiite libanais. En réalité, c’est pour s’aligner sur la position de Tel Aviv pour qui cet accord est une « erreur historique » qui rend « le monde plus dangereux ».

En Amérique Latine, le président Trump redouble de provocation et d’anathème à l’égard des chefs d’Etats latino-américains et fait du Venezuela et de son président Nicolas Maduro, une cible privilégiée. Le Mexique, pays voisin, est attaqué sans retenue par Trump, au sujet du mur frontalier (3000 km) et des flux migratoires ; Trump menace même de se retirer du traité ALENA, de libre-échange, qui rassemble les États-Unis, le Canada et le Mexique.

Lors de sa tournée en Asie, il s’est focalisé sur la question du nucléaire nord-coréen. Il s’attache à faire craindre aux pays de la région, le Japon et la Corée du Sud, l’imminence du danger que représenterait le régime de Kim Jong-Un pour leur sécurité nationale. En réaction, la Corée du Nord, qui semble avoir la maitrise de la bombe à hydrogène (Bombe H), loin de céder à la menace américaine, multiplie les essais nucléaires et renforce son arsenal militaire.

Au Moyen Orient, zone d’extrême tension, Trump a semé la division prenant le risque de perturber les équilibres géopolitiques régionaux bien fragiles. Son voyage du 20 mai 2017 en Arabie Saoudite s’est conclu par une vente d’armes d’une valeur de 110 milliards de dollars, sous prétexte d’aider Riad à « faire face aux menaces iraniennes », et en même temps, il a contraint les pays du Golfe à adopter sa vision et ses méthodes de lutte contre ceux que Washington désigne comme des « terroristes islamiques radicaux ». Peu de temps après, le 5 juin, l'Arabie saoudite et ses proches alliés (Émirats arabes unis, Bahreïn, Yémen, l'Égypte) décident de rompre leurs relations avec un autre pays arabe sunnite, le Qatar, sous un double motif : soutien des groupes extrémistes et proximité avec l'Iran. Cette décision, loin d’affaiblir Doha l’a conduit à opérer, le 24 août, un rapprochement stratégique avec Téhéran.

S’agissant du conflit israélo-palestinien, le président Trump prend, dès la prise de ses fonctions, l’engagement d’œuvrer pour aboutir à un “accord ultime” afin de mettre un terme à ce conflit. Mais, dans les faits, il n’a cessé depuis de torpiller le peu d’efforts de paix qui restent, en cautionnant la politique de colonisation (En Cisjordanie plus de 130 implantations regroupant plus de 385.900 colons sans compter les colonies sauvages) du peu qui reste de la terre palestinienne et faire déjouer, par l’emploi systématique du véto américain au Conseil de Sécurité de l’ONU, toute initiative de nature à rendre justice aux Palestiniens. 

La reconnaissance de Jérusalem comme capitale d'Israël est certes un coup fatal porté à la cause palestinienne. Elle est emblématique pour le monde arabe et musulman aujourd’hui dans un état de délabrement et de division sans équivalent. Mais, le plus inquiétant, c’est que ce mauvais coup diplomatique ne sera certainement pas le dernier infligé par le président Trump au monde arabe et musulman. La haine de Trump de l’Islam et des musulmans est viscérale, alimentée par un entourage xénophobe, principal relai à la Maison Blanche d’idéologies extrémistes et nationalistes de toutes sortes. Ces extrémistes qui ont aujourd’hui la main sur les décisions du Bureau Oval ont pour livre de chevet l’essai politique de Samuel Huntington « Qui sommes-nous ? Identité nationale et Choc des cultures » (Who Are We ? The Challenges to America's National Identity) et ne jurent que par son autre livre, paru en 1996, « Le choc des Civilisation et la refondation de l'ordre mondial » (The Clash of Civilizations and the Remaking of World Order). 

La thèse principale développée par Samuel P. Huntington dans ces deux écrits est que « les "civilisations" allaient remplacer les idéologies comme facteurs de conflits internationaux », selon une remarque de Henry Kissinger, secrétaire d'État sous Richard Nixon.

2- La question : que faire ?
La question qui se pose, par conséquent, est la suivante : Faut-il laisser un homme « détraqué » mener à sa guise la communauté internationale vers des lendemains incertains et sinistres ?

Si, pour des raisons purement économiques et stratégiques, de nombreux Etats, notamment arabes, courbent l’échine et avalent sans agir les décisions d’une Amérique toute puissante, des voix fortes commencent à émerger de ce silence international coupable, pour alerter sur le risque que fait courir la politique américaine à la paix internationale. Autrement dit, comme l’a clairement formulé un ancien premier Ministre français, Dominique de Villepinte : « Peut-on se contenter de simples déclarations ? (...) Face à la menace d'instabilité que représente l'administration Trump pour le monde ». 

Ce questionnement mérite d’être posé car le danger est réel et les véritables enjeux ne sont pas forcément perceptibles à tous de prime à bord. En effet, le slogan « America first » n’est pas un slogan bénin ou vain. ’’America First Committee’’, ou AFC, est le nom d’un groupe extrémiste isolationniste, crée à Chicago au début des années 1940, qui s’opposait à l'entrée des États-Unis en guerre aux côtés de l’Europe. Dissous en 1941 il agit en coulisse sous différentes formes en véritable groupe de pression. Son adoption par l’Administration Trump, comme slogan de campagne électorale, n’est pas dû au hasard.

En tout état de cause, et au-delà de l’image d’un homme « détraqué », imprévisible, « fauteur de troubles », le président américain et son entourage œuvrent, en réinventant les règles de la « Stratégie de sécurité nationale », pour l’avènement d’un nouvel ordre mondial où seule l’Amérique disposerait du destin du monde. A cette fin, le budget de la défense est augmenté de 54 milliards de dollars (près de 10%). Celui du département d'Etat, en charge de la diplomatie américaine, s'élève à environ 50 milliards de dollars. Qui dit mieux ?

Aujourd’hui, le contexte international se prête à la mise en place d’une telle stratégie américaine de domination globale, économique, militaire et diplomatique. La Russie, principal rival des Etats Unis avec la Chine, peine à imposer sa présence en dépit des efforts du Kremlin. Poutine se rapproche du président chinois Xi Jinping officiellement pour assurer « la paix et la stabilité sur la péninsule coréenne ». Dans les faits, c’est pour instaurer un semblant d’équilibre que le Kremlin agit de la sorte dans l’espoir de contrer Trump qui souffle le chaud et le froid sur la péninsule coréenne avec un allié régional de poids, le Japon. L’implication de la Russie dans différents conflits (Syrie, Ukraine, Tchétchénie, Géorgie) impose à cette dernière d’énormes sacrifices en termes de budget et en capacités de projection dans différentes zones de tension. Ce qui relativise ses ambitions planétaires. 

L’Union Européenne, pour sa part, est embourbée dans ses contradictions et affaiblie par ses divisions. Le Brexit, la volonté d’autonomie (La Corse) voire d’indépendance affichée par des régions stratégiques (Catalogne ou Ecosse) sont de réels facteurs de tension et de faiblesse. La poussée de l’extrémisme, du nationalisme et du populisme, mine sa stabilité sociale et sa cohésion interne. Elle produit en son sein des bouleversements politiques et électoraux profonds et fait craindre le pire : le retour des heures sombres de l’histoire du continent européen (nazisme, fascisme). Le cas de l’Autriche, avec l’arrivée, par la voie électorale (26 % des voix), du FPÖ, fondé par d’anciens nazis, illustre cette dérive.

Les pays de l’Europe Centrale et Orientale, ou PECO, (Bulgarie, Croatie, Estonie, Hongrie, Lettonie, Lituanie, Pologne, Roumanie, Slovénie, Slovaquie, Tchéquie), issus de l’implosion du bloc soviétique, de l’Est, font prévaloir de plus en plus leurs intérêts identitaires et culturels nationaux sur les solidarités qu’exige leur appartenance à l’UE. Certains de ces Etats ne cachent plus leur hostilité aux immigrés et aux musulmans et comptent même suivre l’exemple de Trump, s’agissant du transfert de leur Ambassade à Jérusalem. Alors que nombre des Etats de l’Europe de l’Ouest (France, Allemagne, Angleterre…) dénoncent la décision de Washington et appellent à une solution juste du conflit israélo-palestinien, basée sur le principe de deux Etats vivant côte à côte. 

La faillite ou l’indécision des principales instances internationales constitue un autre facteur déterminant dans la domination planétaire des Etats Unis. La réunion d’urgence du Conseil de sécurité de l’ONU, fixée au 8 décembre, pour débattre de la décision du président américain de reconnaître « Jérusalem comme la capitale d'Israël », a, une fois de plus, montré la division de ses membres et leur incapacité à trouver des consensus sur des sujets importants qui ont pour enjeu la paix internationale. Demandée par huit pays (Suède, France, Italie, Royaume-Uni, Bolivie, Uruguay, Egypte et Sénégal) sur les 15 qui forment le Conseil de sécurité, cette réunion s’est contentée de dénoncer (cas de la France et du Royaume Uni) une décision « regrettable », d’alerter sur les « risques d'une escalade violente » (Nickolay Mladenov) ou de rappeler (Ambassadeur bolivien à l’ONU, Sacha Soliz) que la décision unilatérale de Trump va « contre le droit international et les résolutions du Conseil de sécurité ». En effet, dans l’une de ses résolutions, la 2334 adoptée le 23 décembre 2016, le Conseil de sécurité « souligne qu’il ne reconnaîtra aucune modification aux frontières du 4 juin 1967, y compris en ce qui concerne Jérusalem, autres que celles convenues par les parties par la voie de négociations ».

Quant aux instances internationales arabes et musulmanes, la Ligue Arabe et l’OCI (l'Organisation de Coopération Islamique), elles ont tenu réunions au Caire et à Istanbul, elles ont rappelé des principes, pris des engagements et, puis, le rideau est tombé. Leurs membres vont hiberner de nouveau, en attendant la prochaine catastrophe, en maudissant Trump, en critiquant Samuel P. Huntington et probablement en méditant la sourate N°105 (5 versets) intitulée Ashâb al-fîl (les gens de l’Eléphant) qui relate comment (des oiseaux par groupes qui leurs jettent des cailloux d’argile et de pierre) Allah a défendu son Baît (al-Ka’ba) contre l’Abyssinien (al-Habachi) Abraha, anéantissant son armée et son éléphant. 

Enfin ! Ces instances, et les Etats arabes et musulmans qu’ils représentent, n’ont-ils pas vu dans quel état d’humiliation ils se trouvent aujourd’hui ? 

N’ont-ils pas vu le fossé qui se creuse chaque jour un peu plus entre eux et les attentes et sentiments de leurs peuples ?

Qui vivra verra.


Mohammed MRAIZIKA
Docteur en Histoire (EHESS-Paris)
Diplômé de Philosophie Morale et Politique (Sorbonne IV)
Consultant en Ingénierie Culturelle



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