J'interviens très rarement sur la scène politique marocaine. Mais à chaque fois que je pointe le bout de mon nez, je me fais "tirer" dessus. En général, je me cantonne à la défense d'une personne concrète que l'Etat marocain malmène à cause de ses convictions. Parfois je m’immisce dans tel débat de société, notamment sur les questions d'immigration/émigration, mais aussi sur l'islam.

Et alors à chaque fois, je reçois des raclées de toutes parts. Tantôt je suis un agent de l'Algérie et/ou du sionisme, et souvent on rappelle mon soutien au peuple sahraoui, ce qui m'honore mais me discrédite auprès de l'immense majorité des marocains. Et toujours dans l'injure, comme dans cet article en arabe, suite à mon soutien à une jeune militante marocaine emprisonnée alors (maghress.com/). Mais ceux-là m'amusent plus qu'ils ne m'ipressionnent.

Par contre et je l'avoue, je suis toujours peiné de recevoir des coups (bas) de mes ex-futurs-anciens-camarades (euh... je ne suis plus où j'en suis avec eux, moi). Que cela vienne de mes vieux camarades qui ont rallié le pouvoir, ou de celles et ceux qui se cramponnent dans une opposition radicale. Pour les premiers, je ne suis qu'un critique stérile. Pour les derniers, je suis l'opportuniste par excellence, qui n'attendrait que son heure pour trahir je ne sais laquelle de leurs causes (ou peut-être toutes à la fois).

Ces camarades-là ne lisent guère, pas plus les uns que les autres. Tous sont – également - coupés de la pensée universelle qui travaille une partie des humains dans tous les pays du monde. On les dirait vivant dans quelque grotte, et du coup tout leur est altérité, adversité. Je le vérifie chaque jour ou presque, car il en est malgré tout (et pas peu) qui sont "mes amis facebook". Sur leurs pages, il n'est question que de violence (subie), et de menaces de violence (à faire subir quand viendra leur tour de réprimer). Jamais de musique, de poésie, de photo de paysages agréables. Jamais de danse, jamais d'amour... C'est leur façon de dénoncer les injustices, et il en est, sur terre de ces fichues injustices à sans cesse dénoncer. Mais leur drame (qui finit par être le nôtre), le drame se dessine ailleurs. Ces « chers camarades », comme tant d'autres avant eux, ne voient plus le monde qu'avec des lunettes de haine". 

Un des personnages de ma dernière pièce « De l'inculture etc." leur ressemble comme deux gouttes d'eau, tout de rage et de colère. Mais tout de cynisme, qui va avec. Il dit ceci : "les pauvres ne m'intéressent que quand ils se révoltent, pas quand ils se font tondre comme des moutons!". Et ce point de vue l'autorise, comme il le dit ailleurs, à préférer être loup plutôt que mouton. En général (et le général ici devrait frôler les 90%), en général ces camarades-là sont des enfants des classes aisées. Et comme tout bon révolutionnaire, ils répètent à tout-va qu'ils ont réalisé un « suicide de classe » pour ne plus soutenir que les pauvres... euh... que le prolétariat.

Depuis ma jeunesse rebelle, je ne me sentais jamais à l'aise dans leurs milieux (que j'avais fréquentés avec une belle d'assiduité). Car au fond ils restaient tels qu'ils étaient, et n'avaient rien trahi du tout. Quand je leur disais qu'il fallait qu'on se hâte de finir la réunion (qui préparait la révolution) parce que je devais aller à Barbès pour un concert de Cheikha Rémmiti dans quelque bar des bas-fonds, ils se moquaient de moi. A part Lahcen, qui m'y accompagnait. 

Lahcen était mon camarade et mon ami intime. Et ce foutu poète-né n'avait rien trouvé de mieux à faire que de se suicider à cause de la mélancolie, non pas la sienne uniquement, mais à cause de celle qui enveloppait l'existence (j'en parle longuement dans mon vieux roman (Ô Besançon").

Un jour donc, cet amour de Lahcen avait eu marre d'un de nos (très nombreux) camarades issus de la haute bourgeoisie marocaine, et qui pérorait sans cesse qu'il était fier de son « suicide de classe ». Et qui - déjà - me traitait d'opportuniste (je ne vous dirai pas ce qu'il est devenu depuis, non, ce serait trop méchant de ma part). Si bien que Lahcen avait fini par craquer : « Il est où ton suicide ? A ma connaissance, tu vis toujours dans ta classe, non ? ». Et Lahcen d'ajouter, pince-sans-rire : « Ici, les seuls qui ont trahi leur classe, c'est 182 et moi!". (182 c'était mon numéro pour assurer l'anonymat dans les compte-rendus de réunion). 

Lahcen était fils de pauvre, tout comme moi. A lui seul je pouvais raconter des histoires comme celles-ci : (francopolis.net/li…/KharmoudiMustapha-Lorage)

PS : Je sais que ces camarades lisent peu, mais quand-même je leur mets ce lien vers une sélection des articles que j'avais eu à publier en leur temps:

Mustapha Kharmoudi




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